M»" (le Réimisat. Jf^moires, t. II, p
Voici le portrait qu'elle en fait :
« Nièce de M""" Campan, première femme de clianilire de la reine, lille de M"" Auguié, aussi femme de chambre, assez médiocrement élevée, lionne et douce femme, mais un peu enivrée des dignités (|ui peu à peu la décorèrent, elle nous donna bien, do temps à autre, le spectacle de l'étalage d'une foule de prétentions qui, après tout, ne choquaient pas trop chez elle, parcequ'elles s'appuyaient sur la grande réputation militaire de son mari. L'orgueil de celui-ci avait quelque chose d'assez rude et justifiait celui de sa femme, qui l'avait adopté comme un bien de comnauiauté. M"" Ney, dejiuis duchesse d'Elchingen, plus tard j)rincesse de la Moskuwa, était au fond très bonne personne, incapable de dii'e ou faire mai, peutêtre aussi assez peu capable de dire ou faire bien, paisible et jouissant surtout avec ses inférieurs des vanités de son rang... Elle avait pris l'habitude d'un extrême luxe. Je l'ai vue aller aux eau.x avec um; maison entière, afin d'être servieà son gré -. un lit, des meubles à elle, une argenterie de voyage faite tout exprès, une suite de fourgons, nombre de courriers,
M""^ de Broc; enfin Caroline Bonaparte, la femme de Murât, aussi gaie, aussi radieuse que ses amies. Ces bals étaient bruyants d'entrain, de mouvement, d'éclats de rire, spectacle divertissant pour les yeux, avec les jolies robes de mousseline blanche et les guirlandes de roses qui composaient toute la toilette de ces jeunes femmes. Bonaparte, se mêlant aux quadrilles, souvent les troublait par son inattention, et, dépité de sa maladresse, il réclamait la moiiaco, la seule danse oii il triomphât.
On dînait à six heures, et lorsque le temps était beau,la table était servie devant le château à côté de la pelouse ; dîner de famille oii tout le monde était admis. Napoléon le présidait, ayant Hortense à côté de lui, Joséphine en face, et ses invités à la suite, sans place désignée, au hasard. Les dîners de cérémonie avaient lieu le mercredi. C'était le jour du conseil des ministres, de la visite des conseillers d'Etat, de l'audience aux ambassadeurs. Pour terminer la soirée, lorsque les concerts n'eurent plus la même vogue qu'autrefois, on résolut de jouer des pièces de théâtre, car il y eut bientôt un théâtre au château. Les succès d'Hortense au pensionnat de M'^'Campan, 011 elle avait rempli le rôle dEsther, furent un encouragement a l'organisation d'une troupe capable déjouer les grandes pièces de Beaumarchais.
La Malmaison devint ainsi un lieu de délices. Le Premier Consul y travaillait mieux qu'ailleurs, disait-il, sur un pont de bois, attenant à son cabi-
disant que la femme d'un maréchal de France ne pouvait voyager autrement. Sa maison était une des plus somptueusement meublées. È:ile lui coûta, dachatet d'ameublement, onze cent mille francs. La maréchale Ney était maigre, grande. Elle avait des traits un peu forts, de beaux yeux, une physionomie douce et agréable, une très jolie voix. »
net et protégé d'une toile de coutil. Il ne comprenait pas, ajoutait-il, ceux qui, pouvant penser et travailler en face du ciel, se claquemuraient dans un cabinet. Ce fut le temps oii Joséphine et lui furent le plus unis. Ils n'avaient que la môme couche, et ils ne se séparèrent qu'à la suite d'un mouvement d'humeur de Napoléon, après un séjour prolongé à Boulogne-sur-Mer, avec M""" de Rémusat. A Sainte-Hélène, il vantait cette cohabitation de deux époux. « Habitude très morale, qui influe singulièrement sur un ménage, assure le crédit de la femme, la dépendance du mari, maintient l'intimité et les bonnes mœurs. On ne se perd point de vue, en quelque sorte, quand on passe la nuit ensemble. Autrement, on devient bientôt étrangers. Aussi, tant que dura cette habitude, aucune de mes pensées, aucune action, n'échappaient à Joséphine. Elle suivait, saisissait, devinait tout, ce qui parfois n'était pas sans quelque gêne pour mes affaires ^ ! »
Après la paix d'Amiens, il passa, dans cette retraite des champs, de longs mois, en une inactivité rêveuse, méditant sur ses desseins politiques. II désirait, à cette époque, purger la Méditerranée des incursions des Barbaresques, détruire les corsaires algériens, menace incessante pour nos bateaux marchands. Il voulait ensuite acclimater, sur les rivages, les productions des Antilles, afin de suppri-