‹ La société française pendant le consulat (volume 3)Chapitre 97 sur 144 · Thiébault, Mémoires, t. II, p · texte numérisé non relu

Thiébault, Mémoires, t. II, p

« M. de Valence, fils illégitime du comte de Valence, substitué à une fille légitime. Si le comte de Valence était un des beaux hommes de son temps, il était aussi l'un des plus aimables, des plus brillants, des plus chevaleresques. Il est, à ma connaissance, celui qui a porté au jilus haut degré les manières nobles, l'esprit, le tact et toutes les grâces de cour. A vingt-deux ans, il était colonel ; à trente-cinq , lieutenant général. «

Le même auteur avait dit auparavant comment le comte de Valence était devenu l'époux de M"' de Genlis:

<i II parait ([ue le duc d'Orléans, dit-il, surprit le comte de Valence aux genoux de sa femme. Certes, on pouvait défier tout homme de se tirer d'un pareil embarras, et il fallait, à la fois, la femme la plus maîtresse d'ellemême, la [dus habile, la mieux inspirée, pour ne pas faillir. Dès qu'elle aperçut le duc, M""= de Montesson partit d'un éclat de rire et lui dit du ton le plus naturel : « Mais voyez donc ce fou de Valence (pii depuis une

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La jeunesse avait sur elle un effet irrésistible. Elle éloignait, de son voisinage, les visages moroses des vieillards. Elle appelait à ses fêtes la foule des jeunes gens, qui comj)osait alors la phalange des beaux danseurs, des aimables boute-en-train de la société mondaine. C'étaient MM. Juste de Noailles, de Montcalm, de Mondenard, Archambault de Périgord, Charles de Noailles, de Montbreton, Auguste de Montaigu. MM. de Rastignac, MM. de TAigle, de la Feuillade, de Montrond, de Saint-Aulaire. Elle leur laissait, en ses salons, la plus grande liberté, n'exigeant d'eux que la pratique des bienséances, un entrain discret, une gaieté non troublante, le ton enfin des grands seigneurs de la cour de Versailles, chez qui on ne surprit jamais aucun geste, ni aucune parole contraires au respect dû à la femme et aux gens bien élevés. Tous le savaient et pas un ne dédaignait l'honneur d'être invité chez M"" de Montesson, dont ils admiraient l'exquise aménité, la douceur des reparties et la science du savoir-vivre.

Aussi bien, quand on apprit la nouvelle du grand bal promis chez elle, à la suite du mariage d'Hortense de Beauharnais, ce fut une grande joie dans la société de l'ancienne cour et parmi les émigrés rentrés. La renaissance des salons et des plaisirs daterait de ce bal ; personne n'en doutait. Ce fut, dans tout Paris, une agitation inexprimable des jeunes femmes et des jeunes bommes, pour préparer leur toilette et faire valoir toutes leurs grâces. Et leur émerveillement s'exalta devant

heure esta mes pieds pour obtenir lu main de rna nièce ! » — « Eh bien : répondit le duc, il faut la lui donner. Allons, je vous la promets, je vous la promets. >■ — Et c'est ainsi que le comte de Valence, qui ne songeait pas à se marier, épousa M"° de Genlis, jiour laquelle on ne songeait pas lui. ..

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l'excès des Heurs et des lumières où s'avivait l'éclat de leur visage, devant le grand nombre des valets poudrés et galonnés, qui, depuis plus de quinze ans, avaient disparu des salons de Paris. On se rattachait à la vie élégante du passé ; on se promettait des jouissances nouvelles, si longtemps proscrites. On se répétait la phrase de M. Talleyrand : « Oh ! jadis, quelle douceur de vivre ! » Les marchands unissaient leur joie à celle des élus. Le commerce, enfin, pensaient-ils, reverrait les beaux jours d'autrefois ; les magasins de luxe retrouveraient leur clientèle perdue; de proche en proche, un peu de bien-être arriverait jusqu'aux galelas les plus misérables. Le plaisir occuperait des bras d'ouvriers, et toute la ville serait satisfaite. Hortense de Beauharnais, l'épouse récente de Louis Bonaparte, parut à ce premier bal, c en tunique de couleur, avec péplum copié sur une statuette d'Herculanum 1 ». M""' de Montesson donna un deuxième bal pour le jeune roi d'Etrurie, un Bourbon, qui avait voulu se loger, durant son séjour à Paris, dans un hôtel contigu à celui de la marquise. (' Ce fut une féerie, dit M"'" d'Abrantès. Si les femmes avaient eu le même luxe et les mêmes diamants que sous l'Empire, elle eût encore été plus belle. Mais celle de nous qui avait le plus de diamants en avait à peine pour 100.000 francs. Qu'on juge de ce que fut plus tard le quadrille des Péruviens, allant au temple du Soleil! Il y avait pour

!. D'Abrantès, Mémoires.

Bien avant cette grande fête, Hortense s'était fait remarquer aux petites soirées de la marquise. Elle aimait la danse, la gavotte où elle triomphait pai' sa légèreté et sa distinction avec M. Dupaty, diîvenu célèbre jilus tard, comme sculpteur, avec Charles de Gontaut également, qu'elle aurait pu éjiouser, dit M"" de Ghastenay, « parce qu'il était charmant, dune douce physioiininie ombragée île grcsses boucles blondes ».

plus de 20.000.000 de diamants. » Le roi d'Etrurie se fit remarquer à cette fête par ses ardeurs chorégraphiques. Il se trémoussait, voltigeait, pivotait, comme un gamin. Si ce n'eût été un Bourhon, M"'' de Montesson aurait été fort contrite d'une désinvolture si débraillée. Mais les gestes des princes paraissent toujours excusables. On rit beaucoup des enfantillages du roi, sans le blâmer, et la marquise était heureuse d'avoir pu satisfaire aux désirs de Bonaparte qui demandait, aux plaisirs des salons, les moyens d'apaiser les discussions et les haines dont la France aurait pu mourir ^

Ce salon était fréquenté par toutes les femmes en évidence à Paris. Au premier rang brillait M"" Bonaparte; puis la marquise de Coigny-, d'esprit mordant, très recherchée, malgré sa voix rauque; M"" de Staël, dont la toilette, en étoffe de grosse soie, semblait bien lourde à côté des robes légères et transparentes des jeunes femmes; ]\|me Rpgnyuit de Saint-Jean d'Angély, toujours prête à chanter, sans qu'on l'en priât, écrit jNI""' Cavaignac, en ses « Mémoires d'une inconnue ». Belle, sans doute, de profil surtout. Elle ne l'ignorait pas, et s'était étudiée à ne se montrer jamais de face, voulant imposer Fadmiration ambiante à son profil de statue grecque. M""" Bécamier venait aussi

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