‹ La société française pendant le consulat (volume 3)Chapitre 99 sur 144 · Parmi ces pensées, on ])eut citer les suivantes · texte numérisé non relu

Parmi ces pensées, on ])eut citer les suivantes

« Dans la conduite, simplicité et raison ;

Dans l'extérieur, propreté et décence;

Dans les procédés, justice et générosité;

Dans l'usage des biens, économie et libéralité ;

Dans les discours, clarté, vérité, précision;

Dans l'adversité, courage et fierté;

Dans la prospérité, modestie et modération;

Dans la société, aménité, obligeance, facilité :

Dans la vie domestique, rectitude et bonté, sans familiarité. »

son jeu d'artiste, prestigieux sur le piano. M"" Berthollet était également une familière de ce salon. Avant son mariage avec l'illustre savant, elle était la camériste de la grande dame. Cette union avait supprimé la distance qui avait existé entre ces deux femmes, et l'une, sans orgueil, et l'autre, sans iiumilité, se voyaient maintenant comme deux amies.

Parmi les hommes, il faut citer les deux lils naturels du duc d'Orléans, les aijbés de Saint-lMiar et de Saint-Albin, nés de ses relations avec une danseuse de l'Opéra; M"' Marquise, que le roi titra marquise de Villemomble, riante contrée de la banlieue de Paris, où le duc avait pour elle acheté un château ; l'académicien Suart, qui ressassait, sans fin, ses histoires du temps passé : le duc de Ghoiseul, longtemps victime de l'intolérance politique des Jacobins, voyageur qui rapportait, de ses lointaines pérégrinations, des observations curieuses, admirateur de la Grèce sur laquelle il avait ])ui)lié un pittoresque récit, qui lui valut plus tard le poste d'ambassadeur à Constautinople. Et aussi M. de Talleyrand, et Maret, le futur duc de Bassano, et M. Villiers du Terrage, et le fabuliste Arnault, et le botaniste Millin, qui était parvenu à échapper aux rigueurs de la proscription, en parcourant les provinces pour en étudier les châteaux et les monastères menacés de la pioche des démolisseurs, Millin, le successeur du savant abbé Barthélémy, dans la place de conservateur du cabinet des médailles ; enfin le chanteur Garât, le peintre Isabey, Desfaucherets, l'auteur dramatique, et surtout le général de Pérignon, à qui M"' de Montesson était reconnaissante du bien fait à une princesse d'Orléans, mourant de privations et de

misère, dans un couvent de Parme. Le général de Pérignon, sous le Directoire, était gouverneur de cette ville. Il apprit cette détresse princière, et, sans s'inquiéter des conséquences de sa bonne action, il solda au couvent les dettes de la malheureuse femme et demanda ensuite, pour elle, au gouvernement français, une pension de trente mille francs qu'il obtint. M""" de Montesson ne l'oublia jamais.

Lorsque M""" Bonaparte, obéissant aux conseils de son mari, venait chez M"'' de Montesson, elle s'y montrait avec son tact habituel, son grand charme de créole, et l'on y goûtait sa conversation tantôt joyeuse et tantôt attendrie. Elle ne cachait point la gêne dont elle avait si fâcheusement souffert à son arrivée en France, et elle racontait gentiment, et en riant la première de son dénûmenl, l'histoire d'une vieille paire de souliers, en gros cuir, qui la tira d'un cruel embarras.

(( Quittant la Martinique, avec llortense, disaitelle, je me trouvais sur un vaisseau où nous fûmes traitées avec des égards que je n'oublierai jamais. Brouillée avec mon premier mari, j'('tais peu riche. Obligée de revenir en France pour mes affaires, mon passage avait absorbé la plus grande partie de mes ressources, et j eus beaucoup de peine à faire les emplettes indispensables à notre voyage. Hortense, gentille, gaie, dansant bien la danse des nègres, chantant leurs chansons avec une grande justesse, amusait beaucoup les matelots qui, s'occupant constamment d'elle, étaient sa société favorite. Dès que je m'assoupissais, elle montait sur le pont, et là, l'objet de l'admiration générale, elle répétait ses petits exercices à la satisfaction de tous.

Un vieux quartier-maître l'alTeclionnait particuliè rement, et dès que ses occupations lui donmiient un moment de repos, il le consacrait à sa petite amie, qui Taimait à la folie... » Et Joséphine continuait son récit, ajoutant que les souliers d'Hortense s'usaient à ces exercices, et que sa fille eut bientôt les pieds en sang. Comment avoir de nouvelles chaussures? Ce fut le contre-maître qui donna de vieux souliers, gardés en réserve dans un coffre. On les coupa, on les recousit, et Hortense put se livrer de nouveau à ses jeux favoris.

Ceux qui avaient été reçus dans le salon de la grande dame ne manquaient point d'y revenir. Us y avaient ressenti une joie des yeux, une excitation de l'esprit, qu'aucun autre lieu ne pouvait donner avec la même force. M. de Laval disait que ses chevaux l'y conduisaient, comme ceux d'une dévote se dirigeaient vers l'église. Ils suivaient leur chemin sans guide. Le plaisir, en ce salon, était de tous les instants et varié à l'inlini. lin jour, pourtant, que la conversation languissait', quelqu'un parla d'organiser, sur l'heure, un concert. Mais avec quels artistes? On se regardait... La princesse de Vaudemont, jetant un regard circulaire sur ses voisines, observa que rien n'était plus facile. M"'^ de Staël désigna M"^' du Crest; M"^' de iMontesson, M™" de la Yallette, toutes les deux musiciennes de talent. M"" du Crest triomphait de toutes les difficultés sur le piano; M""' de la Valletle possédait une voix admirable. Un piano fut ouvert, et, pendant une heure, ces deux dames, encouragées par les bravos de l'assistance, ravirent leurs

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