A LA LUNE
AIR : Que ne suis-je la Fougère?
G lumière enchanteresse!
Flambeau de la volupté!
Tu rassures la tendresse D'une timide beauté!
A ses yeux, ta clarté pure Offre des tableaux charmants, Le repos de la nature Et le bonheur des amants.
Souvent un léger nuage Qui te dérobe à ses yeux, Lui dit qu'une amante sage Doit ainsi cacher ses feux; Sous ce voile où tu couronnes Ceux du tendre Endymion, De bien aimer tu lui donnes L'exemple avec la leçon.
Voilà de quelle façon de Tlsle écrit à la petite et à la grande cousine. Quant à la correspondance avec
vers un petit tombeau couvert de fleurs où elle trouva ces vers.
ÉPITAPH E.
Lady Spencer, objet d'éternelles douleurs, Aux grâces, à l'hymen, à Tamitié ûdèle,
Ici repose sous des fleurs Que Zéphire en pleurant arrose et renouvelle. Au pouvoir de l'Amour elle fut trop rebelle : Et ût pour Tenflammer un impuissant effort
Et sa vengeance fut cruelle :
Dans une onde f^lacée elle trouva la mort.
Passant, toi qui l'aimas, ou qui l'aurais aimée, Et vous, jeunes beautés qu'attire ce séjour, Voici ce que vous dit sa cendre inanimée :
Soupirez sur ma tombe et cédez à l'Amour!
i08 LA SOCIÉTÉ FRANÇAISE AVANT ET APRÈS 1789.
le président, elle contient, certes, beaucoup de hors-d'œuvre, de détails qui n'ont plus de prix pour nous; toutefois, un certain nombre de lettresméritent une mention, celle-ci, entre autres, où, après avoir entretenu son parent des remontrances du parlement, de brigandages monstrueux commispar des misérables qui éventrent des femmesgrosses pour manger leurs enfants, il ajoute : « Tout Paris s'amuse de la réponse faite à un fanatique de d'Alembert, qui, dans un élan d'enthousiasme, s'écriait : c'est un Dieu! — « Allons donct si c'était un Dieu, il commencerait par se fairehomme. » (On affirmait que son affection pour mademoiselle de Lespinasse était forcément platonique).. . On vient de trouver le moyen de détourner l'excommunication lancée contre les comédiensfrançais en mettant leur compagnie à l'instar de rOpéra et en la nommant Académie royale dramatique; si ce projet a lieu, mademoiselle Clairon, qui veut absolument communier, remontera sur le théâtre et M. de Belloi, qui veut absolument quemademoiselle Clairon fasse valoir ses pièces, donnera sa tragédie de Gabrielle de Vergi. » — M. de- Gouffier voulait et veut encore épouser la petite- Doligny, jeune actrice des Français, qui a autant do vertu que de talent ; elle lui a répondu : « Je seraisdéshonorée en devenant votre maîtresse, et vous.
UN CLIENT DE l'aNCIEN RÉGIME. 199
le seriez en devenant mon mari. » Cette conduitelà est d'autant plus belle que la petite fille n'est pas riche; toute comédienne qu'elle est, je parie qu'elle plaira beaucoup à ma cousine ; contez-lalui pour la raccommoder avec nos filles de théâtre... Dites-lui aussi que son M. Poinsinet, dont elle m'a un jour conté l'histoire à propos d'un âne, est revenu de Genève, et que, comme il se vantait que M. de Voltaire lui avait confié son secret pour faire d'excellents vers, on lui a répondu : « Parbleu, monsieur, vous le lui avez bien gardé M.. »
Poinsinet, poète naïf et souvent mystifié, lisait une comédie pleine de réminiscences; tout à coup un petit chien se met à japper : — « Voyez, interrompt Sophie Arnould, comme cet animal aboie au voleur! » — Il fut berné le plus plaisamment du monde par Préville. Ce dernier lui fit croire qu'une prétendue charge d'écran du roi était devenue vacante, qu'on l'accordait toujours h un homme d'esprit qui accompagnait partout le prince, s'interposant entre le feu et lui; que, quand Sa Majesté s'ennuyait, elle se délassait en causant avec son écran qui devenait ainsi une manière de personnage. Jour pris chez un traiteur, avec six amis complices, pour essayer les aptitudes de Poinsinet : ils