‹ La société et les mœurs allemandesChapitre 32 sur 43 · MAGIE ET I4100ES DES SORCIERS · texte numérisé non relu

MAGIE ET I4100ES DES SORCIERS

lamentable quand Faust prononçait sa formule de conjuration. Puis une étoile de feu tomba à six ou huit toises de terre et se transforma en boule ardente, ce dontFaust fut fort effrayé. Il continua néanmoins ses pratiques et conjura par trois fois l'étoile enflammée. Alors s'éleva une bande de feu,. garnie de ses lumières qui prit la forme humaine et tourna pendant un quart d'heure autour du cercle. Enfin le démon parut sous le costume d'un moine à cheveux blancs et demanda à Faust ce qu'il désirait. »

Il y a même dans ce livre certains détails sur les amours du diable qui sont curieux et que je crois devoir reproduire : « Quand Faust était seul et qu'il voulait méditer sur la parole de Dieu, le diable, sous la forme d'une belle femme, venait à lui, l'embrassait, et par ses caresses chassait \ite la parole de Dieu et maintenait le docteur dans ses mauvais desseins. La veille du jour où son pacte devait expirer, Faust se rendit avec beaucoup de professeurs et d'étudiants au village de Rimlich et y passa la nuit avec «tt. Les étudiants couchés près de sa chambre entendirent des sons aigus et des sifflements, comme si la maison eût été remplie de serpents. Sa porte s'ouvrit et on l'entendit crier au secours d'une voix étouffée. Puis tout se tut. Au jour, Faust avait disparu et à sa place on trouva une tache ^csang. Le cerveau était collé aux murs; les yeux et les dents offraient un spectacle horrible, et le reste du corps, î'ffireusement mutilé, fut retrouvé près du fumier. »

L'Église ne tarda pas à punir les sorciers. Les nécromanciens, se disait-elle, font im pacte avec le diable et rompent ainsi leur union avec moi, que le baptôme leur conférait; doue ils sont hérétiques, criminels, dignes de la mort. Elle confondit l'hérésie avec les sortilèges et elle ne m-^nqua pas de soutenir que le diable se rendait au conciliabule des Vaudois sous la figure d'un crapaud, d'un chat ou d'un bouc. Telle est l'origine de la croyance au sabbat des sor-

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ciers où, disait-on, l'esprit du mal recevsdt un véritable culte. Les tribunaux de Flnqulsition prodiguèrent la torture pour extirper Thérésie. Quand les bûchers des Albigeois, ceux des Catbares et des LoUards furent éteints, on trouva dans les sorciers de nouvelles victimes.. Cette longue épidémie de superstiUon prit sa source dans l'ignorance où Ton était des véritables lois de la nature et fut entretenue par le fanatisme qui, jusqu'au seizième siècle, obscurcit des esprits même éclairés. En 1591, Fischart traduisait encore, en 7 ajoutant foi, le traité français de Bodin sur les démons. Beaucoup de cerveaux faibles et de femmes histériques se crurent réellement possédés du démon. L'impartiale histoire doit ajouter qu'à cette sincérité dans l'erreur vint se joindre l'^qppàt du gain. La plupart des procès de sorcellerie n'eurent d'autre cause que le désir de s'emparer du bien d'autrui, en profitant de la crédulité populaire.

Bien que l'aveu nous soit pénible, nous sonmies forcé de convenir que l'Allemagne est le pays où les auto-da-fé de sorciers furent le plus nombreux. Il y en. eut beaucoup dans toute l'Europe. En 1459, dans la ville d'Arras, esk France, on brûla en masse un grand nombre de sorciers des deux sexes« En 1485, quarante et une sorcières périrent sur le bûcher à Oôme, en Italie, soixante-quinze femmes et quinze enfants eurent le même sort en 1669 à Mora, &k Suède. Nous voyons le supplice se propager en Espagne, en Portugal, en Danemark, en Pologne, et jusque dans les colonies de l'Amérique du Nord; mais nulle part, je le répète, ils ne furent aussi nombreux qu'en Allemagne.

On se demandera peut-être pourquoi les victimes de ces exécutions furent surtout des femmes. N'auraient-elles pas dû être détournées par la délicatesse et la pudeur de leur sexe de ces hideux embrassements d'un bouc? Faut-il croire que les juges frappèrent sur elles de préférence, parce qu'il était plus facile de les convaincre ? Il y â de ce ftât une explication plus naturelle. La femme aime tout ce qui est

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ie(^t, cadié; elle a toujours été plus crédule que Thomme aux mystères et à la magie. Horace, JuTénal et Lucien n'attribuent qu'à des femmes Tart des enchantements. D'ailleurs, d'après la théologie judaïque du christianisme et l'interprétation des pères de l'Église, il y a dans la femme quelque chose d'impur qui la prédispose aux tentations de l'esprit du mal. Chez les Germains, au contraire, les prêtresses et prophétesses étaient entourées de respect. Mais n'est-il pas permis de supposer que quelques-unes, s'étant transmis les anciens rites de génération en génération, furent accusés de sortilège, parce que leurs dieux étaient regardés comme des démons T

Le mot Unholdin, qui désigna chez nous les sorcières jusqu'au seizième siècle, fut remplacé par une expression de haut allemand : Hexé. Bodîn qui est une autorité en ces tristes matières définit la sorcière en ces termes : « Une sorcière est une personne qui, en connaissance de cause et avec préméditation, s'efTorce d'employer des moyens diaboliques pour en venir à ses fins. » Par moyens diaboliques, il entend le pacte oral ou écrit, contracté ayec Satan, qui a pour condition essentielle la renonciation au Christ et aux saints et le reniement des commandements. Les sorcières se rendent au lieu de leur réunion et de leur culte, au sabbat, grâce à la vertu d'un onguent fabriqué avec la graisse d'enfants non baptisés, du chiendent et du lierre; elles traversent les airs sur un manche à balai. Les réunions ont lieu la nuit, à certaines époques, le premier mai ou à l'anniversaire d'une ancienne fête germanique. Ces lieux de réunion abondent en Allemagne, Blocksberg, Horselsberg, Stoffelstein, Kreidenberg, etc.

Le diable prenait place au milieu des sorcières sur un trône d'ebène incrusté d'or. Il était majestueux et sombre avec deux petites cornes sur le front et une ou deux derrière la tête. Les cornes du front brillent comme la lune, ses grands yeux de hibou jettent une lumière ardente.

Moitié homme moitié bouc, il a la barbe en pointe, les doigts crochus, les pied& d'un satyre et une queue derrière le dos.

Tous se prosternent devant lui en l'appelant seigneur et maître et en l'embrassant au bas du dos et au bas du ventre. Dans les grandes occasions les assistants s'accusent à son tribunal d'avoir fréquenté les églises, assisté aux cérémonies du culte ou fait trop peu de mal. Après leur avoir donné l'absolution, il célèbre la messe et promet à ses ouailles un paradis bien supérieur à celui des chrétiens, puis il distribue la cène sous les deux espèces, des hosties noires et un vin amer. Ensuite vient une ronde où chacun fait face en dehors, puis commence une orgie infernale, à la fin de laquelle les sorcières reçoivent les caresses d'un grand bouc noir. Je laisse de côté le reste de la cérémonie que les curieux pourront lire dans les traités spéciaux. Le sabbat commencé à neuf heures se termine à minuit.

Nos théologiens et nos légistes ont écrit de longues dissertions sur les accouplements du diable avec les sorcières que les accusées dénoncent en général comme repoussants. Nous ne les suivrons pas sur ce terrain et nous laissons également à d'autres le soin d'expliquer quels étaient les produits de ces prétendues unions. Pour tout homme sensé, il est évident que ces embrassements sont le fruit d'imaginations en délire^ Tous les aveux des sorcières nous le démontrent; elles s'accordent sur ce point que l'esprit du mal leur apparaissait d'abord sous la forme d'un beau gentilhomme, d'un chevalier, d'un chasseur ou d'un bourgeois, et qu'il parvenait ainsi à les séduire. Il n'y avait qu'un juge de sorcellerie qui pût voir là quelque chose d'infernal et ne pas comprendre que toutes ces diableries étaient le fait de mères vicieuses qui avaient vendu leurs fiUes à des roués.

Commencée par le supplice de quelques nécromanciens à la fin du quinzième siècle, la persécution alla grandissant

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jusque vers la fin du diz-septîème avec des raffinemeûts dç cruauté.

En Allemagne tout se fait méthodiquement, même les plus grandes folies. A la suite de la bulle d'Innocent VIII, Springer et consorts publièrent contre les sorcières un gros Yolume latin, le Maliens maleficarum (marteau des sorciers) livre extravagant et fanatique, d'une plume empoisonnée et libertine, qui fut approuvé en 1489 par la faculté de théologie de Cologne et eut plusieers éditions. La première partie est consacrée aux fauteurs de sortilèges; la seconde indique les moyens de se garantir ou de se délivrer des maléfices; la troisième traite la question de droit. La sorcellerie étant considérée comme un acte d'hérésie ressort à la fois des tribunaux civils et de celui de l'inquisition, qui doivent poursuivre ce crime monstrueux par les moyens extraordinaires. On se mit aussitôt à l'œuvre. De 1484 à 1489, quarante-huits bûchers furent dressés. 11 est vrai qu'à partir do ce moment, des souverains et même des princes de l'Église s'opposèrent à la persécution. Certain prêtres du haut de la chaire nièrent l'existence ou du moins le pouvoir des sorciers. Afin de faire taire ces protestations, on intéressa les réclamants aux procès. Les biens des suppliciés furent confisqués et partagés entre le seigneur féodal et l'inquisiteur. Ce système enrichit rapidement juges et bourreaux, mais ruina l'Allemagne. La moitié des condamnations prononcées pendant la guerre de Trente Ans furent dictées par la cupidité.

Cependant beaucoup de gens continuaient de croire à la sorcellerie; Luther lui-même fut un des plus fervents dans cette opinion; il était persuadé qu'il avait vu le diable et il lui avait jeté son encrier à la tête. Un jour, rencontrant à Dessau uncrétiU) il déclara que c'était un enfant du diable et qu'il fallait le noyer.

La circonstance la plus futile aussi bien qu'un acte important attiraient sur vous le soupçon d'hérésie. Trop de

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beauté ou de laideur, trop de sottise ou d'esprit, la pauvreté comme la richesse, la maladie et la santé, les avantages corporels et les infirmités, tout enfin devenait ^matière d accusation. S'il éclatait une épidémie, si le blé mangaait, s'il y avait un orage de grêle, une vache qui donnât du mauvais lait, une poule malade, un crime quelconqoe c'était la faute aux sorciers. On voyait partout des cas de sorcellerie, dans la rencontre d'une femme près d'un cnpaud, dans la bonne ou la mauvaise conduite d'une jeune fille, dans le manque ou l'excès de piété, dans l'affection d'un chien ou d'un chat pour leur maître. Enfin les procès eux-mêmes devenaient une mine inépuisable de poursuites soit contre ceux qui mettaient en doute la culpabilité de l'accusé ou l'impartialité du juge, soit contre ceux qui dénonçaient les autres avec trop d'empressement.

Lorsque, à la suite d'une dénonciation, un individu a été arrêté, on lui fait d'ab{>rd subir un interrogatoire sommaire, dans lequel on s'efforce de lui soutirer quelque aveu qui puisse le compromettre. Invariablement, on lui demande s'il croit à la magie. S'il répond non, il s'est lui-même condamné à mort. Si sa réponse est affirmative, il n'en est pas moins retenu en prison. Une pièce authentique que j'ai ^itre les mains nous ^t connaître ces prisons. Elles étaient ^1 général dans de solides tours, sous des voûtes épaisses, dans des caves ou des fosses humides, et le prisonnier 7 était enchaîné à des barres de bois ou de fer, de manière à ne pouvoir remuer ni bras ni jambes. Souvent même on lui attachait des pierres aux pieds. Quelques-uns de ces cachots sont si étroits et si bas que l'on ne peut ni se coucher ni rester debout. D'autres sont de vrais puits de vingt à trente pieds de profondeur. Il y règne une température si froide que les pieds et les mains sont bientôt gelés. Une obscurité profonde y entretient l'inquiétude et les terreurs. Ajoutez à ces tourments le fumier et la vermine, vous comprendrez que les infortunés soumis à un pareil traitement perdent

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en peu de jours le courage et Tespérance. Pendant ce temps les confesseurs ne cessent de les harceler et ¥ont jusqu'à leur promettre la liberté en retour d*un aveu complet, afin de les livrer plus vite à la flamme du bûcher. Quand cet artifice ne réussit pas, on procède à l'audition des témoins. Le témoignage de gens convaincus de faux serments anténeurs est admis, sous prétexte que Famour de la religion peut les décider cette fois à dh'e la vérité. Il n'y a pas jusqu'au défenseur de l'accusé qui ne puisse devenir un témoin à charge et répéter ce que son client lui a confié. D'ailleurs, ce défenseur peut être admis ou repoussé par le juge et ce n'est pas l'accusé qui le choisit.

Vient ensuite l'épreuve de l'eau; le prisonnier est amené au bord d'un fleuve ou d'un étang, d^ouillé de ses habits et jeté à Teau, les mains et les pieds liés sur le ventre. Il est sauvé s'il enfonce, perdu s'il surnage. Toutefois, môme dans le premier cas, pour peu qu'il y ait contre lui des preuves ou témoignages de culpabilité, on le ramène en prison et Ton entame les moyens pacifiques, Pendantplusieurs jours, il sera soumis au régime d^s mets salés et privé de toute boisson. Résiste-t-il à ce traitement? on le déshabille et on cherche par tout son corps les marques que doit y avoir imprimées Lucifer. Malheur à lui s'il a quelque tache ou on signe de naissance ! On y enfoncera une aiguille et si le sang ne vient pas il sera aussitôt condamné. Nous n'avons pas besoin d'insister sur les horreurs qui furent commises dans ces opérations; les bourreaux et les archers trouvaient là le moyen d'assouvir la soif de cruauté qui se trouve au fond du cœur humain et que toute la civilisation est parfois impuissante à recouvrir. Un seul fait suffit pour édifier à ce sujet. Un juge de Lorraine, le féroce Remigius qui, en quinze ans, fit brûler huit cents sorcières, raconte que Tune d'elles nommée Catherine, une enfant qui n'était pas nubile, fut tellement violentée par le diable dans sa prison qu'on la trouva à demi morte.

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Lql douceur, qui le croirait? n'avait pas toujours raison de Taccusé. Dans ce cas on appliquait la question préalable, précédée parfois de l'épreuve des larmes. Un juge posait sa main sur la tête du sorcier et au nom des larmes versées par le Rédempteur, l'engageait à pleurer son crime. Avant de commencer la question, l'on en montrait les outils el Ton en expliquait les effets au patient. Gela seul amenait souvent des aveux. Mais si la menace était impuissante, on procédait aux supplices. Le premier était celui de Yétm dans lequel les pouces étaient serrés jusqu'à ce que le sang jaillit; le second était une espèce de jambière qui compii* mait les jambes à faire craquer les os; le troisième^ YéUvation, consistait à promener le corps du patient le long d'une échelle hérissée de pointes. Notez que ces tortures étalent appliquées même aux femmes enceintes. La formi^le da bourreau disait vrai : « Tu seras torturé jusqu'à ce que le soleil te traverse de ses rayons. » D'après la loi, l'épreuve ne devait durer qu'un quart d'heure, mais les juges la prolongaient bien plus longtemps. A Bamber g, ils laissèrent un jour, pour se rendre à un festin, le malheureux suspendu à l'échelle et il y resta jusqu'à leur retour.

Que dire des aveux obtenus par de tels procédée» ? Des filles de sept ou huit ans déclaraient qu'elles avaient eu des rapports avec le diable et mis au monde plusieurs enfants. Des individus s'accusaient du meurtre de personnes encore vivantes. Il en est à qui la douleur faisait nommer des complices à tort et à travers, ce qui donnait lieu à des poursuites infinies. Les actes de procédure attestent que beaucoup de femmes ont supporté la torture avec un véritable héroïsme. Une jeune fille d'Alun, dénoncée comme ayant assisté an . sabbat protesta jusqu'à la fin de son innocence, bien qu'on l'eût torturée neuf fois; une autre, de Norlingen, soutint jusqu'à vingt-deux assauts, et ne succomba qu'au vingttroisième. Mais celleç, en petit nombre, qui survivaient à de pareils traitements, restaient estropiées ou idiotes.

VAGIS ET PROOèS DES SORCIERS 285

n n'y avait de différence que dans le supplice; les péni* tentes étaient décapitées avant le bûcher, les impénitentes brûlées vives. On refusait Tabsolution à celles qui rétractaient les aveux arrachés par la torture.

Les exécutions en masse commencèrent en Allemagne vers 1580 et durèrent près de cent ans. En Bavière, dans un seul procès on engloba quarante-huit sorcières, en 1582. A Norlingen, en 1590, on fit périr quatre-vingt-quatorze personnes des deux sexes. A Brunswick, les piquets des bûchers avaient, en dix ans, formé comme une forêt. Dans le comté de Henneberg, il y eut cent quatre-vingt-dix-sept Tictimes de 1597 à 1676. A Offenbourg, soixante de 1627 à 1630. Le juge d'instruction de Fulda, Balthasar Voss, se vante d*en avoir fait périr à lui seul jusqu'à sept cents. Nous ne pouvons citer ici tous ces auto-da-fé où Ton jetait pêle-mêle des personnes de toute condition, ainsi que le prouve la liste suivante copiée sur les archives de Bamberg : « La femme et la fille du chancelier d'Eichstadt, le conseiller, une jeune étrangère de douze ans, un échevin, le plus gros bourgeois de la ville, deux petites filles et leur mère, la femme du maire, deux gentilshommes, l'un de Reiztenstein, l'autre de Rothenhau, Barba Guebel, la plus jolie fille de Wurtzbourg, un étudiant qui parlait plusieurs langues et était excellent musicien, le directeur de l'hospice, homme très-savant, les deux jeunes garçons d'un conseiller, sa femme et sa fille, trois abbés, quatorze vicaires, une petite fille aveugle, etc., etc. i

Nous pouvons sans exagération évaluer à cent mille le chiffre des malheureux qui furent ainsi sacrifiés. La dernière hécatombe de marque fut ordonnée en 1678 par l'archevêque d Saltzbourg: il y eut quatre-vingt-dix-sept victimes .

Pourtant des voix s'élevèrent contre une si sanglante folie, parmi lesquelles nous distinguons Agrippa de Netteisheim et Ubich Molitor au quinzième siècle, le docteur

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Jean Weier et un prêtre, Cornélius Loos au siècle suif ant Loos soutint que les supplices n'étaient qu'un moyen de battre monnaie. Bientôt après un jésuite, le généreux comte Frédéric Spée, qui avait accompagé au bûcher une foule de sorcieiTâ, ucquit la conviction qu'ils périssaient pour une cause imaginaire et, au risque de sa vie, il défendit cette opinion dans un écrit public. Il dévoila les turpitudes delà procédure et adressa aux juges ces sages paroles : « Je jure que parmi l'innombrable quantité de celles que j*ai accompagnées au bûcher, il n'y avait pas une seule coupable. Deux théologiens de mes collègues en disent autant. Faites subir aux chefs de l'Église, aux juges, à moi-même les traitements que vous infligez à ces malheureux; soumettez nous aux mêmes tortures et vous trouverez que nous sommes tous des sorciers. »

Protestation inutile t Le Marteau des Sorciers n'en continua pas moins à être regardé comme un oracle infaillible dont les décisions étaient justifiées par la naïve érudition des docteurs les plus influents. Le professeur Benoit KarpzoT écrivait encore en 1635 : « La mort par le feu doit être infligée à ceux qui font un pacte avec le diable, quand même ils n'auraient fait de mal à personne. »

Enfin Balthazar Becker commença à dessiller les yeux da public sur ces exécutions par son célèbre livre du Monde ensorcelé (1691). Dix ans après, Chrétien Thomassin publia des brochures oùii combattait victorieusement la croyance à la magie et les procès de sorcellerie. Une dernière Tietime fut brûlée le 21 juin 1749, Maria Renata Singer, religieuse de soixante-dix ans, condamnée à Wurtzbourg et dont l'acte d'accusation se trouve par hasard en mes iliains. Je le transcris ici pour donner une idée du degré de lumière d'un siècle qui passe pour éclairé : a Maria Renata Singer de Mossau fut entraînée à la sorcellerie par un officier dès l'âge de six à sept ans. L'enfer, ne pouvant supporter le nom de Maria, le changea en celui de Ema Renata

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qoi, par la transposition de la lettre m, signifie mea Renata. Le diable voulait indiquer par là qu'elle était née de nouveau pour lui. A douze ans, elle occupait déjà une place d'honneur près du trône de Tenfer; à dix-neuf, ses parents laârent entrer au couvent des Prémontrées, célèbre de tout temps par sa discipline sévère et la vertu de ses habitants. Elle entra sans doute dans cette pieuse retraite pour y jeter la semence d'enfer et préparer la moisson du diable. Dissimulant ses vices, elle prit un air chaste. Toujours la première à Toffîce, elle était la dernière à sortir et édifiait son entourage par une vie exemplaire. Son intelligence, supérieure à celle de ses compagnes, la fit choisir pour abbesse. Mais c'est en vain que l'esprit du mal ne cessa de la tourmenter pour qu'elle séduisit les autres sceurs et leur communiquât les secrets magiques, elle avoue qu'il n'y en a pas une seule à qui elle ait osé en parler ouvertement pendant tout son séjour au couvent, tant leur vertu était solide. Le diable, irrité et déçu dans ses espérances, s'acharna contre le corps des religieuses, n'ayant pu perdre leur âme. Dieu voulut par cette épreuve purifier leur vertu comme le feu purifie l'or. Renata communiqua des maladies douloureuses à quatre sœurs, soit en leur insufflant un air impur, soit avec des infusions d'herbes et de racines. Elle fit entrer des démons dans le corps de cinq autres. On ne connaît pas le mal qu'elle a fait au dehors et qui doit être considérable. Enfin le bon Dieu, pour mettre fin à ces maléfices, poussa l'une des sœurs à se confier au prieur. Celui-ci, homme raisonnable et discret, la réprimanda et lui conseilla de se préparer à mourir chrétie^inement, au lieu de perdre son àme par de fausses accw^^^tions Comme la sorcière continuait à tourmenter les sœurs pendant la nuit, l'une d'elles prit une discipline et la fustigea. Le lendemain, elle raconta le fait au supérieur, et l'on reconnut sur la figure de l'abbesse la trace des coups. Les esprits dont elle était possédée se virent forcés par les exorcismes d'a-

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vouer leurs méfaits. Renata ainsi reconnue pour Tunique cause des malheurs du couvent, fut, sur Tordre du prieur, arrêtée au sortir de Téglise.On ne lui permit pas de remonter dans sa chambre, où Ton trouva un pot de graisse, de la racine magique, des herbes et la robe jaune qu'elle mettait pour se rendre au sabbat. Devant ces témoignages accablants, elle avoua son pacte infernal, promit de le rompre et de revenir à Dieu. On lui enleva ses vêtements de religieuse et, afin que sa présence ne souillât plus le couvent, on Tenferma au château, où elle fit une confession générale, donnant tous les signes extérieurs du repentir. Dieu seul peut savoir si ses regrets étaient sincères. »

Sur ses aveux, les juges la condamnèrent : lo Comme sorcière,- 2o pour avoir fait un pacte avec Lucifer; 3o pour être marquée d'un signe magique; 4o pour s'être rendue au sabbat; 5© pour avoir adjuré Dieu, la vierge et les sacrements ; 6o pour avoir eu des rendez-vous intimes avec le diable ; 7© pour avoir enseigné la sorcellerie à trois personnes du couvent; 8» pour avoir fait des souris, etc., etc. En raison de ces actes impies, elle était privée de toute liberté et remise aux mains des juges temporels, que l'on priait hypocritement de la traiter avec miséricorde.

J'ai dit que Renata fut la dernière victime de la persécution en Allemagne. Il y en eut encore une à Glaris, en Suisse, Tannée 1782. La victime fut une domestique, Anna Goeld, poursuivie pour avoir, par ses sortilèges, estropié un enfant, lui avoir fait rendre des épingles et £stit mangoTdu pain d'épice qu'elle avait reçu du diable. En Pologne et en Hongrie, les sorciers continuèrent d'être poursuivis, tant il est difficile d*extirj:>or la superstition de Tesprit des peuples.

l'art BT la. LirriRATURB

Style de la renaissance et des perrnqnes. — Architecture, sculpture, peinture et musique. — Littérature nationale; la nouvelle.

— Chants d*église. — Satire; carnaval ; drame, polémique, comédie de récole. — Hanns Sachs. — Premier théâtre allemand; troupes d'artistes; paillasses.— Manie des imitations étrangères; Opitz. — Première et dernière école de poésie en Silésie.— Poésie galante. — Tragédie de boue et de sang. — Roman; Oottsched. — Progrès dans Fart dramatique. — Opéra et bouffonne^ ries; gallomanie. — - Aurore de la poésie allemande; Gellert.

— Les Suisses. — Klopstock.

Sous riDflaence de l'étude des humanités et des chefsd'œuvre de l'antiquité classique, l'art se transforma. Il passa de l'idéalisme ascétique qui avait triomphé pendant le moyen âge à l'imitation directe et au culte de la nature, point de départ et but de l'art antique comme de l'art moderne. Cest en Italie, et par le commerce intime avec les chefs-d'œuvre de la Grèce, que s'éveilla la Renaissance. Les artistes italiens, après avoir étudié avec amour les restes de la beauté antique, en approprièrent les formes et les prin- ^pesaux aspirations de Fart moderne. En architecture, le pl^ cintre gothique fut remplacé par les colonnades grec-

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290 LA SOOIÂTB ET LBB MŒURS ALLBMANDB8

ques et le dôme romain ; en sculpture et en peinture, le spiritualisme germanique fit place aux réalités naturelles et à une plastique florissante. Quel brillant cortège de beaux génies s'élève presque en môme temps de tous les points d0 ritalie et inscrit son nom en lettres immortelles dans les fastes de Tartl Brunelleschi, Michelozzi, Alberti, Bramante, Sansovino, Palladio, Le Guercbin, Gbiberti, Donatello, Cellini, Léonard de Vinci, Micbel Ange, Le Corrége, Rapbaôl, Le Titien et tant d'autres! Le Nord a sa part aussi dans <se réveil généreux. L'école ouverte en Flandre au quinzième siècle par Hubert, Jean et Marguerite Van Eyk produit, aux seizième et dix-septième siècles, les maîtres célèbres du Brabant et de la Hollande, Rubens, Van Dyck^ Rembrand, etc.

Un des caractères dominants de l'époque de la Réforme, d'est la fréquence et la facilité des relations entre les peuples que le moyen âge avait isolés. Par les routes ouvertes d'un pays à l'autre, les idées vont circuler comme les marchandises, les voyages deviendront un moyen d'instruction et de perfectionnement. Les savants et les artistes, en se déplaçant, échapperont aux entraves de la profession ouvrière pour conquérir une action plus libre, une vie plus indépendante. "Tout ce mouvement est le résultat naturel da souffle de liberté que le protestantisme naissant inspire i chaque individu. Nous ne rencontrerons plus ces œuvres colossales dont les maçons dotèrent l'Allemagne au moyen âge; mais, en revanche, nous retrouvons l'unique et vraie source de l'art, le culte de la nature et l'étude de son organisme.

C'est au seizième siècle que s'accuse magistralement le style de la Renaissance, au belvédère de Prague, à la partie ouest du château de Heidelberg et au château de Saiot- Martin, à Mayence. Dans les premières années du dix-septième siècle, Ëlie Holl construisit en stylo italien l'hôtel de ville d'Augsbourg, Charles Holtzschuher celui de Nurem-

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berg; yen la fin du siècle et le commencement du dix-huitième, on bâtit dans le même style la manufacture de Berlin, tandisj qu'un savant ai^chitecte de Vienne, Fischer d'Erlaeh, élevait le palais du prince Eugène et plusieurs autres édifices. Cependant une foule d'éléments étrangers s'étaient peu à peu introduits dans l'architecture et avaient donné naissance au style des perruques ou rococo, dont le but unique était la décoration extérieure. Par une fÀcheuse confusion des procédés de cet art avec ceux de la peinture, l'Allemagne se vit affiigée de constructions baroques dont le Zwinger de Dresde nous offre l'exemple. Cet abus amena one réaction; plusieurs églises catholiques ou protestantes furent construites en style gothique jusqu'au commencement du dix-huitième siècle.

Intimement liée à Farchiteeture, la sculpture continua, comme par le passé, à couvrir d'ornements ingénieux les custodes, les armoires de reliques, les monuments funèbres, et à orner les murs des temples de figures en relief. Le plus grand artiste en ce genre fut Adam Kraft, mort en IW7. Son chef-d'œuvre est la Passion gui décore l'église Saint-Sébald, k Nuremberg, On peut suivre les progrès de la sculpture allemande depuis les dômes de Mayence et de Trente jusqu'au mausolée d'un seigneur d'Eltz et de sa Femme, qui se trouve aux Carmélites dé Boppard. On voit encore comment le caractère germain persiste à travers le style italien dans les travaux sur bois et sur ivoire, ainsi que dans l'orfèvrerie de cette époque. Un membre d'une illustre famille de graveurs, Pierre Yischer, de Nuremberg, mort en 1529, fit faire à son art de sérieux progrès et s'efforça de concilier la beauté antique avec le caractère de notre nation. Il y réussit admirablement dans son tombeau de Saint-Sébald, placé ûxûs l'église du même nom, à Nuremberg.

La peinture denumda surtout sea inspirations aux artistei^ flaman(^. Les écoles fondées au conunencement du sei-

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ziëme siècle à Cologne et à Munster imitèrent les peintures religieuses d'Bjck et d-Hemling; elles eurent pour maîtres Jean de Kalkar, Bartholomée de Brujm et Jarenus de Soest. Ailleurs on suivait les Italiens, comme le firent deux peintres de Munster, Ludger et Hermann Ring. En Souàbe, en Alsace, en Suisse, on cherchait h unir la grâce à la yërité. Mais les vrais interprètes de la nature furent les Holbein d'Augsbourg, Zeitblom d'Ulm, Hanns Schuhlein et Martin Schaffner, de Fribourg en Brisgau^ enfin Nicolas Manuel, de Berne, qui fut à la fois peintre, diplomate et poète, et qui joignit dans ses tableaux le coloris italien à la gaieté allemande. Au-dessus de tous ces peintres de talent s'élèvent trois artistes éminents, Hanns Holbein le jeune (1498-1554), Albrecht Durer (1471-1528) et Lucas Cranach (1472-1553). Le premier excella surtout dans des portraits d'un coloris chaud et vigoureux, d'une attitude naturelle et d'une parfaite exactitude de détails. Tout le monde connaît son chef-d'œuvre, la Danse des Morts. Doué d'un profoDd sentiment de la nature, il savait allier la grandeur morale aux traits véritables de la foi religieuse, ce qui ne Tempe* chait point de peindre sur certains visages l'humeur la plus joviale. Cranach dut sa réputation aux tableaux d'hi.^oire et aux portraits des personnages de la cour de Saxe, ainsi qu'à la finesse de ses tailles sur bois. De grands progrès furent imprimés à la même époque à la peinture sur verre par Hirschvogel, Hanns Wild et quelques autres, dont on peut voir les œuvres à Saint-Sébald et à Saint-Laurent de Nuremberg, à la cathédrale dUlm et dans l'une des ne& du dôme de Cologne. La gravure sur bois avait été trouvée vers le même temps et s'était rapidement perfectionnée. S'il est vrai que la gravure en taille douce ait été inventée par le Florentin Finiguerra, il ne l'est pas moins qu'elle se transforma sous la main habile de Durer. Après lui, elle fat cultivée par plusieurs membres de la famille Merlan, tandis ' j Louis de Siégen imaginait la gravure à ia manière

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noire qui popularisa les tableaux de batailles de Rugendas et les portraits de Kneller.

En fait de musique, rAllemagne avait tout emprunté du dehors, sauf le lied populaire. Mais remuée dans toutes ses fibres par le souffle de la Réforme, elle retrouva là aussi son originalité propre. Luther, à la faveur de l'exaltation des sentiments religieux, inspira au chant d'église un admirable caractère. D'autres compositeurs, Jean Walter et Louis Senfl lui donnèrent sa forme artistique. La musique instrumentale fut également modifiée par la construction des instruments dont Nuremberg eut surtout le monopole. Des sociétés, formées d'abord dans les chapeUes prlncières, allèrent jouer aux fêtes des villes et trouvèrent bientôt une position assurée, grÀce à l'introduction de l'opéra qui nous vint d'Italie au dix-septième siècle. Daphné, composé par Schûtz et traduit par Opitz fut le premier drame lyrique joué en Allemagne (1627). Malheureusement le spectacle fut aussitôt corrompu par des ballets voluptueux qui énervèrent la musique et lui firent abandonner la voie sévère où elle était entrée sur les pas du protestantisme. Des maîtres de chapelle tels que Reinhard Kayser (1673-1739) composèrent plus de cent opéras à cinquante thalers chaque. Jean Adolphe Hasse (1699-1783) et Jean Henri Graun (1701- 1759), pour plaire au mauvais goût des cours, adoptèrent le style sensuel et léger de l'Italie. Pourtant Graun prouva par son oratorio, la mort de Jésus j qu'il était capable de rendre le sentiment national dans toute sa pureté. Son contemporain Sébastien Bach, né à Eisenach en 1685 et. mort à Leipsig en 1750, fut le vrai créateur de la musique allemande. Sans rival jusqu'ici dans les compositions sacrées, il a laissé un chef-d'œuvre inimitable, l'oratorio de la Nativité de Jésus. Il eut 'pour émule Frédéric Haendel, mort à LoDdi*esen 1759, auteur de plusieurs oratoriosremarquables, Atlialiey Saûl, le MessiSj Judas Machabée. Nous verrons au li- ^ suivant Gluck, Haydn, Mozart et Beethoven marcher

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avee «accès sur les traces de ces cIaux grands précursean et porter la musique aUemande & son apogée, tandis qu'Hiller perfectionne Fopérette et Benda le drame. Mais i nos yeox Bach et Haendel restent les purs et Trais représentants de la musique protestante.

Vous ayez vu au quinzième siècle la poésie dievaleresque dégénérer peu à peu en formules banales et stériles, quand elle ne tournait pas à la facétie et à la brutalité. Le poème épique et populaire ya être remplacé par les récits en prose. Conune transition entre les deux, voici la J^otiveUe qui s'inspire à la fois des légendes de l'Orient et dn moyen âge, du roman espagnol Âmadis et des nouyelies italiennes. On conunença même par traduire les romans étrangers que Ton imita ensuite en combinant Télément populaire allemand avec la littérature latine. Mais e» genre ne devint réellement prospère et national que lorsque Luther, par sa traduction de la Bible, eut mis à sa disposition une langue riche et imagée.

Dans tout ce mouvement intellectuel et dans les diverses branches de la littérature, la religion protestante reste longtemps le principe essentiel de l'inspiration. Elle anime la verve de la satire et lui donne une vigueur admirable. La poésie populaire cède le pas aux chants religieux que Luther entonne de sa voix martiale et que continueront après lui tant de poètes religieux, Zwingle, Nioolai, Jonas, etc. Ces chants atteignirent à leur perfection avec Paul Gerhardt (1606-1676) et eurent une heureuse influence sur les compositions de Frédéric de Spée et du mystique Jean SchefQer. Puisque la Réforme avait eu pour point de départ la critique des abus, il est naturel qu'elle ait donné libre carrière h la satire. Nous avons vu, en efiet, qu'Erasme, Hutteo et les humanistes s'étaient exercés en ce genre; l'œuvre qui en marque le mieux l'avènement est ie VaUseau des fout de

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Sébanien Brandi (1458-1521) où toutes les classe» de la société soût tournées en ridicule. Mais le plus grand génie satirique de rAllemagne fut Jean Fricbart, de Mayence, protestant infatigable qui s'attaqua à tous les abus de son époque, plus nombreux, d'après lui, que les étoiles du ciel et les grains de sable de l'Océan. Sa plume s'est môme exercée contre les sorciers, tant il est difficile aux esprits les mieux trempés de se soustraire à l'influence des préjugés de leur temps I

Le drame populaire, lui aussi, paya son tribut aux polémiques et à la satire. Nous savons qu'aux anciens mystères et aux moralités allégoriques avaient succédé des sujets profanes, tels que le Jeu de carnaval qui n'avait plus rien de commun avec l'église, mais qui empruntait au génie national ses sujets, son exécution et sa forme littéraire. En 1480 les premiers symptômes de la lutte religieuse se révèlent dans le mystère railleur de la Papesse Jeanne^ attribué à un prêtre du nom de Théodore Schernbergk et dirigé contre la puissance pontificale. Trente ans plus tard, fattaque fut renouvelée par un citoyen de Berne, Nicolas Manuel (1484-1530/ qui servit d'organe au protestantisme suisse et cribla de railleries le clergé catholique. Un cordonnier de Nuremberg, Hanns Sachs (1494-1576) suivit la même voie et se signala par une fécondité merveilleuse, écrivant de sa main trente-quatre gros volumes qui renferment quatre mille deux cent soixante-quinze ballades, deux cent huit comédies ou tragédies, quatorze cent soixante-douze fables et facéties, soixante-treize chants de guerre, d'amour ou d'église, en tout^ six mille quarantehuit pièces. Pour lui tout devenait matière à poésie. Au milieu de la licence et d'un grossier débordement, sa plume resta chaste et pure. II réussit peu, néanmoins, dans la tragédie, faute de savoir animer ses personnages, mais ses drames montrèrent le chemin & Jacob Ayrer (mort en 1618), qui lui succéda. Jusqu'alors les refurésentations

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avaient eu lieu sur des tréteaux ôievés en place publique, les meistersaenger construisirent à Nuremberg la première salle de spectacle en 1550, exemple bientôt suivi par Âugs* bourg et plusieurs autres Tilles. Au début, rien de plus m pie et de plus primitif : ni rideaux ni décorations, pas de lumières, puisqu'on jouait en plein jour; tout le soin po^ tait sur les costumes. Les rôles de femmes étaient tenus par de jeunes garçons. Luther ne se montra pas hostile à la comédie; il pensait sans doute qu'on ne devait pas plus se défendre des scènes de galanterie et d'immoralité qu'on ne se prive de lire la Bible. A Vienne» l'institatenr Schmelzle procura aux écoliers qui donnaient des représentations le patronage de la cour. Les jésuites eux-mêmes contribuèrent aux progrès de Fart scéuique par les pièces qu'ils donnaient dans leurs fêtes. Prudents et habiles en tout, ils topmèrent à leur profit l'attrait que le théâtre a pour 1g peuple et transportèrent le drame espagnol sur les scènes des écoles d'Allemagne. Ce n'était encore, il est vrai, qu'une récréation amusante, mais viennent de véritables acteurs et le progrès sera plus sensible.^ Déjà des troupes de comédiens nous arrivent du dehors; Shakespeare, dit-on, vint avec la sienne des Pays-Bas, jouer dans plusieurs de nos villes. Un chroniqueur westphalien de la fin du seizième siècle nous dit à ce propos: « Le 26 novembre 1599, il nous est arrivé une société d'Anglais, tous jeunes et robustes, dirigés par un homme mûr, qui jouèrent cinq jours à l'hôtel de ville et donnèrent huit représentations dans leur langue. » C'est ainsi que les mœurs du théâtre anglais pénétrèrent chez nous et que s'introduisit le clown ou farceur devenu bientôt populaire, ainsi que le prouve le personnage d'arlequin qui figure dans les facéties représentées en même temps que les drames sanglants, dans les cours de Saxe, de Brandebourg et de HesseCassel. Le gros de la troupe se composait d'étudiants Jébaucbés des écoles pai la guerre et ses désordres, qui foumissaienl

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alors des recrues à tous les vagabondages. Il y avait U sans doute assez d'éléments pour organiser un théâtre national, mais TAllemagne, moins heureuse que l'Angleterre, n'eut pas alors de Shakespeaice capable de le fonder. D'ailleurs la poésie était tombée dans un complet délabrement; aucune voix ne pouvait s'élever au milieu des horreurs et des ruines de la guerre; on avait perdu jusqu'au souvenir des travaux littéraires du moyen âge; il fallut, pour recommencer, chercher des modèles à l'étranger. Cest ce que fit le Silésien Martin Opitz ({597-1739). Dans son désir de relever notre littérature nationale, il imita tour &tour les anciens, les Français, les Espagnols, les Italiens, n érigea même en théorie poétique ce système d'emprunts; après avoir déclaré qu'il était impossible aux Allemands de cultiver la grande poésie, il se rabattit sur le genre didactique, sous prétexte qu'il faut instruire même en cherchant à plaire, et il recommanda la poésie lyrique de Ronsard ainsi que l'idylle espagnole et italienne. Malgré la sécheresse de ses églogues, madrigaux et sonnets, il exerça une vé« ritable influence sur ses contemporains, introduisit dans notre langue la souplesse et la correction, et apprit à nos poètes le trot monotone de l'alexandrin français.

Ses disciples ne furent que trop dociles h ces conseils; ils inondèrent l'Allemagne de productions insipides, sans originalité. Quelques-uns pourtant méritent d'être cités, entre autres Flemming (1609-1640) qu'une mort trop prompte enlt^a à la muse lyrique, et André Gryphins (1612-1664), nature sérieuse et talent hardi, qui essaya de créer le drame indépendant. Un autre auteur de drames, Gaspard de Lohenstein (1635-1683) ne sut produire sur la scène que des personnages féroces ou ignobles, des héros dignes du gibet ou sortis des lieux de prostitution. 11 fout que la société de son temps, malgré le piétisme théologique qu'elle affectait, fût d'une moralité peu sévère pour applaudir les tirades ennuyeuses dans lesquelles Agrippine excite son fils à

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i'iaceste. Lohenstein se montra plus moral en rimant sctg Pensées religieuses et sa CUfducieL II eut même une inspiration patriotique en célébrant Arminius dans un roman pastoral imité à!lJrfé et de mademoiselle de Scudéry. A côté de ces fades productions, il fout placer les Visions de PhUander de SittewaUf par Mascherosch, mort en 1669. Outre la yeine satirique qui circule dans cette imitation de Quevedo, on y trouve des détails curieux sur les mœurs du dix-septiéme aècle.Maisle vrai miroirdela société pendantlaguerredeXrente Ans nous est fourni par les Aventures de Simplicius simpUds- UmuSy œuvre classique d'un pofite mort en 1676, à Rendien, dans le grand duché de Bade. L'écrit le plus remarquable de toute cette littérature d'imitation est Vlk de Felsenbwrg^ calquée sur le Robinson de l'Anglais de Foè. En général nos écrivains après avoir copié les livres français, espagnols ou italiens, traduisirent de préférence les auteurs anglais du siècle de la reine Anne, tels que Thompson, Young, Cowper, Gray, qui du moins avaient un caractère original et s'étaient débarassés de la livrée française. Les nôtres ne surent pas en faire autant et ceux de la cour de Berlin cont tinuaient de suivre les leçons de Boileau. Quelques timides essais d'Henri Brockes, mort en 1747, qui avaient pour but de peindre la nature; les Alpes, d'Albrecht de Haller, mo^ en 1777, les gaies chansons de Frédéric de Hagedorn, mort en 1754, se distinguent à peine dans ce courant général d'imitation. Cest en vain que le vaillant Liskow(mort en 1760) cingla de son fouet satirique les écrivains ][»lagiaires; on rit de ses saillies, miais on n'en admire pas moins le Caton mourant de Gottsched où il peut y avoir de l'observation, mais qui est absolument dénué de souffle poétique.

Pendant ce temps les troupes de comédiens, livrées à elles-mêmes, traitaient l'art dramatique à leur fontaisie;

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-de temps à aulre, un étudiant inteiligent en prenait la direeti(m et parvenait & se faire agréer à la cour des princes, en qualité de domestique, avec des appointements de 150 florins, tandis que les chanteurs italiens recevaient dès 1687, 1,500 thalers de Télecteur de Saxe. L'un de ces étudiants, Velthen, enrichit son répertoire des comédies de Molière dont les personnages naturels et vivants commencèrent à dégoûter des poupées de la tragédie française. Les troupes ambulantes continuaient à mener une vie sauvage et misérable et n'avaient nul accès auprès de la haute société qui réservait toutes ses faveurs à l'opéra. Celle de Velthen parvint à se fixer à Dresde pendant quelques années. Mais les cours ne prodiguaient leur argent que pour les représentations d'opéras qui absorbaient dès sonmies énormes. C'est ainsi que la Vengeance de Médée^ représentée en 1663 à Manich, ne coûta pas moins de 70,000 florins. Les villes suivaient l'exemple des princes ; Nuremberg, Augsl)Ourg, Hambourg et Leipsig construisirent leurs salles d'opéra de 1667 à 1693. A Hambourg, on représenta un opéra qui rappelait les anciens mystères, Jésus mùurant^ où les détails de la passion étaient célébrés tant bien que mal sur des airs italiens. Bientôt la licence envahit ces représentations; des sujets tirés de l'histoire, de la mythologie, de la pastorale ou de la religion, permirent à des actrices court vêtues de se livrer aux gestes les plus indécents au milieu dé décors luxueux. La scène se remplit d'acteurs et de figurants; on y. fit même défiler des chevaux, des ânes, des chameaux, toutes les bétes de la création. Les machines, trucs, feux d'artifices furent prodigués, surtout à l'opéra des jésuites de Vienne. MÂis tous ces décors et exhibitions dont on avait abusé cessèrent bientôt de plaire et s'éclipsèrent devant le nouvel opéra italien.

Même excès doit être remarqué chez les acteurs ambulants. Aux facéties improvisées qui avaient jusque-là composé leur répertoire, ils ajoutèrent des dfaxfteft) 4e« pièees

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