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Lettres d'octobre et novembre

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succès, sceptique à Tégard des vertus pénibles, faisant passer les considérations avant les principes, doué du don des habiletés subalternes qui maintiennent un ministre, mais qui énervent un régime en le discréditant : une espèce de cardinal de Fleury moins la sagesse *. On sait qu'il inaugura sa réputation par un couplet licencieux contre madame de Pompadour. Sa gravité apparente ne dépassait point son maintien, son extérieur froid ne faisait que rendre plus singulières ses plaisanteries ; car il plaisante de tout, et, à la longue, rien de plus irritant que ce ricanement sans fin, que cet éternel : ça m'est égal! à l'heure oîi se noue la plus sombre des tragédies. L'esprit de trait et de réplique, quand il va contre l'esprit de la fonction, n'est plus de l'esprit : il donne presque la sensation d'une parodie sacrilège dans une église ; de même tel discours parlementaire, plein de belles phrases , mais maladroit , se retourne fréquemment contre le gouvernement, le parti de l'orateur qui l'a prononcé. Avoir l'intelligence de son rang, de sa situation, sera toujours le véritable esprit, le seul utile et qui ne sonne jamais faux. L'esprit de l'homme d'État, du diplo-

1. Mémoires de Maurepas, de Ségur, de madame de Genlis, de madame de Campan, du duc de Lévis. Éloge de Maurepfiis par Condorcet, etc.

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mate n'est pas, ne doit pas être celui du journa* liste, de l'historien : une épigramme inepte ou dangereuse dans la bouche d'un ministre peut» lancée par un homme du monde, avoir beaucoup d'à-propos. Combien peu d'ailleurs ont l'esprit du silence, combien peu se résignent à étouffer entre leurs lèvres un mot malicieux! Quelque temps, après son avènement comme premier ministre, un gentilhomme gascon vint solliciter Maurepas, et voulant se donner les airs de l'avoir connu : « Monsieur le comte, dit-il, oserais-je vous demander ce que vous avez fait de ce petit cheval blanc que vous montiez, il y a une dizaine d'années, lorsque nous étions à la campagne ensemble? — Monsieur^ répond gravement Maurepas, qui s'aperçoit que l'habit du Gascon est retourné, je l'ai fait retourner et je lui ai fait mettre des boutons neufs. » — ce Savez-vous, disait-il en pleine guerre contre les. Anglais, ce que c'est qu'un combat naval?... Deux. escadres sortent de deux ports opposés; on.

manœuvre, on se tire des coups de canon, on abat, quelques mâts, on déchire quelques voiles, on tue quelques hommes, on use beaucoup de poudre et de boulets ; puis chacune des deux armées se retire,, prétendant être maîtresse du champ de bataille;, elles s'attribuent toutes deux la victoire ; on chante de part et d'autre le Te Deunij et la mer n'en rester

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pas moins salée. » Son esprit le servait mieux, lorsqu'ayant proposé Turgot pour ministre à Louis XVI, ce prince objecta avec candeur : « On prétend que M. Turgot ne va pas à la messe. — Eh sire! reprend Maurepas, l'abbé Terray y va tous les jours; » ou bien encore, quand il invitait le comte d'Artois à faire quelques actes de soumission à Sa Majesté. « Après tout, interrogeait avec hauteur le jeune prince, que peut me faire le roi *? — Monseigneur, il peut vous pardonner. » Malgré tout, on perdit en lui plus qu'il ne valait, et il faut aussi reconnaître ses qualités : désintéressé, ennemi de la magnificence et du faste, le goût des arts, le talent de simplifier le travail du cabinet, de saisir rapidement les questions et de se rappeler , une certaine dextérité qui suppléait à Tétude et à la méditation . Avec cela excellent mari : sa femme et lui passèrent cinquante-cinq ans sans se quitter presque une journée; elle avait beaucoup d'influence, et il assistait tous les

1. C'est lui qui répliquait à un archevêque indigne de la nomination de Turgot : « Je vous l'abandonne si vous voulez payer la dette de l'État. » On lui reprochait d'avoir fait nommer ministre de la maison du roi, Âmelot, homme assez médiocre : « On ne dira pas, au moins, que j'ai pris celui-là pour son esprit. » Un abbé de cour, surpris en tête à tète avec une jolie femme, s'excusait, disant qu'il ne croyait pouvoir mieux faire que de suivre l'exemple do te ou tel prélat: « Point du tout, observe Maurepas, attendez que vous soyez évêque. »

soirs à sa partie de loto ; madame de Puisieux les appelait Baucis et Philémon. Le xvm« siècle, par une sorte de compensation, est, en quelque sorte, le siècle des bons ménages de ministres : les Maurepas, les Chauvelin, les Vergennes, les Necker fournissent de parfaits exemples de bonheur conjugal qui protestent contre de bruyants scandales, trop nombreux assurément et capables de voiler aux esprits superficiels ou passionnés la grande majorité honnête, comme dans une assemblée politique, le spectateur n*a d'yeux que pour les quelques orateurs qui s'emparent de la tribune, et ne se préoccupe guère d'écouter le silence des timides, d'étudier le travail qui s'accomplit dans les commissions.

Marie-Antoinette prétendait jouir à la fois des avantages de la royauté et des agréments de la vie privée, se conduire en simple particulière à Trianon, y jouer la comédie le soir après avoir été reine le matin à Versailles : déçue dans ses rêves d'amour conjugal, sevrée pendant sept années des joies de la maternité, elle désirait qu'on l'aimât pour elle-même, cherchait une amie intime et crut

ravoir trouvée, dans madame de Lamballe d'abord, puis dans Yolande de Polastron, comtesse de Polignac *. Un visage enchanteur, au sourire, au regard vraiment célestes, peu d'esprit et d'instruction, mais beaucoup de douceur et de grâce dans le caractère, de droiture dans le jugement, avec certain penchant à l'indolence, une âme sensible et bienveillante, une modestie délicate qui lui faisait souvent répondre de bonne foi ; « Ce que vous me dites là est au-dessus de ma portée, » ces qualités avaient charmé la reine, qui conçut pour madame de Polignac une très vive affection. Seule avec elle, dira-t-elle plus tard, je ne suis plus reine, je suis moi. Cependant cette sympathie menaçait de demeurer stérile, si les intimes de la comtesse n'eussent imaginé un stratagème qui devait leur permettre de s'élever en élevant la

1. Sur madame de Polignac et sa société intime, voir : Histoire de Marie-Antoinette^ par Maxime de la Rochetcrie, 2 vol. in-8; Perrin. — Mémoires de mesdames de Genlis, d'Oberkirclî, Campan, de Besenval, de Ségur. — Lettres du chevalier de Vlsle au comte de Riocour et au prince de Ligne. — Sainte-Beuve, Causeries du Lundi, t. XII. — Duc de Lévis, Souvenirs et Portraits, — Mémoires sur la vie de la duchesse de Polignac. Hambourg 1796, in-18, Paris, an II. — Correspondance de Mirabeau et de La Marck, — Correspondance secrète du comte de Mercy. — La Marquise de Bombelles au marquis de Bombelles (archives de Versailles). — Pierre de Nolhac, le Château de Versailles au temps de Marie-Antoi' nette, Versailles; Aubert, 1889. — Portefeuille dhin talonrouge, — Adolphe Jullien, la Comédie à la cour, le Théâtre de Madame de Pompadour.

jeune comtesse. Par leurs soins, sous leur dictée, celle-ci écrit à la reine, exprime sa douleur de s'éloigner d'une princesse qui lui témoigne tant de bontés; mais la médiocrité de sa fortune lui fait une loi de quitter Versailles, et aussi la crainte que cette amitié, après lui avoir attiré de dangereux ennemis, ne la laisse livrée à leur haine. La fuite dans les saules, avec les variantes que nécessite le progrès! Elle eut le même effet; Marie- Antoinette retint madame de Polignac, l'installa auprès d'elle, et, lorsque la princesse de Guéménée perdit la charge de gouvernante des enfants de France , une intrigue à peu près pareille , ourdie par le baron de Besenval, amena la favorite à lui succéder. Aussi bien, honneurs, grâces, dignités, tout va à sa famille, à son insatiable entourage *. Le tabouret pour elle, son mari pre-

1. Un membre de celte famille, le cardinal de Polignac a laissé une grande réputation comme diplomate. Envoyé à Rome pour négocier la réconciliation du pape et de Louis XIV, il met tant de grâce et de dextérité dans sa conduite qu'il arrache ce compliment à Alexandre VIII : «Je ne sais comment vous faites; vous semblez toujours de mon avis, mais c'est moi qui finis par être du vôtre. » Ambassadeur de Louis XIV au congrès d'Utrecht, il tient aux Hollandais ce fier langage : « Nous traiterons de vous, chez vous, sans vous. » Artiste et savant, il composa un poème latin, V Anti-Lucretius, très apprécié alors, où il combat les doctrines philosophiques de Lucrèce. — Au xvm" siècle, une marquise de Polignac est presque célèbre par ses boutades, ses plaisanteries brusques, son caractère

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mier écuyer et duc héréditaire, quatre cent mille livres pour payer leurs dettes, huit cent mille pour la dot de leur fille , la terre de Fenestrange qui rapportait soixante-dix mille livres ; quinze mois après, une pension de quatre-vingt mille livres sur le trésor royal, la direction générale des postes et haras octroyée le l®"" janvier 1780, le beau-père nommé ambassadeur en Suisse, la place de capitaine des gardes promise à leur gendre, le duc de Guiche; la comtesse Diane, malgré sa réputation équivoque, dame d'honneur de madame Elisabeth ; ces faveurs , suivies d'autres encore , déchaînèrent les envieux, mécontentèrent le public. Marie-Antoinette n'y prenait point garde, semblait même se faire un jeu d'exaspérer la jalousie, en prodiguant à son amie des marques de sympathie exorbitantes qui, très injustement d'ailleurs, firent comparer madame de Polignac à la

fantasque et la hardiesse spirituelle avec laquelle elle avouait sa passion pour le comte de Maillebois. AÔn de soutenir les intérêts de son ami, elle avait été chez madame Du Barry, et on lui passa cette démarche, parce qu'elle était sûre que toutes les personnes qui savent aimer l'excuseraient; ce qui fît dire à M. de Valence que, dans le monde, pour avoir un ridicule, iZ/Viwf V accepter, moXs qu'on n'en a jamais lorsqu'on s'en moque gaîment et sans embarras. La marquise de Polignac avait des mots à elle, des mots comme celui qu'elle lança en entendant vanter madame de Lutzbourg, qui, malgré ses soixante-dix-huit ans, se montrait étonnamment leste et active : « Oui, elle a toute la vivacité que donnent les puces. »

maréchale d'Ancre. Elle entraîne chez elle le roi et toute la cour, prend son bras le soir et traverse ainsi les antichambres, remplies de monde, sans autre suite qu'un valet de chambre et deux valets de pied. La duchesse s'absente-t-elle? Elle lui écrit régulièrement. Est-elle enceinte? On décide qu'au moment des couches la cour ira s'établir neuf jours à la Muette. Et les fétichistes de l'étiquette de gémir de ces infractions au rituel. Mais n'oubliaient-ils pas les escapades de la duchesse de Bourgogne courant la nuit à travers les jardins de Marly, s'asseyant auprès des femmes de chambre à l'église, et surtout ces fameux lavements que Tespiègle prenait, appuyée sur un écran, en présence de Louis XIV, qui fut longtemps sans le savoir, et qui s'en amusa beaucoup quand il l'apprit? En somme, le salon de madame de Polignac fit grand tort à Marie-Antoinette : il développa chez elle le goût des conversations oiseuses, de la moquerie sans esprit et des distractions futiles qui prolongent l'ignorance, dégoûtent petit à petit des bonheurs fondés sur la dignité de l'âme et le sentiment de la grandeur dans le devoir. Et c'est une question de savoir si la favorite d'une reine ne nuit pas autant à la royauté que la favorite d'un roi.

A Versailles, le salon de la duchesse a pour cadre une grande salle de bois construite à Textré-

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mité de l'aile du palais qui regarde TOrangerie; au fond un billard, à droite un piano, à gauche une table de quinze. Madame de Polignac recevra-t-elle toute la France, interroge le prince de Ligne. — Oui, répond de Tlsle, trois jours de la semaine : mardi , mercredi, jeudi . Pendant ces soixantedouze heures, ballet général; entre qui veut, dîne qui veut, soupe qui veut. Il faut voir comme la racaille des courtisans y foisonne . On habite , durant ces trois jours, outre le salon, toujours comble, la serre chaude, dont on a fait une galerie, au bout de laquelle est un billard. Les quatre jours de la semaine qui ne sont point ci-dessus dénommés, la porte n'est ouverte qu'à nous autres favoris. Vous y êtes attendu. Madame de Polignac couchera-t-elle avec M. le dauphin? (le fils de Louis XVI). Il a été spécialement énoncé qu'elle couchera avec qui elle voudra. Seulement une porte de glace, pratiquée entre sa chambre et celle du dauphin, laisse voir de Tune tout ce qui se passe dans l'autre (24 novembre 1782). — (Madame de Polignac venait de remplacer madame de Guéménée).

Quels sont et qui sont les autres favoris, les habitués du salon, de la ville Jules, de Yhôpital Jules, comme dit familièrement de Tlsle? Parmi les parents : Diane de Polignac, la duchesse dé

Guiche, fille de madame de Polignac, pour laquelle Grimm répétait le vers d'Horace :

Maire pulchra filia pulchrior

le comte de Polastron, son frère, « une nullité qui joue du violon »; la comtesse de Polastron, la bichette Polastron^ qui pleure en apprenant que son mari va en Amérique : « ses joues ressemblaient à des fleurs couvertes de rosée », qui pleurera plus amèrement quand elle aimera le comte d'Artois; mesdames d'Andlau et de Mun, les deux filles de madame Helvétius, surnommées les deux Étoiles, à cause de leurs charmes et en souvenir d'un conte où une mère, interrogée par sa fille sur ce que devenaient les vieilles lunes, répondit que le bon Dieu les cassait en morceaux pour faire les étoiles de son firmament; ensuite le duc de Guines, le bailli de Grussol, le chevalier de Luxembourg , le marquis de Gonflans ; le duc de Lévis, qui, plus tard, publiera des ouvrages remarquables par la finesse des pensées, le ton d'urbanité élégante, un des premiers parmi les moralistes de second ordre; le comte de Ségur, autre écrivain polygraphe, l'homme qui, grâce à sa bienveillance et sa parfaite éducation, sut le mieux peut-être faire accepter ses métamorphoses politiques, maître accompli et tout à fait supérieur dans

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l'art de la repartie diplomatique, de Tépigramme adoucie, de la louange raffinée qui flatte l'interlocuteur sans abaisser la dignité du complimenteur et sauve parfois une situation tendue ou compromise; — les trois Coigny, le duc, le comte, le chevalier; le duc, nommé en 1774 premier écuyer du roi, ami fidèle de Ghoiseul, homme de grandes manières, d'une discrétion à toute épreuve, fort .jaloux, à certain moment, de la faveur de Lauzun et de madame de Polignac auprès de la reine, un type du courtisan habile et loyal; le comte de Coigny*, gros garçon réjoui, ce bon seigneur qui veut que, à commencer par lui, tout le monde soit bien accueilli, bien traité, bien libre, bien heureux

i. « Le comte de Coigny a donné dans les jardins anglais, ou plutôt dans les jardins naturels ; c'est ce qu'avec les plus grandes beautés est, par excellence, le jardin de Mareuil. Nulle part on n'y peut apercevoir le travail des hommes; il semble que ce soit depuis mille ans qu'une source abondante mugit, bouillonne, et s'échappe d'un amas de rochers pour tomber, s'étendre et couler, pure comme le cristal, dans un lit dont le gazon qui forme les bords, a la finesse, la douceur et le lustre du velours. Aucune ruine, aucune antiquité menteuse n'y présente aux yeux l'affligeante image de la destruction; au contraire, une multitude d'arbres vénérables, encore pleins de vigueur, semblent donner aux habitants de cet asile le doux espoir d'être, comme eux, respectés par le temps; et la végétation des quatre parties du monde, rassemblée dans cette terre hospitalière, s'y développe, avec tant de complaisance, que Salomon qui connaissait tout, depuis le cèdre jusqu'à Thysope, ne pourrait, s'il revenait occuper le trône d'Israël, depuis si longtemps vacant, faire un voyage plus intéressant que celui

dans un grand château (Mareuil), trop grand pour les réparations qu'exige son entretien »; le chevalier, joli homme fort à la mode, que les femmes appelaient Mimi, Madame de Genlis lui trouvait Tair distrait, insouciant et en même temps étourdi, une gaîté affectée, un ton moqueur qu'il ne quittait jamais; causant peu, mais dans chaque visite laissant un mot, bon ou mauvais, que Ton citait toujours; et, ce mot une fois lancé, ne parlant plus. 11 se gaussa spirituellement de Le Pelletier de Morfontaine, l'ancien prévôt des marchands sous Louis XVI, homme assez intelligent, très bon, mais d'une fatuité insupportable, en dépit de certaine infirmité qui empêchait ses meilleurs amis de demeurer près de lui dans une voiture fermée. Un jour il va le voir, le trouve étendu sur sa chaise longue, près d'une table couverte de fioles, de sachets, et tout pâle, car il n'avait pas encore mis son rouge. Voilà Le Pelletier qui lui annonce, d'un ton d'importance , qu'il vient de rompre toutes ses liaisons et le consulte pour savoir à quelle femme il devra adresser ses soins. Charmé de mystifier un sot, le chevalier passe en revue les beautés d'épée et les beautés de robe les plus

de Mareuil, ni qui pût mieux le mettre à même de montrer la vaste étendue de ses connaissances. » (Lettre de de l'Isle au prince de Ligne.)

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accomplies, et lui de trouver à toutes quelque défaut qui le rebutait. « Ma foi, mon cher, conclut enfin Goigny en éclatant de rire, puisque vous êtes si difficile, je vous conseille d'imiter le beau Narcisse et de devenir amoureux de vousmême. »

Les coryphées, les vrais meneurs du salon, sont d'Adhémar, de Besenval, et surtout Vaudreuil. Simple lieutenant dans un régiment d'infanterie, connu d'abord sous le nom de Monlfalcon, le premier s'était distingué par une action d'éclat au combat de Warbourg; mais étant sans faveur, sans fortune et satis liaisons, il n'obtint que la croix de Saint-Louis avec la place de major dans une petite ville : une retraite plutôt qu'un encouragement. Le hasard fit pour lui ce que n'avaient pu le courage, la volonté. En feuilletant les parchemins déposés dans les archives du castel d'une vieille tante, il trouve des titres établissant sa descendance de la maison d'Adhémar, les porte au généalogiste Ghérin, qui, après un minutieux examen, les déclare authentiques. Grâce à MM. de Ségur et de Castries, le nouveau comte d'Adhémar est nommé colonel commandant du régiment de Chartres-Infanterie et présenté à la cour; il épouse une riche veuve, madame de Valbelle, dame du palais de la reine; son ami Vaudreuil l'introduit

chez madame de Polignac. Un esprit aimable, sans portée, une voix charmante, beaucoup d'ambition et d'audace, il n'en fallait pas plus alors pour réussir quand on était de l'intimité de la favorite K Elle le fit nommer ministre à Bruxelles, ambassadeur à Londres; mais ses prières, ses larmes mêmes, le moyen par excellence auprès de la reine, échouèrent quand elle sollicita l'ambassade de Vienne, le ministère de la guerre. Peu intéressée pour elle-même, la duchesse mettait une fâcheuse ardeur à soutenir les prétentions de ses parents et amis. En face d'une telle âpreté, ne comprend -on pas le goût de Marie- Antoinette pour certains étrangers , le prince de Ligne , La Marck, Valentin Esterhazy, Stedingk, Fersen, qui Vont adorée sans songer à V aimer, et qui, eux, ne demandaient rien?

Lieutenant général, grand'croix de l'ordre de Saint-Louis, inspecteur général des Suisses, puis lieutenant-colonel du régiment des Gardes Suisses, excellent officier pendant la guerre de Sept Ans, mais n'ayant pas le feu sacré qui fait les grands capitaines, homme de cour, épicurien de goûts et de principes, très attiré vers les lettres et les arts,.

1. Mémoires de Besenval, de Ségur, de madame Campan. — Sainte-Beuve, t. xii. — Duc de Lévis. — Vicomte de Ségur l Œuvres diverses.

qu'il aima sans les étudier ni les approfondir, le baron de Besenval a les défauts et les qualités de beaucoup de gens de son époque, que l'attrait du plaisir, la vie de salon et de boudoir détournèrent des fortes vocations et gâtèrent. Ses mémoires indiscrets , son existence , démontrent la loi immuable des contrastes, la dualité du personnage : plein de fatuité , partial , cynique , et immoral dans ses jugements, il a tout prophétisé, fait, défait les ministres, il aurait tout conjuré si on Teût écouté (en réalité il contribua à la nomination du maréchal de Ségur et décida celle de madame de Polignac). Ce n'est pas qu'il manque d'une certaine clairvoyance : ainsi il se mit à la tête de l'opposition contre Figaro et représenta cette comédie comme une satire du gouvernement; il pressentait la révolution et comprenait qu'à côté, au-dessus de la conjuration des hommes, il y avait la conjuration des choses. Et puis il a une gaîté railleuse et goguenarde, gaîté charmante lorsque, montant à l'assaut d'une redoute au milieu d'un feu meurtrier, il se retourne et crie à ses grenadiers : « Morbleu! camarades, cette situation n'est pas commode; savez-vous bien que, s'il n'y avait pas des coups de fusil à gagner, on n'y tiendrait pas? » charmante encore lorsque, arrêté en

1789, menacé de la colère du peuple, il se distrait

en persiflant son geôlier, Bourdon (de l'Oise), le futur conventionnel; gaîté navrante quand il rit de certaines choses, quand, par exemple, il se divertit des louanges dont il accable les colonels français qui lui font examiner leurs soldats, ou quand il encourage la reine à la moquerie et lui prêche le mépris de l'étiquette : le rire du régent, de Maurepas, le rire de ces jeunes gens qui se consolent d'une défaite si elle inspire une jolie chanson.

En même temps, des traits d'une rare délicatesse *. Ami de Ghoiseul dans la disgrâce, proteoteur attentif de ses anciens compagnons d'armes,

1. Besenval, raconte le vicomte de Ségur, était d'une violence extrême de caractère, et l'impossibilité de la vaincre l'avait déterminé à s'y livrer sans réserve; d'ailleurs, l'objet de sa colère et de ses brusqueries devenait souvent celui de ses caresses et de ses bienfaits. Il avait un vieux serviteur qui occupait un appartement dans son hôtel et qu'il traitait comme un ami. On laissait Blanchard s'occuper de menus détails, afin qu'il ne se crût pas inutile. Un jour, on apporte à Besenval un superbe jasmin du Cap qu'il destinait à la reine; il le confie h Blanchard, qui malheureusement laisse tomber le vase, et tout est brisé. Besenval, furieux, l'accable de reproches, et le vieillard, désespéré, demande le lendemain la permission de se retirer dans sa famille. — Comment! vous voulez me quitter! Vous resterez : nous devons vivre et mourir ensemble. — Non, monsieur le baron, je sens que je vous deviens odieux; je vieillis trop et ne puis qu'exciter, par mes lenteurs, la violence de votre caractère. — Eh bien! monsieur, répond le baron les larmes aux yeux, c'est donc un parti pris? H faut nous séparer! Vous étiez à mon père, votre femme m'a nourri, vous êtes plus ancien que moi dans la maison :

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capable de risquer son crédit pour défendre ceux qu'il aime, de risquer sa vie pour soustraire le roi à la possibilité d un danger. A la fin de 1789, lorsqu'on commença d'instruire son procès, il aperçoit, parmi les pièces rassemblées pour sa défense, un ordre signé de Louis XVI, portant ces mots : « Le baron de Besenval repoussera la force par la force ». Aussitôt il s'en saisit et le met en pièces. « Quelle imprudence! s'écrie son avocat! Notre plus beau moyen ! — Mon cher défenseur , répond Besenval, ce bout de papier plairait trop aux ennemis du roi. N'ajoutons pas à ses malheurs. — Mais le roi n'est^pas prisonnier! — En êtes-vous bien sûr? » Aussi bien Besenval réalise le type de l'homme constamment heureux : recherchant le péril, ardent à s'y exposer, il ne reçut jamais une égratignure ; il eut une grande fortune, des dignités, beaucoup de succès auprès des femmes, un tour d'esprit qui lui montrait les choses du bon côté. La reine l'écoutait volontiers : un jour vient où il abuse de sa confiance pour tenter de lui arracher un secret d'État, ou,

c*est à moi de m'en aller. Je reviendrai quand vous pourrez supporter mes défauts. — A ces mots il prend sa canne, son chapeau et veut sortir. Touché de ce Irait inattendu, Blanchard se précipite à ses pieds devant la porte; son maître le relève, le serre dans ses bras : ils fondent en larmes et jurent de ne jamais se séparer.

selon madame Gampan, pour tenter une déclaration d'amour; Marie- Antoinette se contente de lui infliger une mercuriale, et il continua d'être des Trianon. Accusé du crime de lèse-nation pour sa piètre défense de Paris, le 12 juillet, le hasard, son assidu collaborateur, amène sur sa route Neçker, qui revenait en France, redemandé par le cri public, et qui lui épargne sans doute la réception faite à Foulon, à Berthier, en retardant son départ. Enfin, le Châtelet l'acquitte, en 1790, et il a la chance de mourir, seize mois après, au seuil de la Terreur. Sa belle humeur, son goût de la société ne Tabandonnèrent pas un instant : il avait vingt-cinq personnes à dîner, le 2 juin, jour de sa mort : pendant qu'on était à table, il entra dans la salle à manger en disant à ses convives : « C'est l'ombre du commandeur qui vous fait sa visite ». La plaisanterie parut lugubre, il s'aperçut de l'impression produite, sourit, rentra dans le salon; une heure après, il expirait.

Vous qui d'Amour craignez les lois,

Evitez la jeune de Poix :

Sans soin, sans projet et sans art

Cette princesse

Touche sans cesse

Hors au billard.

Surprise de ne point toucher, Cherchant ce qui peut l'empêcher,

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Elle consulte un vieux docteur Qui dit : ma fîlle, C'est qu'une bille N'est pas un cœur.

Le comte de Vaudreuil * fredonnait un soir ce madrigal du chevalier chez madame de Polignac et Ton ne manquait pas d'applaudir Vami de la duchesse, le favori du comte d'Artois, le seul homme, qui, selon la princesse d'Hénin, sût parler aux femmes dans le monde. II avait profité du conseil de Lekain : « Si vous voulez paraître passionné, ayezTair de craindre de toucher la robe de la femme que vous aimez. -» Vaudreuil, ' en effet, plaisait beaucoup par un assemblage de petits talents; une politesse qui semblait partir du cœur, cette grâce de contradiction qui fait qu'on semble demander pardon de n'avoir pas tort, l'art de conter, de chanter avec goût les couplets à la mode, de bien jouer la comédie. Grimm le proclame le meilleur acteur de société qu'il y ait à Paris et c'est toujours lui qui remplit les rôles d'importance au

i. Sur le comte de Vaudreuil, on lira avec fruit l'excellente introduction de M. Léonce Pingaud à la Coi^respondance de Vaudreuil et du comte d'Artois, 2 vol. Pion, 1889. — Souvenirs de madame Vigée-Lebrun. — Mémoires de mesdames de Genlis, d'Oberkirch, Campan, de Tilly, Montliarrey, Bachaumont. — Brifaut, Récits d'un Vieux Parrain. — Grimm, Correspondance, t. XII. — Forneron, Histoire générale des Émigrés, — Hyde de Neuville, Mémoires et Souvenirs,

théâtre de Trianon. On attribua cependant une assez forte bévue à ce gentilhomme si accompli, la première fois qu'il vint chez la maréchale de Luxembourg : « Monsieur, lui dit- elle après souper, on assure que vous chantez fort bien et je serais charmée de vous entendre; mais si vous avez cette complaisance, ne me chantez point d'ariettes, point de grands airs, un Pont-Neuf, un simple Pont-Neuf . Vaudreuil , ignorant que la maréchale eût été d'abord duchesse de Boufflers, entonne d'une voix sonore le premier vers du quatrain de Tressan :

Quand Boufflers parut à la cour,

A l'instant même on tousse, on éternue. Il poursuit :

On crut voir la mère d*Amour.

L'agitation redouble. Après le troisième vers :

Chacun s^efforçait de lui plaire,

Vaudreuil s'arrête, voyant la stupéfaction peinte sur tous les visages.

— Achevez donc, monsieur, reprit la maréchale, et elle fredonne elle-même le derniers vers :

Et chacun l'avait à son tour.

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L'avidité de Vaudreuil, sa soif d'influence dépassent toute mesure. Privé pendant la guerre d'Amérique de la jouissance de ses propriétés de Saint- Domingue, il se fait attribuer une pension de trente mille livres, puis, par le crédit du comte d'Artois, échange cette pension contre un domaine d'égale valeur. Compris sans aucun titre dans une promotion de maréchaux de camp, investi de la charge de grand fauconnier qui se bornait à recevoir solennellement, une fois l'an, les gerfauts d'Irlande ou les faucons envoyés de Malte, il obtint, grâce à l'obligeance de Galonné, son protégé, une avance de douze cent mille livres, une autre de six cent mille livres. A ses yeux, le trésor public est une mer, qui n'y boit pas est un sot; cela s'appelait alors les bienfaits de la cour. Il sollicita aussi la charge de gouverneur des enfants de France. D'ailleurs nullement vénal, et un jour que Beaumarchais vient lui ofl'rir un gros pot-de-vin s'il veut patronner un projet financier : « Monsieur, répond Vaudreuil, vous ne pouviez arriver dans un meilleur moment, car j'ai passé une bonne nuit, et jamais je ne me suis mieux porté que ce matin; hier je vous aurais fait jeter par la fenêtre. » Ce brillant parasite se passionne pour les questions de personnes et les trigauderies de la cour, il entend être l'arbitre des grâces, pro-

voque la chute du prince de Montbarrey qui lui a refusé de lucratives survivances, rappelle avec hauteur à M. de Gastries qu'il Ta fait maréchal de France. Pendant plusieurs années, il demeure une puissance occulte, irresponsable; enfin oublieux des bienfaits de la reine, il prendra parti pour le cardinal de Rohan dans l'affaire du collier, pour Galonné contre elle, et, dans le cercle Polignac, la nouvelle intimité de Marie-Antoinette avec la comtesse d'Ossun donnera lieu à de perfides commentaires. Triste et douloureux effet de l'esprit de coterie, de la politique des petites chapelles!

A vrai dire, il donne et dépense aussi facilement qu'il reçoit, avec la même imprévoyance, a J'ai tant fait l'aumône, observe-t-il pendant l'émigration, que quelqu'un me la fera le reste de ma vie. » Ses flatteurs l'appellent Mécène, le surnomment ÏEnchanteur, Dans son hôtel de Paris, dans sa maison de Gennevilliers, grands seigneurs, savants, gens de lettres, artistes s'empressent, se confondent : on trouvait au salon des instruments, des crayons, des couleurs, des pinceaux, et chacun de composer, de peindre ou causer, selon son goût ou son talent. Il compte parmi ses clients Joseph Vernet, madame Vigée- Lebrun pour laquelle il paraît avoir nourri une sorte de sentiment en sous-ordre, dont il fréquente

assidûment la maison, où l'accueille un jour une troupe de joyeux convives costumés à la grecque, les dames drapées en canéphores et en muses, le poète Lebrun coiffé du laurier de Pindare, Gubières armé d'iine guitare baptisée lyre pour la circonstance; et tous, entonnant un chœur de Gluck, le conduisent à une table où lui sont offerts le vin de Chypre, le miel de l'Hymette et le raisin de Corinthe. Libéral à sa façon, Vaudreuil soutient une sorte de lutte contre le roi pour obtenir qu'on joue le Mariage de Figaro à Gennevilliers ; il témoigne l'amitié la plus délicate à Chamfort qui pendant plusieurs années devient son commensal, son divertisseur en titre; un divertisseur assez bourru dont les boutades amères amusaient son hôte. « Je prends h tout, répondait-il à un égoïste, et vous ne prenez à rien. » Il estimait inofl'ensives les épigrammes des gens de lettres, et Marie-Antoinette se montrait plus clairvoyante, lorsque après avoir lu une ode de Lebrun contre les courtisans, elle lui disait : « Savez-vous que cet homme nous ôte notre enveloppe * ? »

1. Pendant l'émigration, Vaudreuil partage l'existence de la duchesse de Polignac jusqu'à sa mort, survenue en 1793, s'attache ensuite à la fortune du comte d'Artois. Sa correspondance avec ce dernier le montre plein de clairvoyance d'abord, prêchant la politique de la persuasion, de l'appel à l'opinion, condamnant l'intervention étrangère; puis, sous le feu des événements, la passion reprend le dessus : il

La chanson nouvelle, le mot du jour, des anecdotes plus ou moins libres, voilà, ce semble, les principaux sujets d'entretien de la société' de madame de Polignac : le bel esprit en était banni. Évidemment les habitués n'ont point d'affinités avec la secte des gens à grands sentiments, qui se piquaient d'être moralistes, métaphysiciens, affichaient une délicatesse particulière de goût et de principes; pour faire pièce à ceux-ci, on se jetait dans le parti contraire, on traitait tout avec légèreté; avoir de V enfance dans Vesprit constituait,

jette au loin, comme des béquilles inutiles, la prudence et la raison. D'ailleurs, il n'était pas capable de résister longtemps à son prince bien-aimé. « Quand les choses sont faites, avoue-t-il, je ne sais plus les combattre. »> Bientôt il comprend la vanité de ses illusions, et, convaincu que la France est finie pour lui et ses pareils, qu'ils n*y trouveront que le squelette ensanglanté de leur ancienne patrie, il se résigne et se borne à rester, derrière les tristes murailles d'Holyrood, le fidèle commensal du comte d'Artois. La première restauration le fit lieutenant général, membre de la Chambre des pairs, gouverneur du Louvre, académicien par ordonnance; il désirait aussi le titre de duc et ne put l'obtenir. « Avant-hier, écrit la comtesse Potocka le 22 mai 1816, j'ai été à un concert chez madame Vigée-Lebrun. Tout le monde s'amuse à voir M. de Vaudreuil en faire les honneurs comme il y a vingt-cinq ans. Ils paraissaient fort bien ensemble, malgré la lacune; ils se sont retrouvés comme le beau Cléon et la belle Javolte, et auraient bien pu ne pas se reconnaître. » Brifaut l'auteur des Récits d'un Vieux Pairain, ce livre charmant trop oublié, lui faisait raconter les histoires d'autrefois, l'appelait VAna de la Cour et le Mémento de la Révolution. « Nous étions tous des novices, lui disait Vaudreuil; il est bien aisé de songer à élever des digues le lendemain d'une inondation, mais qui s'en occupe la veille? •

aux yeux des dissidents, le genre d'agrément le plus désirable. On se réunissait avec l'intention de ne dire que des enfances et des bêtises, à l'exemple de la marquise de La Ferté-Imbault, fondatrice de Vordre des camarades Lampons et des chevaliers Lenturelus, Une lettre du chevalier au prince de Ligne nous édifie assez bien sur ce genre de causeries.

« Quel dindon que celui que nous venons de manger chez la comtesse Diane! Mon Dieu, la belle bête ! C'est M. de Poix qui l'avait envoyé de la Ménagerie. Nous étions huit autour de lui : la maîtresse de la maison, madame la comtesse Jules, madame d'Hénin et madame de la Force, M. le comte d'Artois, M. de Vaudreuil, le chevalier de Crussol et moi. Pendant que nous le mangions, mais sans que ce fût à propos de lui, quelqu'un a parlé de vous, mon prince. Voyons que je me rappelle qui... C'est une dame, non, c'est un homme : oui, sûrement c'est un homme, car il a dit : Chariot,., et nos dames n'ont point de ces familiarités-là. C'est un homme qui était à gauche de madame la comtesse Jules. Comptons : moi, j'étais auprès du poêle; ici le chevalier de Crussol, là M. de Vaudreuil, et puis, m'y voilà, c'est M. le comte d'Artois; c'est lui, j'en suis sûr à présent. Il a dit : « A propos, qui est-ce qui sait si Chariot

» est arrivé à Bruxelles? — J'ai dit : moi, monsei- » gneur, je le sais, car j'ai quatre lignes de sa propre » main, et je m'en vais même lui écrire. Qui est-ce » qui veut lui faire dire quelque chose? » Tout le monde a répondu en chœur : « Moi ! moi î moi ! » J'ai démêlé dans la confusion des paroles : « Je » Tembrasse, je Taime, dites-lui qu'il vienne, que » nous l'attendons. » Et quand le tintamarre a cessé, la douce voix de madame la comtesse Jules m'a fait entendre plus distinctement ceci : « Dites-lui y> que s'il avait daté sa lettre d'une manière lisible, ))je n'aurais pas manqué à lui répondre; mais » qu'aidée par plusieurs experts en Fart de déchif- » frer, il ne m'a jamais été possible même de soupy> çonner le lieu d'où venait sa lettre, ni celui, par » conséquent, où devait aller la mienne.» Là-dessus, nous avons parlé de vous, de l'amiral Keppel, et puis du dindon, et puis de la prise de nos deux frégates, et puis des bouffons, et puis de l'mquisition d'Espagne, et puis d'un gros fromage de Gruyère que notre ambassadeur en Suisse yient d'envoyer à ses enfants, et puis de l'étrange conduite des Espagnols à notre égard, et puis de mademoiselle Théodore qui danse une fois mieux que jamais, et qui nous a, hier, autant charmés par son talent que mademoiselle Cécile par ses jeunes attraits. »

UN CLIENT DE l'aNCIEN RÉGIME. 229

A défaut de chansons nouvelles, on fait fête aux anciennes, et M. d*Adhémar obtient grand succès avec des couplets composés en 1773, par de l'Isle, en l'honneur de mesdames de Poix, d'Ossun et de Fleury.

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