‹ La société française pendant le consulat (volume 4)Chapitre 10 sur 119 · Arnaull, Souvenirs, II, p · texte numérisé non relu

Arnaull, Souvenirs, II, p

« C'était un homme à part qu'Hoffmann. J'ai connu peu d'hommes aussi spirituel^; plus ppirilucls, aucun. Egalement remarquable par roriginalitc de ses idées et pai* roriginalité de l'expression dont il revêtait les idées d'autrui;cn disant même ce qu'il empruntait, il ne disait rien que du neuf. Hien d'aussi piquant que sa conversation, si ce n'est les articles qu'il dispersa longtemps dans différents journaux, et que, dans les dernières années de sa vie, il ne plaça que dans le Jounxcd den Débat». Je ne crois pas que, depuis Voltaire, on ait écrit rien de supérieur en critique ou en satire, car ses articles sur la littérature et sur la philosophie participent de ces deux caractères. Il unissait à l'esprit le plus délié la raison la plus solide, et à tout cela l'instruction la plus étendue. Personne n'apportait, dans la discussion, une dialectique plus serrée et plus subtile: personne, non plus, ne prétait à des arguments plus puissants des formes plus mordantes, plus incisives. L'ironie était son arme familière. Les gens qu'il en a frappés, si invulnérables qu'ils se crussent, en gardaient tous des cicatrices plus ou moins pn)fonde8.

« Oiractère indépendant, ajoute Arnault, dans l'opposition sous tous les régimes. Sa franchise était une de ses qualités dominantes. Il avait des difficultés à s'énoncer, béguyait. allait peu dans le monde, mais était toujours aimable. Tous les soirs il se rendait au foyer de lOpéra-Gomique, amassant autour de lui, sans trop y songer, un cercle d'auditeurs qu'il captivait par une conversation i)leine de lumière et de saillies, et d'où il ne sortait que pour aller retrouver ses livres, sa bonne et son chat, entre lesquels il passait la plus grande partie de ses journées. >

Hoffmann était fort recherché dans les rares salons ouverts sous le Directoire. M"" Récamier, qui ne le comptait point au nombre de ses commensaux, pria Bouilly de le lui amener, et elle consentit à lui écrire quelques lignes d'engagement, pour rendre son invitation plus amicale. Avec son esprit, Hoffmann possédait une intelligence pondérée, comme celle de ses compatriotes de la Lorraine où il était né. Le Journal des Débals devait l'enrôler bientôt parmi ses rédacteurs, et le Mercure citait souvent, avec éloges, la plupart de ses compositions. Au sujet de Stratonice, ce journal détache les deux vers suivants, qui seraient remarqués, dit-il, dans un ouvrage plus important.

La pitié d'une femme, et plus douce et plus tendre, Au cœur des malheureux sait mieux se faire entendre.

Ses quatrains et ses fables, réunis en un volume qui parut en 1802, étaient souvent loués. Voici un quatrain :

La mort est bien épouvantable.

Me disait-on. Je le sais bien.

Elle a pourtant ceci d'aimable.

Quand on est mort, on n'en sait rien.

El voici Tune de ses fables: L Œil et r Oreille.

Un jour, Tœil disait à Toreille :

Ecoutez bien ; Vous vous croyez une merveille,

Il n'en est rien.

Quand un sot parle, pour l'entendre,

Faut vous ppi^ter; Qu'un son soit aigre, dur ou tendre.

Faut l'écouter.

Je suis, soil dit sans vous déplaire,

Bien mieux construit, Et ne crains pas d'Otre en colère,

Au moincli'e bruit.

Je puis m'ouvrir à la lumière.

Pour un tendron, Et vite fermer ma paupière.

Sur un laideron, etc., etc.

j'était le temps où Picard et Alexandre Diival ient intiniement liés d'une franche amitié. En ^ant l'un dans un salon, on était certain d'y uver l'autre, et ils étaient re(;us tous les deux ! Ghantereinc. Picard jouissait de la célébrité jlui avait donnée, on 1793, son opéra comique, les ■itniidinex, dont la musique, écrite par Devienne, lit apporté à la piècn une vogue prodigieuse, mme Molière, Picard réunissait la qualité d'acr et d'auteur. Son amour intempérant pour le îltre l'avait poussé, quoique descendant d'une née bourgeoise, il cette double incarnation, et sa été facile, ses saillies pleines d'imprévu et de ihoraie, son entrain avec ses amis, faisaient de un agréable compagnon.

Uexandre Duval était moins gai. Bre tonde Rennes, 'était engagé de bonne heure dans la marine pour vre, en Amérique, l'amiral de Grasse. A son retour, Hait devenu élève ingénieur; enlin, comme son i Picard, acteur : puis, de nouveau, engagé volonre avec ses camarades de théâtre, partait pour nos ntières menacées. La politique devait le rendre febre sons le Consulat, lorsqu'il fit jouer Ërfowflrrf Kcos.se, ou la nui/ (funproscril, que les royalistes lamaient avec enthousiasme, soulignant, de leurs ivos, des allusions très claires aux princes exilés '.

Cclli" partie es! ]ilu» diA-eloppi^fl au Uvlc suivant : Théâtres.

Deux autres amis, écrivains de talent, se montraient aussi dans la société de M"** Bonaparte : Andrieux et Colin d'Harleville * ; Lebrun, ensuite, — Ecouchard-Lebrun, — qui s'appelait orgueilleusement Lebrun-Pindare, lui qui, en parlant de soi, ne craignait point de dire : mon génie, avec une profonde conviction ; Lebrun, qui cherchait partout des admirateurs et avait Tambition d'être agréé dans tous les salons déjà ouverts et de s'y faire aduler; lui, jadis l'obligé de la famille royale et qui, sous la Terreur, avait répandu contre elle tout le venin de sa méchanceté; lui, qui avait excité le peuple en délire à briser les tombes de l'abbaye de Saint- Denis et à jeter au vent les cendres de tous les sépulcres *.

Lebrun s'était faufilé dans la société de M"" Bonaparte, pressentant que, chez elle, serait un jour le

1. Même observation que note 1 do la p. 36 pour \o développement.

2. ^rVrnauIt [Souvenirs d'un êexaf/énaire, I, p. 208} a dit de lui :

■ I>ebrun ne se lassa de loner les grands que lorsqu'ils cessèrent d'avoir du sucre au bout des doigts. » Ârnault ajoute encore : « Tout le monde connaît le talent de Lebrun. Si grand qu'il soit, il l'était moins encore que son amour-propre. Ce qu'on peut prendre dans Horace pour une fiction poétique, pour un écart d'enthousiasme, n'était chez lui que le langage de la conviction qu'il avait de son propre mérite. C'était très sincèrement, très positivement, qu'il disait mon génie. Il eut juré une haine implacable à quiconque eut élevé quelque doute sur la propriété et la justesse «le celle expression. D'une avidité insatiable en fait d'éloges, il les prodiguait, poor qu'on les lui prodiguât. Mais rien n'était plus éloigné de l'accent de la sincérité que le ton qu'il prêtait à la louange fuite sur un autre. C'étaient de belles paroles chantées d'une voix fausse sur un mauvais air. Et pouvait-il en être autrement? La plupart du temps, le moment où il vouB adressait un madrigal était celui où il méditait une épigramme contre vous. Le besoin de médire en vers l'emportait chez lui sur tout autre besoin, et la renommée d'Archiloque et d'Alcée le flattait plus peut-être que celle de Plndare, qu'il ne dédaignait pas, comme on sait. Tout était pour lui matière à sarcasmes, les difformités physiques, comme les défectuosités morales. l\ ne les épargnait pas plus dans ses amis que dans ses ennemis, dans telle personne qui l'admirait outre mesure, que dans telle autre qui, à l'exemple de Désorgues, s'admirait plus que lui. Envieux à n'en pas dormir, il ne faisait grâce à aucune célébrité. Tout éloge donné à un autre semblait pris sur ceux qu'on lui devait. Que de mauvc^ises nuits. Pelille lui a fait passer! »

centre des faveurs. Il y était admis parce qu'il craint et célèbre. Et puis, il avait toujours en p des vers à lire' et, comme ses admirateurs et plus nombreux qne ses détracteurs, la maîtres maison l'avait accueilli avec son am<^nité habiti Il était jaloux de ceux donton parlaitplusqiiedi de Delille plus que des autres poètes, parce que le monde goûtait Ib charme des vers du chantre nature. On ne peut nier, cependant, que sont Voltaire, pour l'apitoyer sur le sort d'une p nièce de Corneille-, son ode sublime conlr ennemis de Buffon ^, son ode au vaisseau le Vent

I. Arnaull ISouremnd-atiÈexagfaaire). Pour lire «eiTers.il STailK ton mnnUMrit en poche, el Delille dînait : < Lebrun croit qu*i[ eo vers comme des olives; et qu'lli Bont meilleun. quand Ils onlAlépoc

A il. dt Vollairr pour «»• CoriuiUe.

li'il eliU un Diorlel, qui, du nom if Volliin. PorUl cb«i nos atreai l'honneur bêrtdiltire.

Et "psnilâiil, lun ymi dt u patrie eolién,

\'oit coular riuii l'oulili ton destin >I ks pleurs ; El d*un sslre julooi l'iulleiible «ogssnc*.

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