‹ La société française pendant le consulat (volume 3)Chapitre 65 sur 144 · Faber, p · texte numérisé non relu

Faber, p

« Dans les voyages, Bonaparte montra rexomiile de l'union domestique et des mœurs régulières. L'heure ordinaire du coucher est à dix heures. S'il y a des fêtes, on se retire à onze heures, guère plus tard qu'à minuit. Bonaparte couche avec son épouse, dans le même appartement et dans le même lit. Les employés de la Cour consulaire qui précèdent le couple voyageant, mettent au premier rang de leurs soins, de choisir cet apnar tement et de commander le lit dont il n'existe pas ordinairement, de la largeur prescrite, un seul. Elle est de 8 à 10 pieds. »

mer le tribut que l'Europe, pour en jouir, payait au nouveau monde. Menneval, qui fut alors son jeune secrétaire, affirme que, durant ces jours de rêverie, il se montra d'une patience toute bienveillante envers ceux qui l'approchèrent, enjoué même, d'une cordialité très atTectueuse avec ses officiers. Et, cependant, sans réciprocité, ajoute Menneval. L'autorité d'une grande intelligence, la gloire du général, confirmaient la distance entre le supérieur et le subalterne, et on subissait malgré soi l'ascendant du génie de cet homme, abordable alors comme un camarade. Avec Menneval surtout il se livrait avec une bonhomie touchante. Bourrienne venait d'être congédié pour affaires d'argent, et afin de gagner tout de suite la confiance de son jeune collaborateur. Napoléon causait avec lui sans façons, l'interrogeant sur ses lectures, sur ses goûts littéraires, lui indiquant les livres à lire, feuilletant sous ses yeux quelques volumes de sa bibliothèque. Il était tout à la fois familier et paternel; et le jeune homme était ébahi de la simplicité du grand capitaine, qui avait commandé à tant de généraux et déjà changé la face de l'Europe.

Aux premiers temps du Consulat, Bonaparte s'était laissé vivre, comme tous les grands fonctionnaires de l'Etat. 11 n'était et ne voulait être que le premier magistrat de la république. Une seule personne remplissait, aux Tuileries, l'office des chambellans, M. Benezech, ancien ministre, constitué gouverneur du Palais, ordonnateur des réceptions, introducteur des ambassadeurs, sorte de maître Jacques, suppléé par les aides de camp, lorsque le service d'un chef tel que Napoléon devenait trop accablant. Il n'y avait, d'ailleurs, en ce

temps-là, que des soirées intimes aux Tuileries. ^I™*' Bonaparte se contentait de la société accueillie jadis rue Chantereine, et le Premier Consul de la visite de ses généraux. Xi Tun ni l'autre n'osaient se montrer trop audacieux. On sentait gronder le mécontentement des hommes dépouillés de leur situation. Les émigrés de Londres déversaient, en leurs brochures, toute l'acrimonie de leur rancune. Mallet-Dupan, si populaire parmi eux, criblait de railleries et d'épigrammes cinglantes l'etîronterie des gouvernants qui s'étaient emparé du pouvoir. Il les comparait à une troupe d'huissiers, commandée par un gendarme, qui aurait mis à sac le mobilier d'une maison et aurait bàtonné les mécontents'. Les complots, enfin, avertissaient Napoléon qu'il devait être prudent. On travaillait donc aux Tuileries plus qu'on ne se divertissait. Le Premier Consul sortait peu. Joséphine passait le plus grand nombre de ses soirées aux théâtres, et ne donnait libre accès près d'elle qu'à ses vieux amis d'autrefois"-'.

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