‹ La société française avant et après 1789Chapitre 16 sur 29 · Lettre du i5 janvier · texte numérisé non relu

Lettre du i5 janvier

2. Président à mortier du Parlement, né à Metz^un galant homme né en 1701, peu à craindre en 1765, amoureux platonique des jolies femmes.

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le président a reçu avec transport le ruban dont vous avez voulu qu'il se ceignît la tête, et il m'a même paru le préférer aux lauriers et aux myrtes dont le plaisir et la victoire couronnent les héros et les amants heureux ; je dois même vous dire qu'il a écouté avidement ce que je lui ai dit de vous ou de votre part. Mais je ne peux vous dissimuler que l'objet présent fait un furieux ravage dans son âme magistrale; j'ai tout vu, tout entendu, tout remarqué. Un mousquetaire n'est pas plus ardent, un jeune homme de la cour pas plus sémillant, un cordelier, ma cousine, un cordelier pas plus entreprenant qu'il le fut hier près de madame de Neuvri. En sortant du bal, où nous étions tous, j'ai soupe chez lui avec votre aimable rivale. Dieux! qu'elle était belle, et que l'élégance de son ajustement ajoutait encore aux charmes de sa figure ! Une robe de satin couleur de rose, garnie d'hermine, se mariait naturellement avec la couleur de son teint ; je n'entreprendrai pas de vous donner une idée de ses yeux, je crus voir le ciel dans toute sa beauté; elle dansa avec les grâces des Grâces mêmes et la légèreté des nymphes. A table, elle nous donna autant d'esprit que de tendresse : Psyché, lorsqu'elle agaçait l'Amour, était moins séduisante, et Vénus dans les bras d'Adonis ne fut jamais plus touchante et plus tendre... Par attention pour vous.

ma chère cousine, je verrai encore aujourd'hui madame de Neuvri, je la verrai demain, tous lesjours, afin de vous rendre compte de ce qui se pas-^ sera, et puis, c'est qu'elle est bonne à voir, bonneà entendre, bonne à tout... »

Madame de Neuvri était la rivale de beauté et d'amour de madame de La Salle, et elles se détestaient si fort que le bruit courut d'une rencontre à répée. Toutes deux fort légères, prétendant à tout prix acquérir la célébrité, et, j'imagine, au moral de la même lignée que cette vicomtesse de Laval,. qui, ayant parié d'aller à un bal auquel on ne l'avait pas invitée, se fit enfermer dans un clavecin et eik sortit toute parée au moment où les musicien»jouèrent le premier menuet * ; toutes deux d'esprît. alerte et capables de répondre comme madame de Balbi à madame de Matignon qui lui reprochait et. médisances et calomnies : « Eh bien! sommesnous quittes? » Quant à de Tlsle, en vrai fils du. xvm° siècle, il porte ses hommages de l'une à. l'autre, appelle madame de La Salle : un prodige degrâces, de talents et d'extravagance, et, pour avancer les afi'aires, recourt au vieux, à l'éternel.

1. C'est à madame de Neuvri ou à madame de Chaulnes. qu'une bonne femme dit, à l'entrée d'une église, au moment du sermon : « Vous n'entrerez pas, vous êtes trop jolies vous donneriez des distractions à ces messieurs! »

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moyen, celui qui caresse le mieux Tamour-propre féminin, le madrigal :

Eglé, tu nous parais la rose Dont le bouton naissant Ouvre sa feuille à peine éclose Au feu d'un zéphir caressant.

Comme elle, à peine en son aurore, Tu réunis son éclat, sa fraîcheur; Pour être, Églé, plus belle encore.

Comme elle aussi, tu dois prendre un vainqueur.

Modes, enfants, propos de salon, poésies jouent naturellement le principal rôle dans les lettres du capitaine à madame de Riocour : homme précieux entre tous, pour qui la science de mesdames Adélaïde, Beaulard et Bertin n'ont point de mystère, qui se constitue auprès de ces personnes célèbres le ministre plénipotentiaire de sa cousine et obtient pour les toilettes choisies par lui * Tapprobation

1. Les iMémoircs du temps ont rapporté la réponse de madame Bertin à une cliente difficile : « Présentez donc & madame les échantillons de mon dernier travail avec Sa Majesté; » son mot au marquis de Toulongeon, qui se plaignait de ses prix exorbitants : » Ne paie-t-on à Vernet que sa toile et ses couleurs? » 11 faut, pour avoir une idée de ces insolences d'artistes, lire dans Dutens le récit de la visite du chevalier de la Luzerne au cordonnier Charpentier» A madame de Pompadour, qui veut savoir le pourquoi de sa réputation, Dagé répond tranquillement : « Je coiffais Tautre, » mot qui ravit la Dauphine. — Voir aussi les Mémoires de Maurepas, de Soulavie, de Bachaumont. — Les Contemporains, t. XU. — Le Tableau de Paris, t. XI. — Correspondance secrète, 1. 1"'. — Correspondance de Grimm, t. V. — Les Panaches ou les Coiffeurs à la mode, comédie en un

de la marquise de Coigny « Toracle du bon goût, comme elle en est le chef-d'œuvre, » qui sait ce qui se passe à la cour et vit dans Tintimité de ces familles qu'on avait surnommées les quatre coins de la reine. Quel plaisir aussi de déguster la primeur de ses vers, de ceux, par exemple, qu'il composa pour madame de Brionne, la grande amie du duc de Choiseul! Un soir, séduite par le charme pénétrant d'une belle nuit, la comtesse avait essayé de faire des vers à la lune, mais elle ne put jamais dépasser le quatrième. Le chevalier achevarhymne, le fit imprimer sous le nom de madame de Brionne sur une feuille de même format et de même caractère que le Mercure de France, ajouta un dithyrambique éloge de ses talents, puis inséra * la feuille dans le numéro qu'elle recevait. La plaisanterie eut grand succès, Grimm s'y laissa prendre, et, dans la Correspondance littéraire, vanta beaucoup ces

acte, représentée au Grand-Théâtre du Monde, Londres, 1778. — Concourt, la Femme au xvm" siècle. — Les ModeSy cpître à Beaulard.

1. De risle ailectionnait ces petites malices qui sont tout h fait dans le goût du temps. Pendant son séjour à Londres chez le comte du Châtelet, il fut présenté à une jeune femme, lady Spencer. Celle-ci était souffrante, son médecin lui avait ordonné un bain froid et elle ne pouvait s'y résoudre, disant qu'elle y mourrait. De l'Isle la plaisanta et promit qu'alors il ferait son épitaphe; elle prit le bain et se trouva mieux. A quelque temps de là, en se promenant dans la campagne, on la conduisit sans affectation

couplets « dont Sapho se serait honorée d'être l'auteur ».

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