SUR TROIS SOEURS
AIR : Du haut en bas.
Elles sont trois, Riant, chantant, faisant tapage ;
Elles sont trois, Ayant un fort joli minois.
Une eût affolé le plus sage; Mais pour assurer leur ouvrage,
Elles sont trois.
Elles sont trois Pour forcer les cœurs à se rendre,
Elles sont trois.
On a tout l'embarras du choix :
D*aimer on ne peut se défendre, Mais comment le leur faire entendre?
Elles sont trois...
Le nombre trois A quelque vertu magique,
Le nombre trois.
Plus j'y pense, plus je le crois.
Mais en vain l'esprit s'alambique.
On sent ici mieux qu'on n'explique,
Le nombre trois.
Du nombre trois Tout bon chrétien est idolâtre.
Du nombre trois.
Dieu lui-même s'est mis en trois.
Ici, l'on se mettrait en quatre Plutôt que de laisser rabattre
Du nombre trois.
La comtesse Diane se montrait plus occupée de littérature que sa belle-sœur, et l'invitait un jour à lire Ylliade. Celle-ci répondit en riant qu'elle connaissait à merveille le poète grec et s'en tenait à ce vers :
Homère était aveugle et jouait du hautbois.
Voilà le genre, et les hommes se mettaient à l'unisson. Ce devait être chose facile, car à l'exception de quelques-uns, leur brillante médiocrité, leur réelle ignorance les condamnaient à ne penser, dire et faire que de jolis riens. En 1781, madame de Polignac étant enceinte, pria madame de Boufflers de lui louer sa maison d'Auteuil, célèbre par ses jardins à l'anglaise. Madame de Boufflers, qui voulait refuser sans désobliger la favorite, répondit par les vers de Junie h Néron dans Bntannicus :
Tout ce que vous voyez conspire à vos désirs...
La duchesse les ayant montrés à ses flatteurs, ils les déclarèrent tout d'une voix pitoyables, croyant que madame de Boufflers les avait faits. « J'en suis fâché pour le pauvre Racine, remarqua celle ci, ils sont de lui. »
Ainsi glissait vers l'abîme une société gracieusement frivole, qui mit un rempart de fleurs entre elle et le monstre, sourde aux avertissements des
sages, insouciante des remèdes, incapable, même après l'expiation, de faire son mea culpa^ de comprendre pourquoi elle était frappée. Brusquement elle allait passer de la fortune à la confiscation, d'une plaisanterie à la guillotine, d'une fête aux détresses de l'émigration. Gomment aurait-elle senti la nécessité d'une révolution qui, à ses yeux, n'avait d'autre résultat que de la ruiner et la tuer, que d'installer des abus agréables au plus grand nombre au lieu d'abus agréables au petit nombre? Comment, à travers les proscriptions et les massacres, à travers les événements formidables, grandioses qui se déroulèrent pendant vingt-cinq ans, aurait-elle deviné les bienfaits qui naîtraient de tant de misères, la liberté, l'égalité devant la loi, le respect des faibles et des humbles, l'amour de la patrie pénétrant l'âme de chacun, devenu indépendant des formes de gouvernement, et, malgré les incertitudes de l'avenir, malgré les poussées tumultueuses d'une démocratie sans frein, la confiance légitime dans le progrès par le sentiment de la tolérance, la solidarité humaine, le retour aux idées spiritualistes?