Naigeon
insinuant que la réfection de l'ouvrage n'avait d'autre objet que ces attaques malveillantes contre ceux qu'il avait jadis couverts de compliments. Et pour quelle raison? Rancune de vieillard inexplicable!
Avec Geoffroi, sa polémique eut lieu en l'an X, et elle avait été très violente, car l'un et l'autre s'accusaient d'avoir un caractère vénal et de ne décerner l'éloge, ou le blâme, qu'en recevant le prix de leurs articles. — La querelle entre Naigeon et lui s'amorça sur une lettre anonyme reçue par Palissot. Le vieil académicien accusait Naigeon de Tavoir écrite; Naigeon de riposter par des invectives outrageantes contre Palissot, que te Ptibliciste inséra. La presse fut prise d'un fou rire à cette dispute un peu ridicule, et V Observateur^ de brumaire an XI (30 novembre 1803) faisait cette réflexion « narquoise », que le plus jeune des deux hommes avait plus de soixante ans et que tous les deux avaient une renommée littéraire. A Naigeon, enfin, le Mercnre de l'an XI reprochait, en termes sévères, la falsification apportée au texte de Montaigne, dans une édition nouvellement mise en vente, et il qualifiait cet acte « de bassesse de cœur et d'esprit». Ensuite, rappelant l'exemple donné jadis par Condorcet, pour une édition des Pensées de Pascal, également falsifiée par le philosophe-marquis, le journal donnait libre coursa son indignation. « Lorsque M. Gondorcet, par exemple, dans son édition des Pensées de Pascal, se permit de retrancher toute la partie dogmatique, qui renfermait les opinions de ce prince de la vraie philosophie, pour n'y laisser que le vernis du scepticisme, dans des objections présentées avec autant de force que de sincérité, n'était-ce pas manquer, tout h la fois, de poli-
tique et de pudeur? Et lorsque les philosophes, tout fiers de ce chef-d œuvre de leur industrie, triomphaient à dire que les arguments de Pascal ne les embarrassaient pas, quelle forfanterie et quelle contradiction pitoyajbles! qu'il était aisé de les confondre d'un mot* »! Riposte bien méritée!
Il était un autre vieillard, de Tâge de Palissot, c*est-à-dire septuagénaire sous le Consulat, le duc de Lauraguais-, qui avait traversé indemne les
1. Ce fut à propoil de radiiiit^î^ion de M"* Bourfeoin au sociétariat do la Comédii^Française que Palissot prit à partie GcofTi'oi. Celui-ci répliqua llfébatM, 7 pluviôse an X, 7 janvier 1802);
• Qui t>les-vous, citoyen Palissot? Nètes-vous pas ce lâche écrivain, qui, après être entré dans la littérature, sous la bannière de Fréron, après avoir été ;^on prôneur, son ami ou plutôt son parasite, vous êtes levé de sa tible pour rall«>r déchirer dans les libelles? N'ôles-vouK plus ce misérable satirique, qui, après avoir attenté à l'honneur, n'avez évité le châtiment exemplaire que vous ix'servait le roi de Pologne que par l'intercession de l'honnête huinme (|ue vous aviez difTamé? Avez-vous donc oublié, citoyen Palissot, Totre triste Journal français, dont chaque pa^e démentait le titre et qui, malgré l'abri de votn» grand nom, n'a pu vivre au-delà d'une année? Vous avez attaqué les philosophes, vous avez eu l'esprit de faire marcher le citoyen de Genève à quatre ])attes; c'est la seule de vos comédies dont le public ait supporté la froideur, en faveur de la méchanceté; mais par la plus o<lieu^e des inconséquences, vous vt)us êtes prosterné devant le chef et le plus dangereux des philosophes, devant 1<' plus redoutable ennemi de la religion et des mœurs, ba.Hsess(» en pure jierte pour vous, car Voltaire dégfirtté de vos flngorneries, ne vous a jamais pardonné d'avoir battu sa livrée. Ainsi, en attaquant les philosophes, vous n'avez consulté que l'inte'*nH de votre orgueil et non celui de la i»alrie.
• Mais faut-il s'étonner que v(ms vous soyez mis auxgenou.x de Voltaire? N'avez-vous pas adoré Chaumette et le père Duchesm»? N'avez-vous pas abjuré, aux pieds de ces grands honunes, vos sarcasmes irréligieux contre la philosophie .* N'avez-vous pas établi, pour votre apologie, une distinction lK»s subtile entre la philosophie de l'Académie française, qui vous paraissait fausse, et la philosophie de la Comnmne de Paris (|ui, selon vous, était la véritable? Aussi, après avoir traduit sur la scène, comme autant d'imposteurs et de scélérats, des écrivains et des gens de lettres, vous avez publiquement h<moré comme de vrais sages, non seulement des imposteurs et de^ scélérats, mai« des assassins, mais des bourreaux. Hébert et Chaumette vous ont jugé digne de leur clémence, et ce qui est pis encore, de leurs éloges; ils \ous ont pardonné vos injures contre les philosophes en faveur de l'hommage que vous rendiez aux tyrans. Je ne vous demanderai j>c»inl, citoyen Palissot, combien vous avez reçu d'argent pour ces flatteries patriotiques, mais je vous dirai qu'il n'y a point, dans la caisse à trois clefs, a<sez d'assignats, pour payer cet excès d'opprobre dont von-* avez flétri vos cheveux blancs. >.