‹ La société française pendant le Consulat (volume 2)Chapitre 23 sur 53 · Kot/ebue. Souvenirs de Paris. T. II, p · texte numérisé non relu

Kot/ebue. Souvenirs de Paris. T. II, p

Sur David : t Puui* voir le tableau des Snbines^ on paie en entrant une bagatelle et l'on |)cut aussi acheter une brochure dans laquelle David justifie son procédé par l'exemple des anciens et conclut en disant qu'il se trouve heureux de pouvoir, comme Apelles, recueillir les jugements du public. Il pourrait bien aussi, comme ce peintre, rencontrer quelque cordonnier. Après tout, il ne doit pus être indilTdrent d'avoir déjà acquis, de cette manière, une soixantaine do, mille francs... II y a, en outre, dans son atelier quelques tableaux aussi précieux que celui des Stibine* et qu'il montre gratis aux amateurs. Le Serment des Uoraces pourrait être regardé comme wipéricur aux Sabines^ sous le rapport de la composition, de la simplicité et de la force ; car il y a un reproche que plusieurs critiques font aux Sabines et qui est peut-être vrai, c'est qu'en regardant les figures de ce tableau et surtout celles des hommes, ou ne peut s empêcher de penser au théâtre

raient, sans doute^ que sauf les modestes sommes qu'avait reçues David sur ses premiers ouvrages, il n'avait plus touché d'argent, et qu'il en avait besoin. Ensuite, ceux qui avaient cru voir Tenlèvement des Sabines blâmèrent la composition du peintre, plaçant les jeunes femmes, devenues mères, entre les soldats ennemis, et montrant leurs enfants pour arrêter le combat. Comme si l'artiste n'avait pas le choix de son sujet! Les académiciens de Tépoque, enracinés aux principes de la vieille école, furent les plus sévères et reprochèrent au tableau les femmes à demi nues, les chevaux de la cavalerie sans harnais et sans brides, le nu, enfin, triomphant. Malgré ces critiques, l'œuvre attirait les visiteurs en nombre chez David ; la foule admirait. Elle s'arrêtait devant la femme en évidence au premier plan, une brune au corps svelte et admirablement dessiné, dont la figure, disait-on, reproduisait celle de M"' de Bellegarde * qui, un jour de visite, avant la terminaison de cette toile émouvante, avait permis à David de corriger son premier modèle et de lui substituer son portrait. Flattée, d'ailleurs, de ce désir du peintre, la noble dame s'attachait à copier l'héroïne du tableau ; elle changea sa coiffure afin d'approcher d'une ressemblance plus frappante encore.

du grand opdra. Le» mains des hommes sont belles au delà de toute expression.... J'ai vu avec moins de plaisir, le tableau de Brutuê condamnant ses enfants à la mort. A la vérité, le peintre a réussi dans l'expression de la tête ; il a, aussi, bien rendu la contraction des muscles qui se fait sentir jusque dan» l'orteil, mais cette peinture est divisi^i» en deux parties : la mère avec ses deux filles et la grand'mère sont séparées du reste du tableau par «me colonne et une draperie. La figure d'une des filles est remarquable jjar son air abattu. Peut-être il vaudrait mieux qu'elle parût chercher à se consoler... Mais la belle pensée est que Brutus s appuie sur l'autel de Rome, comme «on unique consolation, quand il remplit un devoir aussi cruel. »

{.Cette dame de Bellegarde était la femme du général qui combattait en Autriche contre la France.

Tant de curiosité, tant de bruit autour des Sabinés, eurent un résultat. Dans les ateliers de peinture, on n'étudia plus que le nu, et la sculpture, Tarchitecture , la littérature même, se modifièrent dans toutes les manifestations de l'art ; on ne s'attacha plus qu'à l'imitation des chefs-d'œuvre de la Grèce.

Dès que Bonaparte fut installé rue Chantereine, à son retour d'Egypte, ses relations avec David ne cessèrent plus. David recherchait le jeune héros ; il était flatté de la bienveillance du général, maître alors des destinées de la France. De même, Bonaparte s^attachait au grand artiste, le peintre des scènes fameuses de l'histoire romaine et des hauts faits de ceux qui s'étaient sacrifiés pour leur patrie. Déjà, le peintre avait oublié Robespierre et Marat. Comme tous les Jacobins, il avait cédé à l'influence du génie, fût-il ennemi de la liberté. Le Consul lui avait fait visite au Louvre. David s'en était enorgueilli et, devant ses élèves, le maître parlait, avec enthousiasme, de ce profil anguleux de médaiUe, qu'il avait admiré en son visiteur. Bonaparte, en effet, était venu un jour, avec ses aides de camp, heurter à la petite porte de l'atelier de l'artiste. En entrant, il avait levé son chapeau, gardant la tête nue, pendant qu'il jetait un regard rapide sur les toiles suspendues aux murailles. Puis, il en avait parlé, non pas comme un professionnel, ni même en homme de goût, — il en avait peu, — mais en philosophe, qui juge les annales de l'histoire. Le lendemain, David, encore sous le charme de cette visite, déplorait devant ses élèves que pas un graveur n'eût tiré de cette tête, frappée au coin, une médaille de toute beauté. — Tenez! vous allez voir,

leur disait -il ; et, montaat à la table du modèle, il traçait sur uae toile libre, au crayon blanc, le profil du général dont il voulait faire le portrait ; profil plein de vie et de relief. Il devait même se servir de cette ébauche pour un tableau qu'il méditait. .. Bonaparte tenant un traité de paix devant TEmpereur d'Allemagne, et les aides de camp et les chcYaux des deux personnages dans le fond de la toile, à Técart.

Lorsque le général fut empereur, David accepta le titre de premier peintre de l'Empire, avec les prérogatives qui en découlaient sous la Monarchie . Ce fut à lui, en effet, que revint le droit de composer le tableau de la Distribution des aigles à l'armée * et celui du Couronnement. Pour ce dernier, il avait préparé le portrait du cardinal Caprara et celui de Pie VII qui y devaient figurer. Mais ce portrait de Pie VII, si vivant pour quelques-uns, est inférieur à celui que fit le peintre anglais Lawrence. Ce qui n'était point théâtral, ce qui manquait de pompe extérieure, une simple figure, résistait au génie du grand artiste. Il suivait trop minutieusement la nature, toutes les sinuosités des traits, sans y faire briller cette flamme de vie où se concentre le mérite d'un portrait. Il n'était supérieur que dans les scènes de vaste conception où il surpassait presque tous ses rivaux par la pensée, par le style de ses compositions toujours nobles et empreintes de grandeur *.

1. « David y travailla quatre ans, d'abord avec quelque méfiance. Ce gi'^nd tableau moderne l'inquiétait. A mesure qu'il avançait pourtant, il s'y intéressa davantage, et il pensait avoir trouvé dans le Ion;; vêtement des prêtres, dans la pompe des prélats, dans l'ajustement des dames d'honneur, l'habit des officiers généraux, plus de ressources pour l'art qu'il ne s'y était attendu. » (André Michel. Ecole française de David A Delacroix. )

2. Parmi les portraits peints par David, il faut citer ceux de Bailly, de l'abbé Gn%oire, de Prieur de la Marne, du Robespierre, de Saint-Just, de Jean Bon-

C'est pourquoi, dès qu'il eut ouvert uu atelier, les élèves y furent, tout de suite, nombreux, — soixante environ- Il arrivait à midi faire sa visite quotidienne, distribuer le blâme ou Téloge, dans une tenue irréprochable, vêtu simplement mais élégamment et s'exprimant avec une politesse afiable envers les élèves qu'il savait d'une opinion politique, contraire à la sienne. Sa haute taille, sa belle prestance malgré la difformité de son visage que causaient la protubérance de la joue et la déviation de la bouche, son attitude imposante^ émouvaient toujours ses élèves, qui gardaient un silence respectueux en sa présence. Ils attendaient ses premières paroles. S'il voyait, à son entrée, la caricature des nouveaux venus, sur les murs, il jugeait à haute voix ces pochades, disant : « Celle-ci est réussie ; celle-là est mauvaise » ; et la mauvaise était effacée aussitôt. Puis il commençait sa promenade le long des chevalets.

Au temps du Consulat, a écrit un de ses disciples (Delescluze : Louis David et son temps), « l'atelier était dégarni de tous les élèves forts qui avaient achevé leurs études depuis quelques années : Fabre, Wicar, Girodet, Gérard, Sérangelé, Gros *. La plu-

Saint- André, de Marie-Joseph de Chénier, de Boissy d'Anglas. Puis les portraits de M"« Verninac, de M*» de Pastoret, de M"« de Trudaine, de M"* Récamier, ébauche qui est au Louvre dans le grand salon des peintres français... A Versailles, Bonaparte gravissant à cheval le mont Saint- Bernard... Au Louvre, se trouvent les Horaces, Lèonidas aux Thermopyles ; les Sabines ; les Licteurs rapportant à Brutus le$ corps de ses fiis qu'il a condamnés à mort ; Bélisaire demandant laumône (répétition réduite) ; les Amours de Paris et d'Hélène, composé pour le comte d'Artois, avant la Révolution ; le portrait du Pape Pie VII, peint en 1803 ; Léonidas avant le combat des Jhermopyles (Dessin à la plume et lavis à l'encre de Chine). Charles Blaxc : Histoire des peintres.

1. Un des élèves préférés de David fut Jean-Germain Drouais qui mourut jeune en 1788. Il était né en 1763 à Paris. Il avait 25 ans. Son père était peintre de portraits. A son premier concours pour le prbc de Rome, n'étant point satisfait de sa composition, il la coupa en deux. Un de ses camarades eut le prix. L'année suivante, le sujet de la composition était

part étaient grands prix de Rome ou jugés dignes de l'être. Fabre avait été couronné par TAcadémie et avait exposé sa figure de Caïn, dont M"* de Noailles avait fait l'acquisition. Girodet avait envoyé son Endymion et même son Hippocrate, de Rome. Sérangelé, à Milan, avait terminé son Orphée et EurydicCy ouvrage dont le succès fut bien plus grand que le mérite. Gérard avait fait paraître son Bésilaire. Parmi ceux qui restaient on peut citer: « Pierre et Joseph Fouque, deux frères jumeaux, natifs du Jura, auxquels la Convention avait alloué une petite pension, à cause des dispositions qu'ils avaient montrées, pendant qu'ils gardaient leurs troupeaux, dans les montagnes. Après eux, Broc, gascon qui ne manquait pas de dispositions, mais d'une vanité puérile. Mulard, bavard, épithète méritée, sans imagination, sans talent. Gautherot, homme de six pieds, vieux républicain, avec perruque blanche, oreilles de chien qui cachaient une dartre vive sur une joue. » Puis Ducis, réquisitionné pour la guerre de la Vendée, en qualité de soldat républicain. Après Quiberon, il avait obtenu son congé et il était venu se réfugier dans latelier de David. Lui, et Roland, et Moriès, un aristocrate qui avait abandoimé la carrière milita Cananéenne aux pieds du Chritt. Le tableau étonna toute rAcadémie. Sauf la Cananéenne, les critiques du temps trouy^*rent les autres personnages trop froids, mannequinisés. Cependant le tableau est au Louvre. Jamais pareil honneur ne fut fait à un c'I^ve. De Rome, Drouais envoya un Gladiateur vaincu et blessé. Travaillant sans rclûcho, ne voulant point aller àans le monde, il se levait tous les jours à 4 heures du matin, dit Snard, et travaillait jusqu'à la fin du jour, quelquefois sans avoir pris aucune nourriture, d'ordinaire n'ayant mangé qu'un morceau de pain jusqu'à la nuit. Pour retenir son modèle auprès de lui, il lui donnait le dîner qu'apportait le cuisinier de l'Académie. David qui était à Home, en ce temps-là, arait beau lui représenter que cet excès de travail altérait sa santé et nuirail même à son talent, que l'esprit comme le corps a besoin de repos. Voûtes les remontrances étaient inutiles. « Vaincre ou mourir, disait-il, il faut que je sois peintre ou rien »... David le regretta longtemps. Il conservait dans son habitation un petit mausolée qu'il visitait tous les matins à «on lever, et sur 1 equel il avait déposé, dans un vase de marbre, la correspondance entretenue avec ses élèves, pendant son séjour à Rome.

foire pour la peinture^ ne dissimulaient pas leur hostilité envers les Jacobins. Roland était de Martinique et travaillait comme un galérien dans le but de se refaire une position^ après la ruine de sa famille aux colonies. On l'avait surnommé : le Furieux.

Lorsque David entrait : « Eh bien 1 disait-il au plus vieux de ses élèves^ qui persistait à porter ses cheveux noués en queue, de la longueur de dix-huit pouces ; toi, tu es de l'ancien régime, corps et âme ; tu peines comme tu te coiffes. Va, mon pauvre garçon, tu es venu trop tôt ou trop tard, tu as manqué le coche ; tu aurais fait un excellent académicien. » Puis, après une pause : « Allons, va ton train, continuait-il ; dans ton genre, ça va très bien ce que tu fais. » Et comme il avait réellement de l'affection pour ce vieil élève, sans aucun talent, mais qui avait besoin de son pinceau pour vivre, il renseignait gratis, et, ajoute Delescluze, lui donnait ainsi Toccasion de profiter, dans le monde, du titre « d'élève de David », recommandation puissante alors. — « Oh ! toi, c'est différent, disait-il, en s'approchant delà peinture de Broc, tu te crois du génie; mais prends-y garde, ça ne pousse pas tout seul dans la tête, et il faut le cultiver. C'est comme une plante! » Et alors il faisait une de ses comparaisons favorites dans laquelle il se perdait toujours. Mais il ne manquait pas de dire : « Vous me comprenez, n'est-ce pas î » Et de tous côtés : « Oui, oui, monsieur David. » — « Enfin, tu m'entends, Broc, tu as des dispositions, pour le coloris surtout, écoute bien, pour le coloris. Ainsi, ne va pas te mettre dans l'esprit que tu es un Raphaël. Vois, étudie les maîtres qui te vont, qui te conviennent, Titien, Tintoret, Giorgione, les Italiens, enfin, et puis, reviens devant le

modèle, oublie les maîtres et copie la nature^ comme tu copierais un tableau, sans science, sans idée faite d'avance, avec naïveté, et tu seras tout étonné d'avoir bien fait. Allons, bon courage; je ne suis pas mécontent de ton travail, mais dis-toi bien que tu n'es pas encore un homme de génie. » Â Mulard, il disait : < Tu fais maigre de dessin^ et froid de couleur. » A Ducis : « Il y a de la vérité et de la naïveté même dans le mouvement et la couleur de la figure. » — « Pour vous, mon cher ami, il faut faire peau neuve. » C'est ainsi qu'il apostrophait Granger, transfuge de l'école rivale de Regnault, dans celle de David... « Il faut oublier tout ce que vous savez et tâcher / d'arriver devant la nature, comme un enfant qui ne

sait rien. > — « Qu'est-ce que vous faites là ? demandait peu après David à un jeune homme qui peignait comme un fou, sans s'apercevoir que son maître était derrière lui ; mais arrêtez donc un instant, continuait-il en lui frappant sur l'épaule, écoutez-moi... vos parents payent douze francs par mois pour que vous travailliez ici. Or, je ne veux pas voler leur argent. Croyez-moi, vous n'avez aucune disposition et vous ne ferez aucun progrès. Ainsi, quittez l'art de la peinture. » Puis après : « Je ne sais vraiment pas pourquoi on a de la répugnance à se faire cordonnier ou maçon, quand on peut exercer honnêtement et habilement ces professions. Mais être peintre médiocre, mauvais, oh 1 non, messieurs, / je vous aime trop pour souffrir que cela arrive à

/ aucun d'entre vous. » Et à un autre qui était colo-

riste, non dessinateur : « ... Mais c'est égal, fais comme tu sens, copie comme tu vois, étudie comme ta l'entends, parce qu'un peintre n'est réputé tel que par la grande qualité qu'il possède, quelle qu'elle soit. Il vaut mieux faire de bonnes bambochades.

comme Téniers, ou Van Ostade, que dès tableaux d*histoipe comme Philippe de Champagne... » Il faisait une guerre continuelle à ceux de ses élèves qui ne se soignaient pas. « Essuie bien ta chaise, disait-il à Robin (l'un des fils de l'ancien horloger du roi), car tu es si dégoûtant que j'appréhende de m'asseoir à ta place I » Gomme l'élève tirait un mouchoir sale et déguenillé de sa poche pour épousseter son siège : « Merci, merci de ta précaution ; renverse la chaise et secoue-la bien... Il n'y arien de si traître que la peinture. Dans l'ouvrage se peint l'homme qui l'a fait. On ne saurait pas que celui-ci (et il montrait Robin) est le plus grand saligaud de la terre, qu'on le reconnaîtrait pour tel en voyant son dessin... Tenez, voyez plutôt. » Et tous les élèves de rire... « Ohl toutes vos plaisanteries n'y feront rien. Il mourra comme il est — un crassous. » — 4ç Celui-là a des idées ; il a son genre. Ce sera un coloriste. 11 aime le clair-obscur et les beaux effets de lumière. Je suis toujours content quand je vois qu'un homme a des goûts bien prononcés. C'est toujours bon signe. Tâchez de dessiner, mon cher Granet, mais suivez votre idée *. »

Telle était sa manière d'enseigner, de développer

1. « Pas un peintre, a écrit Delescluze (p. 246) ne sut se renouveler comme David. II éloigna de sa pensée ses souvenirs de l'antiquité lorsqu*il résolut de faire son tableau du Couronnement, une peinture portrait de Napoléon. Gros jieint la Peste de Jaffa. et David se sent pris d'un noble désir d'émulation... Vers le temps où Drouais mourut à Rome (février 1788), David avait achevé le Socrate et le Brutus à Paris, et comptait, au nombre de ses élèves, Fabre, Girodet, Gros, Gérard, se disputant le prix du concours pour devenir pensionnaires de France à Rome. L'ainé de ces quatre rivaux, Fabre, entra dans la carrière avec éclat. Couronné à TAcadémie de Paris, il peignit bientôt à Rome son tableau de Caîn, qui fut reçu avec beaucoup d'applaudissements à Paris et acheté par la bcllc-mère de M"» de Noaillcs. Il resta en Italie pendant la Terreur, et ne rentra à Paris que pour y faire le portrait du général Clarke, destiné à la décoration de la salle des Maréchaux. Il était paresseux et goutteux. Il s'enrichit en achetant des tableaux. »

en ses élèves la qualité dominante, de leur apprendre à discerner dans la nature ce qui répondait surtout à leur talent. Il ne leur parlait jamais en pédant, sur la manière de poser les couleurs et de considérer Tobjet qu'ils voulaient peindre, mais sur l'ensemble d un sujet, sur la perspective à lui donner, sur la pensée qu'il fallait en faire jaillir ; en lui, l'artiste de haute envergure se révélait toujours dans le maître ; et ses élèves, conquis par ces aperçus ingénieux, lui donnaient toute leur confiance *. Sans cesse, son esprit demeurait en éveil sur le mieux à atteindre. Il aimait son art par-dessus tout, et depuis qu'il avait dépouillé Thomme politique, il s'absorbait dans son rêve d'artiste, qui s'élevait aux plus hautes cimes.

Entre tous ces élèves, il s'était formé trois sectes : celle des Crassous, dont Robin était le chef. N'en faisaient partie que ceux qui, par jour, fumaient au moins trois pipes et ne changeaient de linge qu'à la dernière extrémité, lorsqu'il ne tenait plus sur le corps. Les adhérents en étaient assez rares. Celle des Penseurs, formée depuis que David s'était engoué de l'art grec et s'éloignait des Italiens, prétendant qu'il n'y avait de belles que les œuvres produites avant Phidias et de son temps. Maurice Quaï, plus influent que les autres, imbu de ces idées de David, les exagérait, comme il arrive de l'élève au maître,

1. « Le moyen infaillible de captiver son afTection paternelle, dit un de ses élèves, Aug'ustc Couder {Consid •^rations sur le but moral des Be&ux- Arit}t c'était l'ardeur et le succès de l'émulation. Pour ceux-là, il lui arrivait parfois de les emmener au Muscle. Ce n'était pas sans un certain étonnement que l'on voyait le peintre austère et fier, l'auteur d'œuvres du plus haut style, apprécier le mérite, admirer les beautés d'art de peintres tels que Van Osladc, Téniers, Rembrandt, et parmi les peintres français tels que Sublcyras et autres, tous si opposés pourtant à son propre talent. » (BouKXAND : Histoire de l'Art.)

et cependant il avait réussi à les imposer aux frères Fouque, à Broc, le gascon, à d'autres encore. Si le modèle de l'atelier n'était pas d'une réelle beauté, ils refusaient de le peindre *. Puis, dans leurs études, ils diminuaient d'intensité les ombres, les plaçaient pâles sur la toile, pour ne rien produii'e de trop violent ; et afin que la beauté de la forme ne fût pas détruite par le heurt trop brusque du contraste, Quaï s'était mis en tête de réformer la société, en réformant le costume. Jusqu'en 1803, lui et ses camarades, parmi lesquels était Charles Nodier, se montrèrent en public vêtus comme les anciens Grecs. Enfin s'étaient groupés, autour d'Augustin de Forbin, les jeunes gens qui répudiaient ces mœurs étranges de rapins, et conservaient dans leur tenue, dans leurs actions, dans leurs pensées, la correction des gens du monde. C'étaient Saint-Aignan, Granet, puis Richard Fleur y et Révoil, de familles lyonnaises très honorées ; c'étaient Langlois» d'Houdetot et d'Hautpoul, assistant aux leçons de David, par distraction plus que par nécessité.

Cet atelier n'était pas meublé comme ceux de l'époque, avec les sièges et les bergères traditionnels. Les chaises de David étaient recouvertes de drap rouge, avec application de palmes en drap noir, sortes de chaises curules, en bois d'acajou.

1. « Il (Quaï) prétendait, dit Delescluze, que tout ce qui avait été fait depuis Phidias était maniéré, faux, théâtral, affreux, ijj^noble; que les maîtres italiens, y compris le plus célèbre même étaient entachés des vices des Ecoles modernes ; qu'il ne fallait plus travailler à l'atelier de David jwur peu que le modèle ne fût pas beaa. » Delescluze ajoute : « David se sentait entraîné plus que jamais par le goût des ouvrages de l'antiquité ; il en était venu il restreindre son admiration pour les œuvres modernes, au point de ne plus, se proposer pour modèles que les ouvrages grecs que l'on supposait faits à l'époque de Phidias. Parmi les bas-reliefs, il recherchait ceux dont le style était le plus ancien. Il en faisait autant, au sujet des médailles et vantait particulièrement le naturel et l'élégance du trait des figures peintes sur les vases, dits élrasquei. Il voulait faire un tableau plus grec. »

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fabriquées sur les modèles incrustés dans les vases étrusques. Parmi les tableaux, plaqués aux murailles, on y pouvait remarquer le portrait de M"' Récamier, toujours inachevé, par un caprice inexplicable de la belle dame, amoureuse d'elle-même, croyant sans doute apparaître plus divine et plus belle encore, si elle demandait l'image de sa personne au peintre Gérard, alors à la mode. Mais lorsque, par un retour de son caprice, elle revint au grand artiste et le pria de terminer son portrait, David lui répondit : « Les artistes, madame, ont des lubies comme les grandes dames ; je ne me sens plus le courage, ni la faculté de continuer cette œuvre, naguère délaissée- Souffrez que je la garde en l'état où elle se trouve. » Et il congédia, fort surprise et décontenancée, la trop belle personne.

Un projet de tableau hantait alors son esprit : Léonidas aux Thermopyles, Il en causait souvent avec ses élèves préférés, développant devant eux la composition de son œuvre et l'idée qu'il y voulait faire sentir ; ce qu'il y a d'émouvant, de grave, de saint même dans le sacrifice de l'homme à sa patrie. Les compagnons de Léonidas savaient bien que pas un d'eux n'échapperait à la mort, et ils acceptèrent cette fin tragique avec une mâle résignation, à la gloire de la cité qui les avait vus naître. Et David découvrait ce qu'il éprouvait lui-même, la noblesse de ce dévouement à la patrie, sans autre espérance que celle d'avoir des imitateurs, héros obscurs, soutenus simplement par la pensée du devoir. Quoi de plus beau, de plus généreux ? La petite troupe, disait-il, doit être calme et s'apprêter au combat, non par une surexcitation de nerfs, qui dénaturerait le caractère de ce moment solennel, mais par une

résolution silencieuse, qui n'en sera que plus énergique et visible dans leur attitude. Et pour que cette mort apparût sous cette transfiguration glorieuse, plusieurs tresseraient des couronnes, comme une palme de martyr, qu'ils emporteraient au sombre royaume de Pluton ; d'autres, pleins d'entrain, encourageraient celui que l'on verrait tracer, sur le rocher, cette phrase immortelle : « Passant, va dire à Sparte que ses enfants sont morts pour elle ! » Après un silence... « Serai-je compris ? N'est-ce point une composition sujette à de sévères critiques? Elle se présentera sans coup de théâtre, que Ton aime tant aujourd'hui, c'est-à-dire sans passion violente, avec une expression, sur les visages, qui va jusqu'à la griynace. Qui est-ce qui s'interroge devant un tableau ; qui en recherche le sens profond et la morale ? Les yeux seuls veulent être réjouis par de la couleur. Le style est négligé et le plus souvent reste obscur, »

Bonaparte lui-même critiqua ce sujet. Il voulut savoir, un jour, les projets du grand artiste. « Que faites-vous, en ce moment ? » lui dit-il. Et David de lui narrer la conception de son tableau de Léonidas. «Tant pis, répliqua Bonaparte. Je ne l'approuve pas ! — Gomment cela, citoyen Consul ? — Ce sont des vaincus, et la foule ne va qu'au succès. » Delescluze a narré cette conversation. «Ces vaincus, reprit David, sont autant de héros qui meurent pour la patrie, et malgré leur défaite, ils ont repoussé, pendant plus de cent ans, les Perses de la Grèce. — N'importe ! le seul nom de Léonidas est venu jusqu'à nous. Tout le reste est perdu pour l'histoire 1 — Tout 1 interrompit David, excepté cette résistance à une armée innombrable. Tout !... excepté leur dévouement auquel leur nom ne saurait ajouter.

Tout !... excepté les usages^ les mœurs austères des Lacédémoniens, dont il est utile de rappeler le souvenir à des soldats. »

Nobles paroles que Bonaparte dut estimer.

Coïncidence extraordinaire I David acheva le tableau le jour de l'entrée des Alliés à Paris.

Proudhon a laissé sur cette œuvre des pages intéressantes que je dois citer : « Lorsque j'étais étudiant à Paris, il m'arrivait quelquefois^ le dimanche, d'aller visiter la galerie du Louvre. Là, je m'arrêtais presque toujours, pendant quelques instants, devant le Léoîiidas aux Thermopj/les. J'aimais, je Tavoue, cette peinture héroïque ; je sentais un soupir naître dans ma poitrine, mes yeux devenir humides, en présence de ce Léonidas si calme, disant à ses trois cents Spartiates : ce soir, nous souperons chez Pluton. Je regardais avec une émotion religieuse ces guerriers si beaux, pleins d'un enthousiasme sacré, gravant de la pointe de leurs épées, sur le rocher, au pied duquel ils allaient faire le sacrifice de leur vie, cette simple et sublime épitaphe : Passant va dire à Lacédémone, que nous sommes morts ici pour obéir à ses lois. Plus tard, j'ai entendu dénigrer cette œuvre de David, exemple achevé du genre classique., ou académique. Mais que prouvent, me disais-je, ces épithètes ? Qu'aurait donc fait, ici, à la place de David, le plus habile romantique ? L'art, tel que l'entendent les critiques de David lui-même, n'a-t-il pas pour but la représentation idéalisée de l'homme ? Et quand cette représentation produit un effet pareil à celui que j'éprouve, ne peut-on pas dire que l'artiste a atteint son but, qu'il s'est élevé au sommet de l'art? Qui dit classique, dit conforme à la tradition grec-

que. Et pourquoi pas? Tant mieux pour les Grecs, si, après plus de deux mille ans, les œuvres de leurs artistes nous servent de modèles, de même que le patriotisme de leurs guerriers nous sert d'exemple. Aussi bien, ce tableau ne venait-il pas à son heure, pendant notre grande époque révolutionnaire ? Classiques ou non, y a-t-il beaucoup de peintres de la force de David? Notre génération serait-elle capable d'en inspirer, d'en produire de cette valeur...?

« Tel était mon sentiment que je donne pour ce qu'il vaut, et que je laisse chacun maître d'apprécier, d'après son goût personnel.

« Plus tard, quand l'impression se fut calmée, il me vint des doutes qui se formulèrent peu à peu, dans la critique suivante :

« Sans doute, l'idée fondamentale du tableau, le dévouement à la patrie est excellent, et l'entreprise venait à propos. Mais pourquoi être allé choisir ce sujet de Léonidas ? Une telle peinture, très bonne assurément pour servir d'illustration à l'histoire d'Hérodote, propre à édifier un élève de rhétorique sachant le grec, n'en est pas moins irrationnelle, fausse en elle-même, et sous plus d'un rapport. D'abord, elle ne signifie rien pour le peuple appelé à la contempler, et qui, non seulement ne sait pas le grec, n'a jamais lu Hérodote, ne connaît point les démêlés du roi de Perse avec les Hellènes, mais encore est absolument hors d'état de comprendre pourquoi ces guerriers sont tout nus, hors la tête, armée d'un casque ; pourquoi le peintre leur a fait de si beaux corps et de si beaux visages qu'on les prendrait pour des anges, dépouillés de leurs ailes ; pourquoi aussi ils se ressemblent tous. Histoire grecque, type grec, nudité grecque, comme il convient aux athlètes et aux dieux de la Grèce>

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inscription grecque et tout grec ; ce peut être fort agréable pour un helléniste, un archéologue ; mais qu'importe aux Parisiens de 1838?.,. Aussi étais-je

toujours seul à contempler le Léonidas

Dira-t-on, pour excuse, que ce ne sont ni Léonidas ' et ses Spartiates, ni les Grecs et les Perses, qu'il faut voir dans cette grande composition ; que c'est l'enthousiasme de 92 que le peintre a eu en vue, et la France républicaine sauvée de la coalition ? Mais à quoi bon cette allégorie ? Quelle nécessité de passer par le défilé des Thermopyles et de rétrograder de vingt-trois siècles, pour arriver au cœur du Français ? N'avions-nous pas nos héros, nos victoires ? De toutes manières, la conception de David, soumise à la critique rationnelle, apparaît décidément fausse ; or, dès qu'une conception artistique est reconnue fausse, l'exécution même la plus correcte ne nous touche plus ; inutile de savoir en quoi elle pourrait être défectueuse, »

En ce temps-là, c'est-à-dire pendant le Consulat, Bonaparte demandait à David son portrait, mais il ne voulait point poser. € Et comment aurai-je une ressemblance ? répliqua le peintre. — Une ressemblance I à quoi bon ? reprit Bonaparte. Est-ce là ce que la postérité recherche ; et croyez -vous qu'Alexandre ait posé devant Apelles ? Ce que je veux, dans mon portrait, ce que les âges futurs voudront connaître, c'est l'expression de mon visage, c'est le caractère de ma nature, c'est le Bonaparte, premier Consul, et non le Napoleone de Corse. > David écoutait cette leçon, avec intérêt, et frappé de sa justesse : « Vous m*apprenez, citoyen Consul, Tart du portrait. Eh bien 1 laissez-moi faire, je suivrai votre idée. >

Ce fut ensuite le dessin des costumes que le chef du Gouvernement voulait imposer aux fonc^ tionnaires. David le lui apporta, l'ayant composé d'après l'uniforme des élèves de l'École de Mars. La composition du peintre n'agréa point à Bonaparte, qui remit à la mode l'habit français, la culotte courte, les souliers à boucles, avec l'épée et le chapeau. Et David, lui-même, pour paraître dans les salons des Tuileries, se revêtit de ce costume, emprunté à celui de la Monarchie, qu'il avait déjà porté, et qu'il portait avec plus d'aisance et d'élégance que tous les autres républicains, devenus courtisans.

Mais, depuis Maurice Quaï, et surtout après les premiers tableaux de Gros, il y eut, contre l'école de David, une réaction, dont l'explosion se fit jour à la Restauration. Bonaparte laissait dire qu'il voulait imiter Charlemagne et se faire proclamer empereur par ses « preux », — les grands généraux de son armée ; — et la jeunesse revint aux études du moyen âge, aux légendes de notre histoire nationale. Quelques-uns des élèves de David étaient moins assidus au Louvre, davantage au musée des Petits- Augustins, créé par Lenoir. C'étaient, d'après Delescluze, « Roquefort, l'auteur d'un dictionnaire de la langue romane ; Révoil, peintre antiquaire et son ami Richard Fleury, qui se consacrèrent, dès cette époque, à représenter des sujets tirés de l'histoire de France ; c'était le comte de Forbin, que son goût portait vers les scènes chevaleresques, et son ami Granet, dont toute F Europe a si vivement goûté les intérieurs de cloitre et de couvents ; puis Vermay, le jeune homme si étourdi, si turbulent d'abord, qui, devant les statues des rois et des

grands hommes de notre pays, sentit naître en lui le désir de se livrer à un genre où il eût obtenu certainement de grands succès, si la mort ne Feût pas arrêté au milieu de sa carrière. >

On sait que la Restauration bannit le grand artiste, 1

qui se réfugia en Belgique. Il ne put jamais obte- "

nir sa grâce, ni revoir la France. Il mourut en exil. Quelques instants avant sa fin, il se fit apporter le dessin de son Léonidas, Pœuvre où il avait mis le meilleur de lui-même. Il le considéra longtemps avec émotion, les yeux embrumés de larmes, mais heureux de se rappeler les heures de fièvre vécues, pendant cette composition admirable. Ensuite, de sa voix éteinte : « Il n'y avait que moi pour donner à ce sujet cette grandeur épique, > Ce furent ses dernières paroles *.

1. Parmi les gra>-ures issues des temps de la Terreur, il faut citer le dessin à la plume représentant la Reine Marie-Antoinette allant A l'échafaudy par David. « La main du peintre, a écrit M. Wallon, qui a su idéaliser l'horrible face de Marat mourant, est restée insensible, implacable, insultante presque, devant cette reine, fllle des Césars, qu'il regardait d'une fenêtre, passant sur le tombereau des condamnés. » — Une copie faite sur l'origvial est dans la collection Hennin, cabinet des Estampes.

^ Théophile Gautier {Portraits à la plume) sur David :

« Certes, ii a fallu à cet homme une rare puissance de volonté, une foi biea âpre dans ses doctrines et un fanatisme étrange chez ses disciples, pour s'imposer, comme il le fit de son vivant, et se perpétuer comme nous le voyons encore, à travera des événements si variés et des civilisations si diverses. David est parti d'une idée, d'une antitliësc, devrions-nous dire, et en a fait jaillir les conséquences les plus extrêmes, les plus violentes. Les galeries françaises du Louvre nous ofTrent, à cet égard, le plus curieux rapprochement, entre le point de départ et l'apogée de ce célèbre artiste.

« A Rome, il rêvera de ramener au sérieux, à la dignité, à l'idéal, la peinture française, tombée dans un débraillé qui tient de la démence...

« Malheureusement, le vrai sens de l'antique a manqué à David, comme aux littérateurs. Les Sabinen et Léonidas sont aussi loin des morceaux antiques que les Géorgiques de l'abbé Delille, de celles de Virgile; que les tragédies de La Harpe, de celles de Sophocle.

« Nous avions le rococo flamboyant, nous eûmes le rococo raide. »

Voici, diaprés Ch. Blanc, le catalogue des œuvres de David. Charles Blanc fait précéder cette nomenclature des lignes suivantes :

« Nous ne pouvons donner ici le catalogue entier des ouvrages de Louis David. Nous nous bornerons à marquer les principaux, en indiquant les salons où ils furent exposés. >

1772 : Combat de Minerve contre Mars secouru par Vénus. Ce tableau obtint le second prix de Rome.

1775 : Les amours d* Antiochus et de Stratonice, Ce tableau obtint le grand prix. Il est à l'école des Beaux- Arts.

Le plafond et les décorations latérales du salon de M"* Guimard ( Temple de Terpsichore\ rue du Mont- Blanc, (Chaussée d'Antin), à Paris.

Salon de 1781 : Bélisaire. Il est reconnu par un soldat, au moment qu'une femme lui fait l'aumône.

Saint Rock intercédant auprès de la Vierge pour la guérison des pestiférés. Ce tableau est à Marseille, à la consigne.

Portrait de M. le comte de Potocki, à cheval.

Salon de 1783 : (David agréé). La douleur d*Andromaque. C'est son tableau de réception à l'Académie.

Portraits de M. Desmaisons, oncle de David ; — de M"* Pécoul; — de M. Leroy, médecin ; — de M. le comte de Clermont-d'Amboise; — de M. Joubert; (ébauche).

Salon de 1785 : (David, académicien). Serment des HoraceSf peint à Rome pour le roi, en 1784.

Bélisaire; (répétition réduite).

Portrait de M. P.... (Pécoul).

Salon de 1787 : Socrate^ au moment de prendre la ciguë. Appartient à M. de Trudaine.

Répétition réduite des Horaces. Presque tout entière de la main de Girodet. Appartient à M. Firmin Didot.

Salon de 1789 : Junius Bru tus, premier consul, de retour en sa m aison, après avoir condamné ses deux fils qui s'étaient unis aux Tarquins et avaient conspiré contre la liberté romaine; des licteurs rapportent leur corps.

Les amours de Paris et d'Hélène.

Portraits en pied de M. et M»» Lavoisier; — de M, Thélusson de Sorcy, de M"* de Sorcy ; — de M^^ d'Orvilliers; — de M"»« de Bréhan; — de M. et M™« Vassal ;

— de M"»** Lecoulteux et de M™« Hocquart.

Louis X!VI entrant dans le lieu des séances de V Assemblée constituante. On ignore ce que ce tableau est devenu.

Le Serment du Jeu de Paume. Dessin tracé à la plume et lavé au bistre; le plus capital et le plus terminé qui ait été fait par David. Il appartient à M. Goupin.

1793 : David n'expose point au Salon de cette année.

Derniers moments de M. Michel Lepeiletier de Saint- Fargeau. Ce tableau fut exposé dans la salle des séances de la Convention.

Portrait de 3/"® Lepeiletier, fille adoptive de la nation française.

Marat assassiné dans sa baignoire. Demi-figure, grande comme nature. Ce tableau figurait, en 1846, à l'exposition du boulevard Bonne-Nouvelle.

La mort du jeune Barra (ébauche).

Portraits de Bailly ; — de Grégoire; — de Prieur de la Marne; — de Robespierre; — de Saint-Just; — de Jean Bon Saint-André; — de Marie-Joseph de Chénier; — de Boissy d'Anglas ; — les cinq derniers faisant partie de la galerie de M. de Saint-Albin.

Salon an IV (1795) : Portrait d'une femme et de son enfant,

1799 : Sapho et Phaon\ maintenant en Russie.

Romulus : variante des Sabines avec deux guerriers

morts et un autre au fond.

1800 : Portrait équestre du premier consul, gravissant le Saint'Bernard, Il en existe quatre répétitions dont une est au Musée de Versailles.

Portraits de M^^de Verninac ; — de M"® de Pastoret; — de M"* de Trudaine ; — de M"® Récamier (ébauche). C'est celui qui est au Louvre aujourd'hui, dans le grand salon des peintres français. — Des ambassadeurs Blau et Meyer ;

— de M. Pellerin-Villandois.

1804 : Le pape Pie Vil et le cardinal Caprara. Éludes pour le couronnement.

1805 : Portrait de Pie VU.

Salon de 1808 : (David), premier peintre de l'Empereur).

Le Couronnement, Aujourd'hui au Musée de Versailles.

Le portrait en pied de r Empereur, revêtu de ses habits impériaux. Ce portrait appartient au roi de Westphalie.

Les Sahines.

Salon de 1810 : Serment de Varmée^ après la distribution des aigles. Au musée de Versailles.

VEmpereur debout dans son cabinet. L'original appartient au marquis de Douglas, en Angleterre. Il en existe quatre répétitions. Ce tableau a été gravé parMassard.

1814 : Les Thermopyles; grandeur de nature.

Portraits de MM. Estève; — François de Nantes; — Comte de Turenne ; — Mongez; — des généraux Meunier et Jeannin, gendres de David; — de M"*» Daru.

1816 : (David en exil). L'amour quittant Psyché au lever de l'aurore, vendu 2.300 francs en 1842, à la vente de la galerie Sommariva.

Télémaque et Eucharis^ tableau de chevalet, (figures à micorps), exécuté pour le compte de Schœnborn à Munich»

Répétition du précédent avec quelques changements ; appartient à M. Didot, fils.

Répétition du couronnement de Napoléon, même dimen* sion que l'original, avec plusieurs changements importants, exposée successivement en Angleterre et aux États-Unis. Cette toile, d'abord payée 75,000 francs par MM. Lojard de Montpellier, a été mise aux enchères en 1842, à Paris, et n'a pu dépasser 1.500 francs.

Portraits du baron Alquier ; — de M™® la comtesse Vilain XIV avec sa fille; — du général Gérard; — du jeune prince de Gavres ; — du comte Siéyès et de Ramel. compagnons d'exil de David; — de M"' Ramel; de M"' Juliette de V^illeneuve, nièce de Joseph Bonaparte et de ses deux filles.

La colère d^ Achille, figures à mi-corps; faisant partie

de la collection Parmentier, vendue à Enghien en 1835.

Répétition du même, avec de grands changements, terminée par Stapleaux, sous les yeux de David.

Une vieille Bohémienne disant la bonne aventure à une jeune fille ^ figures à mi-corps.

1824 : Mars désarmé par Vénus et les Grâces. Ce tableau fut exposé d'abord au profit de l'hospice des vieillards à Bruxelles, en 1824, et ensuite à Paris, au profit de l'auteur, auquel il ne rapporta pas moins de 45.000 francs.

A la vente Gérard :

Le portrait de David , 650 francs.

A la vente Gros :

Un portrait d*une jeune femme à carnation blanche, par David, 495 francs.

Même vente :

Apelles peignant Campaspe, dessin remarquable, 200 francs.

Le dernier dessin de David fut le Viol de Lucrèce,

La liste des innombrables dessins de David tiendrait trop de place. Consulter à cet égard la notice de M. Goupin.

Le Musée du Louvre renferme en tableaux de David :

Le serment des Horaces;

Léonidas aux Thermopyles ;

Les Sabines; «

Les licteurs rapportant à Bru tus les corps de ses fils qu'il a condamnés à mort;

Bélisaire demandant Vaumône ; (la répétition réduite).

Les amours de Paris et d'Hélène;

Portrait du pape Pie VII, peint en 1804.

En dessins :

Les grands et superbes cartons du Serment du Jeu de Paume, où chaque figure est dessinée en académie nue^ pour être ensuite recouverte du costume moderne. On distingue les têtes de Mirabeau, de Barnave, de Dubois- Crancé et du père Gérard.

Homère endormi; deux jeunes filles lui apportent du pain : esquisse à Tencre de Chine;

Cinq croquis de paysages, dessins à Tencre de Chine sur une feuille.

David a eu, comme tous les grands peintres, de bons graveurs qui ont très bien conservé le caractère de ses peintures. Voici les pièces principales de son œuvre grar vée :

Alexandre Morel a gravé le Bélisaire, le Serment des Horaces, Raphaël-Urbain Massard a gravé les Sabines, Jaset a fait une grande aquatinte du Serment du Jeu de Paume. Les épreuves de cette planche, — qui, sous la Restauration fut saisie par la poHce, — s'élevèrent à un très haut prix. Le Léonidas aux Thermopyles a été gravé par Laugier.

David signait ordinairement ses tableaux en lettres capitales comme suit : DAVID, î^^^^ anno. >

En son étude sur David, Charles Blanc s'exprime ainsi :

€ Deux choses feront vivre David, son école et ses ouvrages. Ses tableaux, il est vrai, ne sont pas ses plus beaux titres, et Gros^ Girodet^ Gérard valent peut-être mieux que les Sahines. L'influence énorme que David exerça sur une époque déjà si grande, sera, je crois, sa véritable gloire. Cette influence fut continentale ; elle transforma toutes les écoles de TEurope. David persuada aux Flamands qu'il fallait dessiner. Il fit croire aux peintres de Rome que l'art païen était supérieur à l'art catholique. En France, il ramena la peinture à un but sérieux. Il organisa des fêtes éclatantes; il opéra une révolution dans les costumes, les meubles, les ornements, les décorations. Il fut le maître absolu des arts.

< Et, du reste, parallèlement à cette beauté qui est redevable de ses succès aux idées contemporaines, il en est une indépendante des circonstances et des modes, beauté absolue qui est de tous les pays et de tous les temps : celle-là s*est aussi rencontrée chez David, lorsqu'en présence du cadavre de Lepelletier, ou de la baignoire de Marat, il oubliait des procédés devenus systématiques, pour s'attaquer franchement à la nature elle-même. Le

peintre vivra donc autant que le chef d'école, et s'il arrivait que la postérilé oubliât l'influence de David, pour ne songer qu'à des œuvres personnelles, il en resterait encore dans l'esprit de nos descendants, une image passionnée comme le Serment du Jeu de Paume, ou bien calme, imposante et sublime, comme la Mort de Socrate, »

Charles Blanc écrit encore :

« Compromis parmi les vaincus de thermidor, David fut décrété d'accusation, détenu au Luxembourg pendant cinq mois, puis élargi, puis arrêté encore, et enfin, appuyé à la Convention par Thibaudeau,Chénier, Merlin de Douai, Boissy d'Anglas, qui lui avaient reconnu de la bonhomie dans la vie intime, il reconquit sa liberté. C'est alors qu'il peignit les Sabines. Disons comment lui vint l'idée de ce tableau. Dans le temps de sa captivité, David apprit que sa femme, quoique brouillée depuis longtemps avec lui, faisait, pour le sauver, les plus périlleuses démarches. Touché de ce dévouement, il résolut de le peindre, mais en y réfléchissant, il comprit que lui, David, le législateur delà peinture, il devait envelopper son allusion, dans une donnée historique et générale. Les Sabines se présentèrent à sa pensée. »

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