M"« Avrillon, Mrmoires
« Il n'y avait qu'une voix sur l'exquise bonté de M°" Bonaparte. On en citait une foule de traits, et l'on ne tarissait point en éloges sur les excellentes qualités dont elle était douée. Elle était d'une affabilité extrême avec toutes les personnes qui l'entouraient. Je ne crois pas que jamais femme n'ait moins fait sentir la dépendance où l'on était d'elle. Elle avait, par dessus tout, la mémoire des personnes, ce qui ne contribua pas peu à lui faire beaucoup d'amis. Quand elle revoyait quelqu'un ([u'elle n'avait pas vu depuis longtemps, on était flatté de lavoir se souvenir de tout et entrer dans es moindres détails sur des choses que les personnes mêmes que cela concernait avaient quelquefois oubliées. Elle connaissait jusqu'aux moindres particularités sur leur famille, sur leur vie intérieure, et les rappelait toujours avec sa bienveillance accoutumée. »
2. A ce propos, M""" d'Abranlès rapporte (t. III, p. 282) qu'un M. de Géré était venu à la Malmaison pour remettre à Joséphine ime pétition à présenter au Premier Consul. Dans sa hâte pour être exact à l'heure indiquée, au lieu de prendre la pétition et de l'insérer dans l'enveloppe préparée, ce fût le mémoire de son tailleur qu'il y plaça. Le lendemain, il s'aperçut de
A ce moment du Consulat, elle est lière d'avoir conquis Napoléon, iièrc de ce qu'il fait pour elle. Arrivait-elle en retard, le malin, près de ses amies, elle leur disait d'un petit ton coquet et glorieux : « C'est que, voyez-vous, Bonaparte est venu passer la nuit avec moi. » Chaptal la qualifie de « créature céleste » : Bourrienne chante ses louanges. Thibaudeau cite d'elle une confidence qui précise l'ascendant qu'elle avait sur Napoléon. « Un jour, son mari lui demanda : « Quels sont mes défauts?» Et Joséphine de répondre : « Je t'en connais deux : la faiblesse et l'indiscrétion. Tu te laisses influencer par des gens qui ne veulent que ta perte, et tu aimes tant à discuter qu'on le fait dire tous tes secrets. » — C'est vrai, dit Napoléon, et, ajouta Joséphine, il me serra dans ses bras'. »
soiierreur. Il retourna à laMalniaisun pour explicjuer son étourderie. Mais en le voyant, Jcséphine toujours avec son doux sourire, lui dit: « Ne soyez pas inquiet. Monsieur, j'ai remis votre pétition au Premier Consul, qui m'a assuré qu'il s'occuperait de vous. » Heureusement elle n'en avait rien fait. La pétition avait été égarée, et le malheureux impétrant demeura dans les transes jusqu'au jour où il apprit que son mémoire avait été jierdu. Et ainsi, comme pour beaucoup d'autres. Elle promettait toujours et ne tenait presque jamais.
1. M""" de Rémusat sur la jalousie de Joséphine {Mémoires, t. I, p. "^OS) : « Un soi)'. M™" Bonaparte, plus pressée que de coutume par sa jalouse inquiétude, m'avait gardée près d'elle, et m'entretenait vivement de ses chagrins. Il était une heure du matin ; nous étions stuiles dans son salon. Le plus profond silence régnait aux Tuileries. Tout à coup, elle se lève : « Je n'y puis plus tenir, me dit-elle. M"° Georges est sûrement là-haut ; je veux les surprendre. » Passablement troublée de cette résolution subite, je fis ce que je pus pour l'en détourner, et je ne pus en venir à bout. « Suivez-mni, me dit-elb', nous monterons ensemble. » Alors je lui représentai qu'un pareil esjuonnage étant même sans convenance de sa part, serait intolérable de la mienne, et qu'en cas de découverte qu'elle prétendait faire je serais sûrement de trop à la scène qui s'en suivrait. Elle ne voulut entendre à rien; elle me reprocha de l'abandonner dans ses peines, et elle me pressa si vivement que, malgré ma répugnance, je cédai à sa volonté, me disant d'ailleurs intérieurement, que mitre course n'aboutirait à rien et que, sans doute, les précautions étaient prises au premier étage contre toute surprise. Nous voilà donc marchant silencieusement l'une et l'autre. M"" Bonaparte, la première, animée à l'excès, moi derrière, montant lentement un escalier dérobé qui conduisait chez Bonaparte, et très honteuse du rôle ([u'on me faisait jouer. Au milieu de notre course, un
Si ellen'était point jolie, elle savait le paraître', usant du fard avec une science consommée, afin de dissimuler le ton brun de sa peau. Toujours coiffée avec un goût très sûr; sa chevelure était abondante et soyeuse, et pour cacher ses mauvaises dents, n'ouvrant de la bouche que ce qu'il fallait au mouvement de ses lèvres. Son nez retroussé et menu égayait son visage, que terminait un menton délicat et fin. « Dans le plaisir, comme dans la douleur, elle était belle à voir, gracieuse même en se couchant, » a dit Constant. Le moindre de ses mouvements était aisé et, de plus, élégant, et elle embellissait tout ce qu'elle portait, confesse M"" de Uémusat, laquelle ajoute aussitôt : « légère, mobile, facile à émouvoir et à calmer, subissant rintluence de Bonaparte qui lui avait imposé le mépris d'une certaine morale, et, comme lui, se plaisant au mensonge, que tous deux employaient habilement tour à tour ». L'observation est sévère et méritée. Napoléon disait souvent que, pour être homme d'Etat, le mensonge était nécessaire-.
Il ne fallait rien moins que ces séductions enchan-
léger bruit se fit entendre. M"" Bonaparte se retourna. « C"est peut-être, me riit-elle, Roustan, le mameluck de Bonaparte, qui garde la porte. Ce malheureux est capable de nous égorger toutes deux. >> A cette parole, je fus saisie d'un effroi qui, tnut ridicule qu'il était sans doute, ne me permit pas d'en entendre davantage, et sans songer que je laissais M"" Bonaparte dans une complète obscurité, je descendis avec la bougie que je tenais à la main, et je revins aussi vite que je pus dans le salon. Elle mi; suivit peu de minutes après, étonnée de ma fuite subite. Quand elle revit mon visage effaré, elle se mit à rire et moi aussi, et nous renonçâmes à notre entreprise. »
1. « Dans aucun moment de sa vie, disait Napoléon à Sainte-Héléno, Joséphine n'avait de position et d'attitudes qui ne fussent agréables ou séduisantes. Tout ce que l'art peut imaginer en faveur des attraits, était employé iiar elle, mais avec un tel mystère qu'on n'en apercevait jamais rien, toujours maîtresse d'elle-même, toujours en scène. »