SuARD, MHanges de litt-^rature, t. II, p
Réponse à ceux qui se plaigaaienl qu'i l n'y eût point d'arieltcs dans les opéras de Gluck :
«r Ah ! monsieur, au nom d'Apollon et de toutes les muses, laissez, laissez h la musique ultramontaine les pompons, les coiiilchets et les extravagances qui la déshonorent depuis longtemps ; gardez- vous de porter envie à de fausses et misérables richesses et n'invoquez point une manière proscrite par tout ce qu'il y a de philosophes, de gens d'esprit et d'amateurs éclairés en Italie. Quoi ! vous trouverez bon qu'au moment môme où l'on devrait porter au plus haut degré l'émotion à laquelle on avait préparé votre àme, Tacteur s'amuse à broder des voyelles et reste comme par enchantement, la bouche ouverte, au milieu d'un mot pour donner passage à une foule de sons inarticulés. De toutes les invraisemblances que vous pouvez dévorer, voyez s'il en est de plus fjrte et de plus choquante. Que diriez-vous d'un acteur qui, déclamant une scène tragique, entre-mèlerait ses gestes des lazzis d'arlequin; ou d'un orateur qui, ayant à tonner, à foudroyer, à bouleverser son auditoire, enfilerait bout à bout toutes les figures badines de la rhétorique ? Lorsqu'il ne s'agira que de charmer mes loisirs en amusant mon oreille, qu'on défie tant qu'on voudra, par le plus long et le plus joli des ramages, les serins et les rossignols, à la bonne heure ; mais réduire la musique à ces gentillesses, quand mon àme demande des émotions, c'est se jouer ouvertement du bon sens et de toutes les convenances ; c'est insulter tout à la fois à l'art et à la nature. "
ceaux d'harmonie et de contrepoint, qui peuvent faire quelque plaisir aux oreilles, mais en portant le trouble et la confusion dans les paroles. Le premier, Gluck les a mis en action, et par l'harmonie simple, naturelle et vraie, qu'il y a répandue, il a toujours embelli la parole, fortifié l'expression et imprimé au drame un mouvement extraordinaire • Toutes les fois que je les entends, je me vois rejeté au temps de l'ancienne Athènes, et crois assister aux représentations des tragédies de Sophocle et d'Euripide .» Enfin, il s'explique sur les ouvertures. « Dans vos opéras, écrit labbé Arnaud au P. Martini, elles n'ont aucun rapport avec le drame. Cet habile artiste (Gluck) les lie toujours à l'action. Ainsi, l'ouverture de son Iphigénie annonce une action religieuse, une action grande, une action, guerrière, une action pathétique, et tous ces caractères y sont exprimés d'une manière, — j'ose le dire, — divine. Celle à'Alcestee^i pleine de gémissements, de sanglots, de larmes, et de je ne sais quoi de sombre, d'imposant, de terrible, dont je maintiens qu'il n'y a point d'exemple dans aucun ouvrage de ce genre. Il y a dans vos mélodrames (les Italiens) des morceaux admirables et des beautés vraiment sublimes ; mais le chevalier Gluck est le premier, et le seul, qui aH produit de grands ensembles en musique, et nous ait donné des ouvrages tragiques et de longue haleine, dont toutes les parties, intimement liées les unes aux autres, s'embellissent, se fortifient et se servent réciproquement. Aussi sont-ils accueillis avec transport et honorés des larmes des spectacteurs... »
Le docteur Burney, dans son Histoire générale de la musique, était non moins élogieux,non moins précis. Gluck, à ses yeux, était, en Europe, le seulcom-
positeur qui sût exprimer la violence des passions ; qui mît, dans ses compositions, de la variété, du mouvement, du feu, de la force, où Tâme trouvait son exaltation et son ravissement. Son œuvre, enfin, s'adaptait merveilleusement au génie de notre langue, et devait servir de modèle aux jeunes compositeurs, qui viendraient après lui. De plus, son récitatif, simple et alerte, avait un élan et une action qui manquaient à ceux de Lulli et de Rameau. Tous les opéras de Gluck étaient des drames lyriques dont rintérêt grandissait à chaque scène. Il leur fallait, pour ne rien perdre de leur beauté, la succession des scènes jusqu'au final. En parties détachées, en un concert, la splendeur, la perfection de l'œuvre diminuaient jusqu'à disparaître. Gluck, disait le docteur Burney, pour mettre le comble à sa louange, avait retrouvé la musique dramatique des Grecs.
Les Italiens s'inquiétaient peu de ces querelles allumées, en France, par les beaux esprits. Ils aimaient le chant par-dessus-tout ; la phrase musicale gracieuse, élégante et douce, et ils sacrifiaient au chant simple et touchant toutes les modulations que pouvait lui imprimer le drame. Chacun, au surplus, était libre d'avoir une préférence, et d'après eux, il n*y avait plus de progrès à faire en musique. Tous les genres étaient épuisés. Les changements admis, ajoutaient-ils, n'étaient qu'un retour aux pratiques anciennes. Pouvait-on faire mieux que Pergolèse et que Cimarosa * ?
1. Pergolèse, 1710-1736 ; Cimarosa, 1754-1801, assassiné à Naples. Arxault Souvenirs d'un sexagénaire^ t. III, sur Cimarosa.
« Il fallait pour bien apprécier sa musique, quel qu'en fût le caractère, la lui entendre chanter. Rien ne compensait la puissance que lui prêtaient l'accent de son chant et l'expression de sa flgnre. A cela près qu'il avait plus de finesse que de malice, dans la physionomie, il avait assez de rapport
Bonaparte pensait comme les Italiens, et il cherchait à fixer à Paris Paësiello et Piccinni, compositeurs d'un immense talent. Il voulait faire du premier son maître de chapelle, lui donner la direction de l'Opéra et du Conservatoire de musique. Il l'attira en France par d'énormes émoluments, le reçut avec honneur, l'admit en son entourage avec ses familiers, se plaisant à discuter avec lui sur les théories de la musique * La pastorale de Nina^ dit
avec Rossini, à qui il ressemblait aussi pour la taille et la corpulence. Le plaisir avec lequel il m'accueillit, l'enthousiasme avec lequel il me parla de nos armées, m'expliquaient l'humeur que la cour de Naples lui témoignait déjà, et le<« persécutions dont il a été, depuis, l'objet, quoiqu'il ne soit pas mort en prison, comme on l'a publié. » Mais on prétend qu'il fût assassiné à Naples. Il a composé plus de cent ving-t opéras. Il excellait surtout dans Yopera-hnffa.