‹ La société française pendant le consulat (volume 4)Chapitre 43 sur 119 · Duc de Lauraguais · texte numérisé non relu

Duc de Lauraguais

années orageuses de la Révolution, en se disant jacobin. Auteur de brochures que personne ne lisait, original discuté et peu considéré, il recherchait la renommée et la captait, en mal toutefois, et en s'attirant des coups de férule de la part des journaux. L'un de ses livres souleva tant de scandale que le Mercure ne manqua point d'accentuer ses attaques jusqu'au mépris. On lui rappelait qu'en fructidor, lorsque La Harpe était proscrit, il n'avait pas eu honte d'outrager le grand écrivain dans une brochure, et au moment présent, en l'an X, malgré son vieil âge, de montrçr son impudeur et son inconscience, en divulguant les secrets de sa famille. « Partisan de l'égalité qui descend, c'est sans nulle intention qu'il parle au public de M"' la duchesse d'Aremberg, sa fille, de M. de Brancas, son neveu, du comte de Middelbourg, son beau-père, et de M™* la duchesse de Brancas, sa grand'mère. Quoiqu'il avoue avoir été du nombre des Jacobins dont le Directoire fit défendre l'assemblée, encore est-il bon que l'univers sache que le sieur Lauraguais n était pas un jacobin comme un autre, puisque, pour le devenir, il avait plus à oublier que personne, sauf le duc d'Orléans, cependant. » Une autre fois, ce furent les Débats qui lui cherchèrent noise, au sujet d'une lettre à M"* ***... Ramas de bavardages, dit le journal, au milieu desquels apparaît <c un fragment sur Louis XV et M"" de Chàteauroux » ; et, pour dénoncer le style étrange de l'auteur, le journal cite quelques' lignes de l'avertissement. « Faire une préface! mais mon ouvrage a-t-il une face ! Passe pour le Génie du Christianisme! Quand un génie a, comme ce génie, une surface de cinq volumes, gloire à sa face; hideuse ou non, maigre ou bouflie, c'est une face. Mais une brochure

qui n'a dans le ventre que trois cents pages environ, n a pas de face; donc point de préface ^ »

Mercier*^, — Sébastien Mercier, — était un autre original, sexagénaire connu, et même célèbre par ses nombreux volumes, sur le Tableau de Paris, àt la fin du siècle. Il ne voyait et ne faisait rien comme tout le monde, et il égayait les assemblées littéraires par ses paradoxes, prétendant et voulant démontrer que la terre était immobile et que le soleil faisait son évolution autour d'elle; qualifiant Racine de vulgaire poète ; le rossignol, de chanteur détestable. Sorte « d'intellectuel » de cette époque, il ne vantait que les ouvrages allemands. Il s extasiait sur la tragédie de Schiller, Jeanne d'Arc, qu'il appelait « une grande composition d'un génie libre ». Le Mercure le raille à ce sujet, se moque do son esthétique, de son admiration pour cette tragédie « bizarrement construite, et dont l'ordonnance est contraire à toutes les règles de l'art ». Il finit par lui dire tout bonnement : si vous trouvez Schiller un grand écrivain, c'est que, vous-même, en Allemagne, vous vous êtes fait passer pour un esprit supérieur. Donnant, donnant. Les satiriques construisirent l'anagramme de son nom : Reicrem, et un versificateur fabriqua ce distique :

Reicrem ! Quel est Reicrem? C'est Mercier à Tenvers; Et c'est, comme à Tendroit, un esprit de travers !

Il eut un mérite, cependant, d'avoir voulu enri-

1. Le duc de Lauragiiai:;, dit M"» d'Abrantés {Mhnoires, t. Il, p. loîï). " se mettait, à soixante ans, comme le* jeunes {»ens d»» vingt-cinq ans, et trouvait charmant de parler en ze za, ce qui, en vérité, lui donnait une teinte de ridicule bien prononcée. »

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