‹ La société française pendant le consulat (volume 3)Chapitre 61 sur 144 · M"" Avrillou (Sur Joséphine, f. I, p. 20G · texte numérisé non relu

M"" Avrillou (Sur Joséphine, f. I, p. 20G

" Elle avait un goût immodéré pour tout ce qui était beau. Tous les objets d'art, quel qu'en fût le prix, devaient lui appartenir, et d'ailleurs, elle n'avait pas le courage de renvoyer un marchand sans lui acheter quelque chose. Bien souvent, elle achetait des objets extrêmement chers qui ne lui étaient d'aucun usage, uniquement pour le plaisir d'acheter. On ne pnuvaitpas même dire qu'elle eût de la i)rédilection pour telle ou telle chose... Tout ce ([ui était de bon goût lui plaisait également, et il le lui fallait...

« Combien la Malmai.-on ne lui a-t-elle pas coûté de larmes? Elle va enfoui des sommes énormes avec lesquelles on aurait bâti des palais. M. Bertau.x, l'architecte, a dû savoir à combien s'élevèrent les mémoires jiour tous l(^s travaux exécutés, tant dans la maison que dans les jardins. :M. Amédée de Bonpland. intendant de ces jardins nuignifiques, était un savant fort distingué, ami intime du célèbre M. de Humbold. Lorsqu'il fut placé à la Malmaison, il s'occupa à peupler les serres des plantes les iilus

marchands ne laissaient point en repos leur victime. Alors, au moment de payer, sa bourse vide, elle s'adressait à Napoléon, ou bien elle vendait son crédit aux gejis interlopes, aux agioteurs, à tous ceux qui s'étaient lancés en des affaires malpropres et qui désiraient s'en tirer indemnes. Elle vendait môme à Fouché, non pas les secrets de la politique de Napoléon, qui ne les confiait à personne, mais l'influence acquise sur le Premier Consul ; ce que l'on traduisait par ces mots : << le boudoir est souvent plus fort que le cabinet. »

L'existence de Joséphine était heureuse ainsi, vivantà sa guise, entourée déjeunes femmes qu'elle retenait près d'elle, les recevant à déjeûner, le matin aux Tuileries, au nombre de cinq ou six; souvent douze ou quinze, à la Malmaison. Aucun homme ne partageait ce repas intime, pendant lequel on devisait surtout de modes, de théâtres, des petits intérêts de la société parisienne'. Là se for-

rares, et Joséphine prit avec une telle vivacité ce goût tout nouveau, (jue ce fut un surcroît de dépenses très considérable. On jieut en juger par un seul fait. Je lui ai vu payer 3.000 francs un ognon de fleur dont je ne me rapi)elle pas le nom. Elle en prit le goût de la botanique. l'étudia d"uue façon très sérieuse et y réussit. C'était pour elle un grand plaisir que d'aller visiter ses serres. Aussi, ces jjromcnades étaient-elles toujours dirigées de ce côté... «

1. Dans les papiers de d'P"ntraygues, publiés par Léonce Pingaud, se trouve un portrait de Joséphine assez réussi [Un agent secret, yi. 243).

'< Tète sans cervelle, prompte à rire et à pleurer, elle est du moins fidèle à ses affections et à ses relations, prescjue timide avec ses anciennes connaissances, elle ne se ménage point ])our obtenir les places et les grâces, et elle réussit. Elle parle sans gène, du bon temps où elle était la petite Beaubarnais, et avec sa naïve immoralité de créole, nomme ses anciens amants. Plus souvent elle se lamente en femme étonnée et embarrassée de sa grandeur présente. Trop souvent indiscrète sans le savoir, au sujet des plans du Premier Consul, elle accepte et sait taire aux intéressés les critiques qui parviennent à ses oreilles sur la politique et le Gouvernement. Sa journée se partage entre des conversations futiles et galantes, et des larmes que font couler les duretés de Bonaparte, ou la peur des complots. 11 y a des moments où de cruelles anxiétés l'assiègent, quand elle voit son beau-frère Murât, un de ses principaux ennemis, nommé gouverneur de Paris, ou quand elle apprend que Joseph, son autre beau-frère, a pro-

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niaient, sous son influence, les jeunes mariées qui venaient d'épouser les officiers de Napoléon, timides innocentes, à peines délivrées du pensionnat de .M°"" Campan, ne connaissant rien du monde, rien de lancienne Cour, rien de toutes les scènes tragiques qui avaient bouleversé la société depuis dix ans. Toutes étaient ravies de se retrouver ensemble, d'apprendre à se présenter dans un cercle de dames, à saluer, à causer avec les hommes, à se parer de toilettes, afin de ne point paraître ridicules parmi les grandes coquettes, qui avaient illustré le Directoire. Certaines de ces anciennes « Merveilleuses » étaient admises en quelques salons de Paris ; jamais aux Tuileries.

Au début du siècle, la Malmaison' exerçait sur Bonaparte et sur Joséphine, un attrait irrésistible,

posé de la répudier et de l'envoyer régner à Parme. Sera-t-elle de l'avis de tous, excepté de Talleyrand, couronnée à côté de son mari ? Cette incertitude la ronge jusqu'à la dernière heure, puis avec sa frivolité étourdie, elle oubliera un moment ses craintes devant une tunique de gaze, ou un carton de dentelles, présents qu'elle destine à ses nouvelles égales, les reines étrangères, et elle rit même comme une folle, si l'amie lui dit alors : » Vous vous êtes partagé les rôles avec votre mari ; il veut ôter aux souverains la chemise, et vous la leur laissez. »

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