‹ La société française pendant le consulat (volume 3)Chapitre 62 sur 144 · Aubenas, Vie fie Joséphine, t. Il, p. 135 et suiv · texte numérisé non relu

Aubenas, Vie fie Joséphine, t. Il, p. 135 et suiv

« Tout ce château se composait d'un rez-de-chaussée et d'an étage. On y entrait par un porche semblable à une tente qui servait de péristyle. Le grand vestibule soutenu par quatre fortes colonnes en stuc, et allant de la porte d'entrée à celle du jardin, située eu face, partageait en deux le rez-de-chaussée. D'un côté étaient les salons de réception, la salle de billard et une galerie: de l'autre, la salle à manger, une grande pièce dont le premier Consul fit une salle de Conseil et son cabinet de travail. Ce cabinet avait la forme d'une tente militaire. Il était meublé dans le même goût. Plus tard, on construisit, à chaque extrémité de la façade, deux petites ailes avançant sur la cour d'arrivée. Mais cette addition fut plutôt pour le service des communs que pour celui des habitants du château... Au premier étage se trouvaient la chambre à coucher et l'appartement particulier du Premier Consul et de M"' Bonaparte, ainsi qu'une grande galerie, pour les réunions d'apparat, qui régnait dans toute la longueur du bâtiment. Au-dessus, dans un demi-étage formant le couronnement du château, on avait disposé une série de petits appartements pour les officiers du général et ses invités... La façade, donnant sur la cour d'arrivée,

et ils y menaient, l'un et lautre, une vie patriarcale, une vie de château que Joséphine agrémentait

fut ornée d'une suite de statues en marbre copiées d'après l'antique, et l)rovenant de la destruction du parc de Marly. M. Lenoir décora encore le péristyle et le vestibule de bustes en marbre et en bronze, représentant les Dieux de la fable et des grands hommes de l'antiquité recueillis dans la démolition du château de Richelieu. Dans la salle à manger, on voyait, sur un fond de stuc, des groupes de figures allégoriques, chargées de rappeler la guerre, l'industrie et les arts. Le salon qui précédait cette pièce, et le grand salon reçurent une ornementation sobre et sévère, conforme au goût de l'époque. Dans le salon de réception, des tableaux dont le sujet était emprunté aux poésies d Ossian, alors la passion littéraire de Bonaliarteet dus aux pinceaux rivaux de Gérard et de Girodet. »

Extrait du journal Le Temps, 1896 :

« On y remarquait entre autres les copies célèbres de Y Hercule Fnmèse, du Laocoon et de Diane chasseresse. Parmi les tableaux, les portraits de Joséphine, par Gérard, et d'Hortense, par Girodet; la /'erine d'Amsterdam. par Paul Potter; l'en^-ee (ie /"orê/, de Berghem ; le tir à l'arquebuse, Ae D. Teniers; les quatre heures du jour, de Claude Lorrain. Une statue d'Apollon Musagète et des Neuf Muses, spécimen de lart grec, offert par le roi de Naples à M"» Bonaparte, lors de son voyage en Italie.

'< Dès 1804, Napoléon habita Saint-Gloud, et après son divorce, Joséphine revint habiter la Malmaison. .Ses intimes étaient alors, outre ses enfants Hortense et Eugène, le peintre Isabey, Redouté, Lenoir et Bonpland. Lp :2G mai 1814, après l'invasion, U' tsar Alexandre vint rendre visite à l'ex-impératrice. Trois jours jilus tard, elle était prise d'un refroidissement et mourut.

« Napoléon, après AVaterloo, lit un nouveau séjour à la Malmaison, qu'il quittait le 29 juin 1815. Le 1" juillet, le château était pillé par les troupes anglo-prussiennes. La Malrnaisun devint la propriété du prince Eugène de Beauharnais. A sa mort, en 18'2(),elle fut vendue au banquier suédois Haguermann, moyennant 2.")0.0Û0 francs. En 1842, elle était achetée 500.000 francs jiar la reine Marie-Christine d'Espagne, qui y fit construire une chapelle. L'empereur Napoléon III en fit l'acquisition pour 1.500.000 francs en 18G1.

" En 1870, la Malmaison reçoit, pour la deuxième fois depuis le commencement du siècle, l'invasion prussienne. Les troupes allemandes roccu])èrent après le combat de ChàtiUon, et mirent le château et le parc en état de défense. Un premier combat d'avant-postes y fut livré le 8 octobre 1870. Le château fut enlevé à la ba'ionnette, sans grande résistance, ])ar une reconnaissance de compagnies franches, parmi lesquelles les francs-tireurs des Ternes, dits « à la liranche de houx», d'après l'ornement de leur coiffure. Le 21 octobre, l'affaire fut autrement chaude. La colonne Noèl, faisant partie de la sortie de 30.000 hommes que dirigeait le général Ducrot, occupa le château et le parc oii un combat des plus vifs fut soutenu contre les Allemands, jiar le régiment de zouaves de marche et la compagnie franche des tirailleurs de la Seine, qui comptait dans ses rangs nombre d'artistes parisiens, les peintres James, Tissot, Vibert. Leioir, Berne-Bellecour, Gustave Jacquet. Bellavoine, Leroux, qui fut gravement blessé, le sculpteur Cavelier, tué à l'ennemi, le graveur Jacquemart, et M. Edmond Turquet, plus tard sous-secrétaire d'Etat aux Beaux-Arts. Sur soixante hommes, cette compagnie de soldats improvisés en laissa vingt et un sur le champ de bataille.

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de distractions très variées. Tous les invités y étaient libres jusqu'au déjeuner. Dans le petit appartement occupé, chacun se trouvait comme chez soi. Cet appartement était composé, dit la duchesse d'Abrantès, d'une chamhre, d'un cabinet, et d'une chambre pour la camériste. Meubles très simples, plancher carrelé, corridor carrelé. Après le déjeuner, on se livrait à des causeries très gaies dans les allées du parc, ou bien dans la rotonde installée par la belle créole, au milieu de ses immenses serres, emplies de ileurs rares qui lui rappelaient ses Antilles. D'autres fois, c'étaient des cavalcades sur les routes poussiéreuses des villages

" En 1877, la Malmaison fut mise en vente. Puis l'acqurreur, M. Gaiiti'ier, ayant été mis en lailliti'. l'État vendait de nouveau ce domaine pour la somme de (JiO.OOO l'rancs, à M. Ci-éiilnet, en 188Î. Douze ans plus lard, rancieu Trianon consulaire fut acheté par la duchesse d'Albufera '271.000 francs. Dans la salle du Conseil où remi)creur déchu le?3juin 18l.j. signa sa lettre d'alieux à la grande armée, un tisserand a installé ses nn-tiers.

« Depuis lors le chàleau a été acheté par M. Osiris, dont le grand-pére avait servi la France, sous les enseignes consulaires, en vue d'une restauration ([ui le rendrait tel qu'il existait au temps du Consulat.

Le Petit Parisien de novembre 1900 écrit : « Le château a repris un air de jeunesse et dresse fièrement ses toits aigus au-dessus de ses façades consolidées qui imraissent neuves. I^'édifice est tel maintenant qu'il se ])résentait aux yeux de Bonaparte après que furent achevés les aménagements nouveaux qu'il avait demandés aux architectes Pcrcier et Fontaine.

" La bibliothèque est la pièce la mieux conservée, son plafond et ses lieintures mylliologiques sont restés presque intacts, de même ([ue ses lioiseries d'acajou, œuvres de Jacob, dont les cuivres, en grande i)artie arrachés, ont été habilement rétablis.

« On est parvenu à reconstituer avec la même jirécision de détails l'enfilade des salons de droite. Le plafond du grand salon blanc et or où l'on accède en traversant la salle de billard a pu être restauré d'après des morceaux où se voyaient encore les initiales de Josépliine. Ses parois sont décorées de peintures reproduisant des scènes champêtres de Proudhon, de M'" Mayer et d'autres peintres du temps. Mais il ne reste que le marbre de la grande cheminée de ce salon, jadis ornée de camées et de mosaïques, dtm fait par Pie Vil à l'empereur, au moment du sacre, et évalué à un million. La galerie du nord, vide de ses tableaux, qui ont été achetés par l'empereur de Russie, et qui font partie aujourd'hui des collections de l'Ermitage et du ?ilusée de Munich, est, comme la bibliothèque, décorée de très belles boiseries en acajou mat, garni de enivre. ..

voisins; des jeux de barres près du château ^ Les invités se plaisaient en ces lieux que Lenoir avait embellis de statues, sauvées de la dévastation des grands manoirs, durant la Révolution, et des raretés artistiques envoyées d'Italie ou d'Egypte par Bonaparte victorieux. Toutes les pièces étaient garnies de tableaux superbes. C'était partout un mélange de luxe et de simplicité, comme en une demeure bourgeoise qu'une fortune subite aurait permis d'orner en palais'-. Elle-même, Joséphine, de son voyage en Italie, avait rapporté d'innombrables bijoux qu'elle montrait avec gloriole à ses amies préférées. Faveur intéressante pour une femme ; et M™" de Rémusat demeura éblouie, le jour oii, devant ses yeux, furent étalés ces trésors, « dignes de figurer, dit-elle, aux contes des mille et une nuits ». La musique était aussi un de ses plaisirs favoris. Elle pinçait de la harpe. Mais indolente et négligente, comme les créoles, Joséphine n'avait point cherché à perfectionner son savoir de musicienne, et c'était le même air, qui, invariablement, s'échappait des cordes de l'instrument.

Ce fut en ces premières années, à la Malmaison, le règne de l'égalité, de la simplicité la plus at-

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