Gilbert les censura
Siiint-Lambert, noble auteur, dont la muse pc-ijante Fait des vers fort vantés par Voltaire, qu'il vante, Oui, du nom de poèmes, ornant de plats sermons. Eu quatre points moi'lels. à rimé les Saisons.
(l'adresse que son nouvel ami. Et le comte redoublait de zèle et d'attention. A table, le vieux malade s'asseyait d'abord, puis à chacun de ses côtés, le mari et la femme, si bien qu'en entrant un étranger eût pris l'amant pour le maître de la maison; et il Tétait, en effet. Ce qui n'empêcha pas la comtesse de Houdetot de célébrer le cinquantenaire de son mariage avec le comte, de recevoir les compliments de sa société et les petites pièces de vers, écrites pour la circonstance. Saint-Lambert, furieux, se leva de table, débordant d'indignation, et sortit. Elle, désolée de cette algarade, courut après le mauvais convive, criant : « M. de Saint-Lambert ! M. de Saint-Lambert! revenez, je vous en prie. — Non, Madame, répondit le bourru. Vous savez bien que je ne puis plus composer de vers en votre honneur. Poui-quoi, dès lors, acceptez-vous ceux des autres? » Et il ne reparut plus de la soirée.
Le comte de Houdetot avait été joueur, et, ce qui est rare, il s'était corrigé de cette passion. <( Laid comme le diable », disait la marquise d'Epinay. Mais elle est peu croyable à cet égard, parce qu'elle lui gardait rancune de son àpreté au partage de la succession des La Live de Bellegarde, dont le marquis d'Epinay, son mari, était un des héritiers. La laideur, au surplus, est sans conséquence chez les hommes, et le comte était de tournure plus distinguée que son suppléant. Si les deux époux avaient pu se mieux connaître avant le mariage, peut-être auraient-ils décliné cette union, qui ne leur convenait pas. Le vieux comte, maintenant, était empressé vers sa femme, dévoué à ses caprices, battant toutes les rues de Paris, en 1793, un jour de disette et d'émeute, afin de lui rapporter de la poudre dont elle usait pour ses cheveux. Si bien qu'en ce
A SANNOIS. — CHEZ M'"" DE HOUDETOT 38;i
renouveau de tendresse on l'entendait dire, avec nn ton de regret et de raillerie : « M"" de Hondetot et moi, nous avions tous les deux la vocation de la lidélité. Seulement il y eut, entre nous, un malentendu. »
Le marquis de Saint-Lambert mourut en 1803; le comte de Houdetot, en 18U6. Assez longtemps encore la comtesse vécut pour éprouver un nouvel amour. M. de Sommariva, ancien vice-président de la République cisalpine, s'établit à cette époque dans la vallée de Montmorency. A la vieille comtesse, il voua une affection filiale, car il avait à peine quarante ans ; à lui elle s'attacha d'une façon romanesque, appelant encore « amour » le sentiment qui l'avait envahie. Et elle voulut mourir en fui tenant la main. Cfiaque soir, néanmoins, avant de se coucher, elle avait frappé de sa pantoufle le parquet, vers son lit, en criant : « Bonsoir, Monsieur de Saint-Lambert! » Excentricité suspecte qui confinait à fa folie et n'était plus de f 'amour.
Chateaubriand passait à Sannois quelques années après la mort de la comtesse, et il écrit en ses Mémoires : « J'ai revu dernièrement la maison qu'habitait M""" de Houdetot; ce n'est plus qu'une coque vide, réduite aux quatre murailles. Un âtre abandonné intéresse toujours ; mais que disent des foyers oîi ne s'est assise ni la beauté, ni la mère de famille, ni la religion, et dont les cendres, si elles n'étaient dispersées, reporteraient seulement le souvenir vers des jours qui n'ont su que détruire. »