‹ La société française pendant le Consulat (volume 2)Chapitre 34 sur 53 · Bach : 1685-1750. Haydn : 173J-IH · texte numérisé non relu

Bach : 1685-1750. Haydn : 173J-IH

3. Lavoix, Histoire de la musique : « Joseph Haydn naquit en 1732 à Rohrau, près de Vienne. Son père était charron et jouait de la harpe et de l'orgue. A cinq ans, le jeune Haydn montrait déjà des dispositions pour la musique. Reuter passant dans le village* l'aperçut et, étonné de cette précocité, il l'emmena pour la chapelle de léglise cathédrale de Vienne. Mais un soir pour une espièglerie le jeun<* Haydn fut chassé, et heureusement fut recueilli par un perruquier, chf/. (|ui il gagna sa vie en jouant dans les bals et donnant des leçoius de musique. H entra chez. l»*s K^lerha/y en 1760, et y resta, vingt-cinq ans, maître de chapelh*. .Marié à la lille du perruquier Keller, il fut malheureux en ménage. Ses dernièn-s nnnérs de vieilli'sse.de iTtH à INU'ï, furent les plus belN's années quepiii^^c n-ver un artiste. Jouissant de toute sa gloire, il écrivit (l*'ux chefs-d'(euvre,/.i Cr.'a/ian (17".»s), et les Saisons 'ixil .. H nVsL pas d<' musieien qui ait plus produit qu(^ lla\dn. Tous h»s- jours, levé à si\ heiii-es du matin, il c«»n>p()sait jus(|u'à midi ; puii dans la journée il faisait i-xéouler «'t rép<'-fei- sa musi<pu'. Les niorei'aiiv sortis d-- «-a pliinu' surpj>-«N''iit huit cents rtmii ••>ili(ins. «

t. Rameau, 1i.h3- I7'>i.

XVIII* siècle, vint après Lulli^ et dans ses opéras sut faire entendre, enfin, des accents passionnés et tragiques. Ce ne furent plus seulement de jolis airs de menuets et des duos d'amour ; son génie y prodigua les inspirations les plus nobles et les plus émouvantes. Il prit son temps, d'ailleurs: organiste, claveciniste, il commença par la musique religieuse, écrivit ensuite un Traité de rharmoniey et à cinquante ans, en 1733, il acheva, pour ses débuts, Hippolyte et Aricie, Topera dont Fabbé Pellegrin avaitjécrit les paroles. Sans la protection de LaPopelinière, un de ces fermiers généraux, très influents dans le monde des arts, par leur fortune et leur goût éclairé. Rameau, peut-être, n'eût jamais vu s'ouvrir, pour lui, les portes d'un théâtre. Mais La Popelinière fit jouer, chez lui, l'œuvre de son protégé. Il y invita ses amis, qui en parlèrent dans le monde. Précédé d une ouverture où l'orchestre se révélait, avec une force expressive, l'opéra s'emparait tout de suite des auditeurs, les tenait en suspens par ce nouvel attrait, plus puissant que le court murmure des instruments, prélude usité des autres pièces. L'ouvrage de Rameau entra donc, sans difficultés, au grand théâtre du chant, et y réussit.

Il faut arriver à Gluck *, appelé en France par

1. Gluck, 1714-1787. « Il était né à Weidenwang, dans le Palatinat bavarois. Il fit représenter ses premiers opéras en Italie. Tout en écrivant ses opéras, à la manière italienne, il pensait bien que la musique avait un but plus noble que de faire chanter quelques soprani ou contralti. Arec Alcette^ il fut radicalement réformateur, fit de son opéra un drame lyrique ; mais, peu goûté des Italiens et des Allemands, il vint en France. » (Lavoix, Histoire de la musique.)

Et plus loin, encore La voix : « Le génie de Gluck est la plus triomphante réponse que l'on puisse faire, à ces dilettantes superficiels, qui ne voient dans la musique qu'un art de distraction, s'adressant uniquement à nos sens. Avec ses divers moyens d'expression, dans l'harmonie, dans l'orchestre et dans la mélodie, la musique triple la force des sentiments qu'exprime la poésie. Mais il faut tout écouter et tout entendre ; il faut ne pas laisser échapper une syllabe de cette langue profonde et complexe. Ce

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Marie- Antoinette, dont il avait été le maître de musique, pour constater une réforme décisive dans les pièces lyriques. Gluck sut associer, à la grâce de la mélodie, la force qui se dégage de l'harmonie. Sa musique prit la place importante dans le développement du drame, traduisant toutes les émotions, toutes les passions des personnages : la crainte,la douleur, la colère ; tous les événements de la vie, en notes vibrantes, impressionnant l'âme plus que les oreilles. Gluck, en un mot, acheva ce qu'avait commencé Rameau.

Hœndel avait été son premier inspirateur. Mais Gluck développa surtout son propre génie en parcourant le monde, Tltalie, l'Angleterre où il fit représenter plusieurs de ses compositions. Son nom ne fut connu, toutefois, son influence ne se dessina qu'à la suite de son séjour en France, après son Alceste, en 1776, qui eut un retentissement extrême. Ses ouvrages se suivirent, alors, d'année en année. Bailly du Rollet, attaché à l'ambassade française à Vienne, lui avait composé un livret tiré de la tragédie de Racine, Iphigénie en Aulide, et cet opéra fut joué en France, en 1773. Un an après, en 1774, Gluck donna Orphée ; en 1776, Alceste ; en 1777, Armide 'yen 1779, Iphigénie en Tauride. Protégé de la reine, il eut des partisans qui acclamèrent ses réformes musicales : Grimm, Diderot, d'Holbach, Cazotte, Fréron, Tabbé Arnaud, Suard. Mais cet enthousiasme se heurta bientôt à des adversaires. Depuis vingt ans, à Paris, une troupe, recrutée au

que je dis pour Gluck resle vrai pour toua les maîtres qui occupent un rang dans l'histoire de notre art, quels que soient les genres qu'ils aient culti-* vés. C'est à partir de Gluck que la musique dramatique peut tenir digne» ment sa place dans les arts d'expression, à côté de la poésie, l'égalant souvent, la dépassant quelquefois. Gluck est le plus fidèle traducteur musical de la grande tragédie de Corneille et de Racine. »

delà des monts, avait fait connaître les œuvres des grands compositeurs italiens; et la douceur, la mollesse de la langue, concentrées dans les mélodies les plus attachantes, avaient suscité des admirateurs convaincus aux œuvres italiennes *.

Deux camps très excités se partagèrent donc la société de bonne compagnie : Tun pour les mélodies italiennes, Tautre pour Tharmonie allemande ; factions ennemies, qui jamais au théâtre n'étaient confondues, occupant chacune son côté, si bien que Ton nomma leur zizanie la guerre des coins. Ce fut une rage, ce fut une folie dont tous les salons semblèrent atteints. La cour et la noblesse s'étaient alliées aux gluckistes ; la ville, c'est-à-dire la bourgeoisie, les hommes de lettres et les littérateurs, aux Italiens. Et cette folie dura jusqu'au temps du Consulat. En l'an IX, les Débats se moquaient encore de ces extravagances. Ce journal, plein de verve, s'attaquait aux manies des Parisiens, séparés jadis par les croyances des molinistes et celles des jansénistes, ensuite par les doctrines des encyclopédistes, plus tard par les théories des économistes, enfin par l'anglomanie, pour se laisser aller aux fureurs soulevées par les opéras de deux étrangers. « On devint fou, enragé, écrivait sérieusement cette feuille caus-

l. Parlant de la nmsifjue italienne, Lavoix, dans son Histoire de la musif/up, écrit : " Dès le commencement du xvni" siècle, la muse lég-ère italienne prit son vol. Un des premiers qui lui donnèrent l'essor fut un maître doux et touchant, qui mourut à vingt-six ans, laissant dans l'histoire de la musique une trace lumineuse, un souvenir poétique et charmant. Il avait nom Pergolèse. ()n le rencontre aux deux pôles de la musique, au théâtre, avec la Servu fhiftrorm, «mure pleine d'élégance et d'aimable sensibilité; à l'écrlise, avec le Slahnf, composiLitm qui n'est qu'un cri de douleur ému et profond. Partout sa niu>ique est reconnaissable à sa lînesse, à cette note juste, tendre et délicate, «pii caractérise son talent. Qu'il écrive les p-cntils couplets de la Serra padrona, qu'il nous montre la Vierge pleurant debout an pied de la croiv, «piil murmure quelque* sicilienne, ou quelque chan«4on entendue par le< belles nuits du ir )lfe, d«î Naples, t(,ujours il est le même musicien inspiré et itoètc touchant. >•

tique. On se battait pour la période, pour le récitatif de Gluck et pour le chant de Piccinni. Les amis se brouillèrent; les parents se divisèrent; les journaux se distribuèrent des injures, et TAcadémie française, où ne se trouvaient pas deux personnes qui sussent la gamme, devint une arène où l'on se lança les coups les plus terribles, sous les étendards d'un Italien et d'un Allemand. Dans les entr'actes nous avions, pour nous empêcher de devenir raisonnables, Janot qui faisait courir tout Paris avec un pot de chambre, et Figaro avec ses quolibets et ses calembours. Alors arriva Mesmer. On se rangea autour d'un baquet, et l'on attendit le moment de la convulsion et de la crispation. Chacun disait à son voisin : « Que sentez-vous ? — Ma foi, je ne sens rien du tout. » Et puis, après, Cagliostro ; puis les Martinistes qui voulaient établir l'égalité, non pas des biens, mais des plaisirs, dans des orgies nocturnes. Tous avaient des partisans ; tous, des disciples ; et en entendant leur jargon inintelligible on pensait assister à la cour plénière des fous, échappés de toutes les loges de la France. »

L'abbé Arnaud, mélomane savant de la fin du xviii* siècle, fit paraître, à cette époque, une lettre * adressée à un Italien, mélomane également, le P. Martini, où, prenant la question de haut, il défendait Gluck contre ses détracteurs. Gluck, y disaitil, n'écrase point de notes les vers du poème. S'il les prodigue, ce n'est qu'en de certaines parties où il doit peindre la passion agitée dans le drame. Le récitatif, qui contient le développement de l'action, se lie toujours au chant dans ses compositions ; s'adoucit, s'enfle, s'apaise, suivant les nuances des

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