LAETITIA RAMOLINO
férence pourle fils exilé à qui tous les honneurs étaient refusés. De môme de Pauline. C'était celle de ses filles qu'elle aimait le mieux, parce que Pauline avait eu plus de vicissitudes que ses sœurs; qu'elle avait perdu son mari à Saint-Domingue d'où elle revenait malade; son fils Dermide en Italie; qu'enfin, Pauline était d'une beauté vantée partout, presque adorée pour sa grâce éblouissante, pour son caractère enfantin et rieur, et que cette renommée flattait son orgueil maternel.
Ses croyances religieuses étaient vives, quoique irraisonnées, sa religion ressemblant à celle du paysan qui s'incline surtout devant l'extérieur du culte, se voue aux amulettes, aux petites prières adressées aux saints, pour lui plus abordables que Dieu, majestueux et terrible, incompréhensible en son essence. La Madone possédait sa confiance et ses trois filles portaient le nom de Marie. Croyances naïves et superstitieuses; croyances de toutes les femmes ignorantes, qui s'attachent aux cérémonies démonstratives, plus qu'à l'idée abstraite de la Divinité.
Il n'existait, dès lors, aucune sympathie entre elle et Joséphine de Beauharnais. Celle-ci, créole indolente et coquette, ne rêvait que de plaisirs et de toilettes; l'autre, au contraire, ne pensait qu'à ce qui dure, — au solide, à l'argent. Quoi de commun entre elles? Joséphine était la gracieuse femme sachant causer, s'attirer des hommages, tenir un cercle, plaire à ses familiers; l'autre ne savait point parler , ignorait tout du monde . Chez la créole , la grâce embellissait le vice qui prenait, en elle, une apparence aristocratique et de bonne compagnie. Chez l'autre, toutes les passions étaient brutales et se
révélaient sans vernis et sans attraits; aussi ne voyait-on, autour de M"'° La-titia, que des subalternes acceptant son patois corse, petites gens qui avaient besoin de son crédit et venaient mendier des faveurs. Dans un salon mondain, Joséphine triomphait; la mère de Napoléon ne disait mot, incapable de ces afféteries de langage qui plaisent tant aux jolies femmes qu'un essaim de jeunes fats entoure.
Joséphine, très bonne et pour agréer à son mari, paraissait ne pas s'apercevoir de l'effacement et de l'infériorité de la vieille femme corse. Elle se condamnait à toutes les avances, douce et patiente; l'emmenant, avec elle, aux stations thermales où elle allait par ordre des médecins. Peine perdue! M""" Laetitia ne se montra jamais que renfrognée o{ maussade pour cette belle-fille.
Napoléon a dit de sa mère qu'elle avait de la fierté et de la dignité, et avec raison; mais il parle en fils respectueux lorsqu'il ajoute que, chez elle, le grand l'emportait sur le petit. Jamais M°"^ Lcetitian'eutla conception de la grandeur. Elle vécut toujours avec un esprit étroit, ramassant sa vie en un petit cercle, comme une bourgeoise égoïste et jalouse. Ce qui la tourmentait à Rome près de Lucien, au moment de la constitution de l'Empire, était de savoir quels avantages elle en retirerait; quel titre lui serait dévolu, pensant bien que, pour un beau titre, les émoluments seraient considérables. Et ce souci dépoint toute la femme.
En son portrait, composé par Gérard, se retrouvent les qualités sérieuses que toute sa vie démontra. Elle est assise en toilette de cour, près d'une console où se dresse le buste de Napoléon. Et nous voyons d'elle un visage allongé, un front étroit mais élevé, le nez droit sur une bouche serrée et mince