‹ La société française pendant le consulat (volume 3)Chapitre 58 sur 144 · Au Mémorial de Las-Cases, on lit ceci · texte numérisé non relu

Au Mémorial de Las-Cases, on lit ceci

« Bonaparte l'avait toujours trouvée de l'humeur la plus gaie, et d'une complaisance absolue, bonne, douce, et fort attachée à son mari. Jamais il n'avait été témoin de sa mauvaise humeur. Elle s'était montrée constamment occupée à lui plaire... Professant à tout moment et à toute occasion, la soumission, le dévouement, la complaisance la plus absolue, elle mettait ces dispositions et ces qualités au rang des vertus et de l'adresse politique.de son sexe. A sa finesse native, Joséphine joignait une connaissance accomplie de toutes les nuances du caractère de Napoléon et un tact admirable pour les mettre en pratique. »

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mais aucune. Jamais, non plus, elle ne demanda rien pour elle ; jamais de pension pour ses proches, ni pour ses enfants ; au rebours de tous les Bonaparte qui accablaient leur frère de leurs exigences et de leurs jalousies. Le soir, quand il l'abordait, elle était toujours souriante, toujours de bonne humeur, travaillant à ses ouvrages de tapisserie, avei: sa fille Hortense, ou bien avec ses dames de compagnie. S'il se montrait ouvert et entamait une causerie, les aiguilles s'arrêtaient ; on l'écoutait disserter de science, de littérature on d'histoire, avecles hommes éminents qu'il avait reçus. L'heure venue, — dix heures, — il se retirait. Puis, un valet venait avertir Joséphine que le Premier Consul était couché. Elle montait aussitôt près de lui, s'asseyait au pied du lit et faisait la lecture, à haute voix, des livres nouveaux qu'il voulait connaître. Elle lisait fort bien. Et lorsque la fatigue commençait, elle revenait à ses amis avec qui, avant de se coucher, elle jouait au tric-trac, son jeu préféré oii elle excellait. De môme, Napoléon étant malade, elle seule savait le plaindre et le soigner; il aimait ses douces calineries et ses tendres caresses, qui diminuaient l'acuité de son mal.

Leur vie, leurs idées, leurs habitudes, s'étaient si bien unies et fondues ensemble que Napoléon ne douta plus de l'aflection de Joséphine. Certainement, disait-il en riant à Sainte-Hélène, Joséphine eût manqué à un rendez-vous d'amour, pour être toute à lui. Et si grande existait chez elle la volonté de lui être agréable et de ne pas le quitter que, sur le ])oint de monter en sa voiture de voyage, môme au milieu de la nuit, il trouvait installée, au fond de la berline, Joséphine qui l'attendait. Elle avait su qu'il devait partir; et tout avait été préparé par

elle pour l'acconipagaer. C'est en vain qu'il la dissuadait de ce dessein, qu'il lui objectait la fatigue et la longueur de la route; elle résistait à ses prières. — (( Vous manquerez du nécessaire », luidisait-il. — « Pas du tout, répondait-elle, mes dispositions ont été bien calculées. J'ai avec moi ce qu'il me faut. » Et Napoléon vaincu l'emmenait avec lui.

Dans les voyages officiels, jamais on ne la vit manquer de tact, se mettre en évidence et rechercher l'admiration de sa personne. Klle savait s'effacer, se dissimuler sous un voile, se maintenir en un incognito que la foule devait rompre. Et alors toutes ses paroles prenaient un ton de bon vouloir qui allait au cœur des assistants. Elle répondait galamment aux compliments de bienvenue' qui lui étaient adressés. Les pauvres l'abordant, elle les obligeait sans les humilier. Les femmes estimables, elle les attirait doucement à elle et les pressait entre ses bras pour leur donner un baiser. Et chacun se retirait attendri. Toutes ces qualités aimables, ces gestes d'accueil si captivant lui conquéraient le respect et la considération des personnes venues à elle. On aimait, d'ailleurs, sa mise élégante, toujours distinguée, ses manières agréables, son sourire, le son de sa voix. Elle ralliait tous les cœurs à son passage, par la grâce de son maintien, simplement, en paraissant ce qu'elle était, sans morgue et sans orgueil : sa bonté se décelait, sans efTort, comme celh^ d'un enfant, en un laisser aller oii

1. Les flagoineries étaient bien fortes ((uelquefois, et aujourd'hui nous font sourire, lorsqu'on lit. par exemple, nu Monitei/r, relatant le voyage de Bonaparte au Havre, ces paroles du curé de la paroisse.

" Un des beaux jours pour le curé du Havre et son clergé est celui uù il leur est permis d'offrir à vos vertus le tribut de leur admiration. » Ellemême devait sourire lorsqu'on lui parlait de ses vertus, à nmins que. a force de se l'entendre dire, elle ne fùf convaincue de la véracRé de ses lijuangeurs.

n'intervenaient aucun calcul, aucune préméditation. Il semblait que sa fonction fût d'être bonne^; et l'on ne savait parler d'elle, sans lui attribuer cette qualité exquise de bonté.

Avait-elle de l'esprit? très peu, (^ un quart d'heure par jour », dit Constant, le valet de chambre de Napoléon ; mais de la facilité dans la conversation, de la mémoire pour les intérêts pressants de ses visiteurs. Ses demandes étaient celles qu'ils attendaient, celles qu'ils voulaient qu'on leur fit. C'était, chez elle, la science parfaite de l'urbanité, par laquelle on met les ^ens à l'aise, en leur inspirant de la gratitude, en leur laissant un bon souvenir de la visite. Ignorante, toutefois, comme les créoles, ne sachant que les choses apprises dans la conversation, mais en tirant parti d'une façon intéressante. Enlin ne se lassant jamais d'écouter, jamais de compatir au malheur révélé; acceptant toutes les suppliques à transmettre au Premier Consul, les égarant souvent et les réclamant, sans gêne, ensuite, comme si son étourderie eût été toute naturelle*^.

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