‹ La société française pendant le consulat (volume 4)Chapitre 7 sur 119 · avail Ole aidé de · texte numérisé non relu

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Le chevalier Auguste de Piis, le joyeux convive des soupers de Momtis, se montrait également rue Chantereine, suivi de ses collaborateurs, Barré, Radet et Desfontaines, avec lesquels il tâcha de restaurer le vaudeville. Seul, il produisit des chansons patriotiques, bien accueillies de la jeunesse contemporaine.

Deschamps était aussi un ami de Joséphine et Tauteur des paroles de l'opéra des Bardes» 11 fut nommé, dans la suite, secrétaire des commandements de Timpératrice. Desprès, un autre familier de ce salon, non moins sympathique et plus âgé, était connu par ses succès d'école, son ode latine sur les Houles de neige. Attaché au baron de Bezenval, sous la monarchie, il avait rédigé aux premiers temps de la Révolution, avec le vicomte de Ségur et le général Arthur Dillon, la feuille royaliste, le Point du jour, ce qui le fit emprisonner à Saint- Lazare, où il partagea la cellule d*André Ghénier. 11 en sortit par le subterfuge d'un de ses amis, qui le fit réquisitionner, comme agronome, pour aller, dans les départements, propager la fabrication de V huile de faine. Et pourtant il n'en connaissait ni la plante, ni le fruit. Homme d'esprit, il sut

tontes les qualités, à lui donner cette bonté inaltérable, qui commande rintérèt et l'amitié. Au premier acte de la pièce 6e troure la chanson de Fanchon :

Aux montagnes de la Savoie,

Je naquis dp pauvrcB parents.

Voilà qu'à Paris on m'envoie.

Car nous étions beaucoup d'enfants.

Je n'apportais, hélas! en Fran(*e, Que mes ehansons, quinze ans, ma vielle, et l'espérance I

Quinze ans, et sans rcKHOurcc aucune, Que Ton éveille de soupçons !

Cependant, J'ai fait ma fortune.

Et n'ai donné que mes chansons.

Fillette sage, apporte en France, Tes chansons, tes quinze ans, ta vielle et respérance !

triompher des premières difficultés de sa mission de vulgarisateur. L'alternative était trop grave. Un échec Teût voué à Téchafaud.

Désaugiers, quoique très jeune, puisqu'il n'avait pas vingt-cinq ans, était le boute-en-train de cette société par ses chansons bachiques et grivoises. On aimait en lui son caractère franc, ses reparties spirituelles, sa physionomie toujours souriante. Il annonçait alors une bluette à peine terminée, un acte en vers, le Testament de Carlin^ s'efforçanl ainsi d'oublier les mauvais jours passés à Saint-Domingue où il avait accompagné sa sœur. Les noirs, lorsqu'ils dominèrent dans Tile après leur révolte, l'avaient emprisonné; mais il avait réussi à s'enfuir et à se réfugier à New- York, oii il avait vécu de leçons de piano. En 1797, il rentra en France au milieu de ses amis, et il se révéla, tout de suite, l'intarissable chansonnier, idole des joyeux vivants. On ne peut oublier M, Vautour, M. Pinson, M, Dumolard, Cadet-Roussel , Jocrisse, M, et 3/™" Denis^ et tant d'autres petits chefs-d'œuvre où il n'eut point de rivaux*. Ses comédies, parsemées d'ariettes, pétillaient d'une verve inimitable, et Tépitaphe qu'il laissa pour son tombeau n'est pas la moins curieuse de ses grivoiseries.

Gy gît, hélas! sous cette pierre, Un bon vivant mort de la pierre.

Passant, que tu sois Paul ou Pierre Ne va pas lui jeter la pierre^!

1. Désaugiers, a dit un de se» contemporains, élail la chanson personnifiée comme Ia Fontaine était le fnblier. En 1802, il donne l'Entresol, un acte ; en 1803, le Mari intrifjuf'; en 1804, C'est ma femme.

2. Il serait vraiment impardonnable de ne pas citer de lui ce motif phiioàophitiue, sur Jean qui pleure et Jean qui rit.

II esl doux Jeun dans ce bas monde, DiGTcrt'uts d'humeur el de goût ;

Joséphine, qui ne négligeait aucune occasion de s'attacher les hommes distingués qu'elle rencontrait dans le monde, avait su faire du jeune Lemercier un de ses fervents admirateurs. Le poète aimait la bonne compagnie, disparue avec la monarchie, et dès qu un salon où se réunissaient de jolies femmes, des hommes de lettres et quelques aristocrates de l'ancien régime lui était ouvert, il s'y rendait avec empressement. Son père avait été le secrétaire du duc de Penthièvre, et lui, né à Versailles, avait eu pour marraine la princesse de Lamballe. Grâce à ces circonstances heureuses, la reine avait remarqué les précoces dispositions du jeune homme pour la poésie. Le théâtre français, cédant à cette haute protection, avait agréé Méléagre^ la première pièce du favori de la cour, quoiqu'il eût à peine seize ans. Sébastien Mercier, Tauteur des Tableaux de Paris, en fut jaloux, et il écrivit

L'un toujours pleure, fronde, gronde, L'autre rit partout, et de tout.

Or, mes amis, en moins d'une heure, Pour peu que l'on ait de Teeprit, On conçoit bien que Jean qui pleure N'est pas si gti que Jean qui rit.

Jean-Jacques gronde et se démène Contre les hommes et leurs mœurs ; La g^aité de Jean Lafontaine Epure et pénètre les cœurs.

L'un arec ses grands mots nous leurre ; De l'autre un rat nous convertit ; Nargue, morbleu ! du Jean qui pleure ; Vive à jamais le Jean qui rit.

Auprès d'un vieux millionnaire Qui va dicter son testament, Le Jean qui rit est çn arriére, Le Jean qui pleure est en avant, Jusqu'à ce que le vieillard meure, Il reste au chevet de son lit.

Est-il mort ? adieu Jean qui pleure.

On ne voit plut que Jean qui rit.

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