‹ La société française pendant le consulat (volume 3)Chapitre 57 sur 144 · CHAPITRE ÏV · texte numérisé non relu

CHAPITRE ÏV

Sommaire. — De quelle manière Joséphine se comporte avec Napoléon. — Sa bonté, sa douceur, ses attentions câlines et affectueuses. — Elle accompagne son mari en voyage. — Son étourderie, ses mensonges, ses prodigalités. — Elle commence à aimer son mari dont elle est fière. — Ses jalousies. - La vie des deux époux à la Malmaison. — On y accueille les visiteurs avec bienveillance. — On y joue des pièces de comédie.. — Portrait des personnages qui forment la société de Joséphine. — Villégiature de Bonapnrte au palais de Saint-Gloud restauré. L'étiquette. — Les audiences à Saint-Gloud. — Le cabinet de Napoléon. — Disposition des meubles qui s'y trouvent. — Eugène de Beauharnais; son caractère; sa manière de vivre.

Ainsi, pas un seul de tous les Bonaparte ne fournit à Napoléon un sujet de satisfaction 1. Il aurait été plus heureux, si sa vie n'eût été liée qu'à celle de Joséphine. Elle seule sut le captiver et \e fléchir,

i. Mrnwrial, t. VII. p. Kl.

Il le disait à Suinte-Hélène : « Il est sûr que j'ai été peu secondé des miens et (in'ils ont fait bien du mal à moi et à la grande cause. On a souvent vanté la force de mon caractère. Je n'ai été qu'une poule mouillée pour les miens, et ils le savent bien. La première bourrade passée, leur obstination l'emportait toujours, et, de guerre lasse, ils ont fait de moi ce qu'ils ont voulu. J'ai fait là de grandes fautes. Si, au lieu de cela, chacun d'eux eût inqirimé une impulsion commune aux diverses missions que je leur avais conliées, nous eussions marché jusqu'aux pôles. Tout se fut abaissé devant nous. Nous eussions changé la face du monde. L'Europe jouirait d'un système nouveau. Nous serions bénis. Je n'ai paseu le bonheur de Gengis-Khan avec ses quatre fils, qui ne connaissaient d'autre rivalité que celle de le bien servir. »

se soumettre à ses habitudes, à ses lubies même, et tempérer par sa douceur l'emportement de sa nature. Et pourtant elle ne s'abandonna pas de prime abord. Elle l'avait laissé partir pour l'Italie gardant contre lui de l'appréhension, à cause de son caractère trop despotique. Quand elle se résigna à l'aller rejoindre, le soir de son départ elle soupait chez Barras avec quelques amis, au nombre desquels se trouvait Arnault ; et l'aimable conteur rapporte comment elle quitta Paris, pleine de tristesse, se croyant d'avance vouée au malheur de son premier mariage. En Italie, ses craintes tombèrent. La gloire de ce second mari finit par la convaincre qu'une destinée brillante l'attendait, et elle s'attacha pour toujours à l'homme dont elle portait le nom. Elle eut l'art de lui faire sentir sa douceur, sa bonté, sa bienveillance. Elle entoura son mari de petits soins et lui subordonna toute sa vie. Elle se fit humble, modeste, silencieuse, autant que son mari était impétueux et exclusif. Du jour où leur existence fut confondue, elle n'eut point d'autre désir que de lui rendre ses heures charmantes; de lui offrir un foyer attirant et aimable \ d'avoir les mômes amis que lui, et de se complaire aux mêmes attractions. Au Luxembourg, aux Tuileries, elle sut occuper ses journées, sans troubler celles du Premier Consul, écoutant ses doléances, ne lui en faisant ja-

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