Thiébault, Mémoires, t. II, p
aiuiileurs. Assurément, lit remarquer M. de Metternich au général Thiébault qui rapporte l'anecdote, assurément il y a, dans les autres capitales de l'Europe, d'excellents chanteurs, des musiciens renommés, aussi forts et aussi distingués que ceux de France; mais dans une assemblée mondaine, trouver des personnes qui, sans préparation, pleines du sentiment très développé de l'art musical, sous une inspiration presque géniale, interprètent, avec tant de brio et de justesse, les œuvres des grands maîtres, ce hasard étonnant ne se rencontre qu'à Paris.
On aurait pu aussi bien improviser chez M"'' de Monlesson une représentation de comédie ou de drame. Elle avait composé un assez grand nombre de pièces, seize, disait-on, qui, toutes avaient été jouées et par elle et par le duc d'Orléans, et par ses acteurs habituels, MM. de Ségur, de Gand, d'Ouésan, M"'' du Crest et de Lamark. C'est pourquoi Collé, jadis, l'avait comparée à M"" Clairon, et Grimm, dans un accès de llagornerie, lui avait reconnu des talents universels.
Ces fêtes, ces réceptions quotidiennes, durant de longues heures, ébranlèrent sa santé affaiblie par l'âge. Elle voulut s'affranchir de cesurmenageet elle acheta à Romainville une maison de plaisance, qui devint bientôt trop étroite pour tous ceux qu'elle y attira. Fuir le monde, elle ne le put; le monde la ressaisissait au loin. Brongniart, le célèbre architecte, doubla, tripla, par de nouvelles bâtisses, cette maison d'habitation et bientôt M""" de Montesson, au milieu des Heurs, qu'elle cultivait avec passion, se fixa tout à fait en sa nouvelle résidence. Elle ne conserva qu'un pied-à-terre à Paris et fit de Romainville sa demeure principale. Ses meilleurs
amis de Parisy vinrent alors en foule, et son salon de campagne fut aussi animé que l'était celui de la Chaussée-d'Antin. L'âge bientôt vainquit son courage. Ses forces diminuaient chaque jour, et, en 1805, les médecins exigèrent son retour à Paris. Elle n'y rentra que pour mourir.
SojiMAifiE. — M'"" de Genlis d'après une estampe. — Ses govits ; ses inclinations. — Sa jeunesse. — Sa vie durant l'émigration. — Sa rentrée en France. — Sa brouillerie avec sa tante Mme de Montesson. — Elle reçoit du gouvernement consulaire un logement à l'Arsenal. — A quelles conditions? — Ses remarques caustiques. — Chateaubriand chez M"» de Genlis. — Portrait d'elle tracé par Brifaut. — Les personnes qu'elle reçoit en ses soirées à l'Arsenal. — La Harpe; Roux et Laborie. — Les femmes qui la visitent chez elle. — M""" de Staël, son ennemie. — Les philosophistes. — Morceau de M'"° de Genlis sur la vieillesse, souvent cité.
Il existe une estampe représentant l'image de M"'*" de Genlis. Elle y est dessinée, la taille svelte, en corsage de velours décolleté sur une chemisette aux manches courtes, avec un iichu autour du cou, les pointes entre les seins découverts. La tète est garnie d'une abondante chevelure bouclée, descendant jusqu'aux épaules. Le visage est animé de grands yeux scrutateurs. La bouche, aux lèvres fortes, est souriante, avenante. Le menton, saillant et osseux, est divisé d'une fossette peu visible, dans l'épaisseur de la chair. Le nez, enUn,est gros, droit, s'harmonisant à l'ovale de la figure. Et à la considérer, on sent qu'elle veut plaire, qu'elle éteint en elle, le feflet de sa volonté, afin de paraître