‹ La société française pendant le consulat (volume 4)Chapitre 76 sur 119 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Sommaire. — Fin du Consulat. — Mécontentement du public pour l'absence, trop prolongée en province, de ses acteurs préférés. — A rOpéra, débuts du jeune danseur Dupont ; ses succès, sa modestie. — Pièce nouvelle d'Ale-x. Duval, Guillaume le Conquérant. — Plusieurs pièces nouvelles au Théâtre Picard. — Picard reprend le Déserleut\ de Sébastien Mercier. — Blâme de Geoffroy sur cette reprise. — Eloge de Dancourt que Ton oublie. — Toutes les pièces contre les « Parvenus », et elles sont nombreuseSf obtiennent grand succès. — Couplets de facture ; celui de Francis Delarde. — Nomenclature des journaux faisant de la critique théâtrale.

La fin du Consulat approchait. Le luxe étalé dans le monde, les livrées magnifiques des valets, le cérémonial des fêtes, les toilettes prestigieuses des femmes, les costumes officiels des hommes, de plus en plus chamarrés de broderies et d'or, toute cette pompe, tout cet éclat, annonçaient un changement de régime politique, et les théâtres s'en ressentaient. On recherchait, aux spectacles, la beauté des décors, la splendeur des féeries. Les danses magnifiques se développaient en des cadres merveilleux, et la simplicité républicaine disparaissait partout. Aussi bien, les vieux théâtres, livrés à la routine et aux cabales, perdaient de leur influence, et leur prospérité s'évanouissait avec les ans. Leur répertoire défraîchi n'attirait plus les spectateurs; leur troupe se renouvelait lentement »

les comédiens en vedette, cramponnés à leur situation, résistaient aux jeunes acteurs désireux de se montrer; et, cependant, par anomalie singulière, tous ces anciens, si exclusifs, n'hésitaient pas à quitter Paris, afin d'aller, de ville en ville, se faire payer très cher quelques représentations.

Alors, sur les boulevards, où la foule se montrait ardente, exigonte, folle de plaisirs, de nouveaux théâtres étaient créés, pour répondre aux besoins, toujours plus impérieux, des gens qui s'amusaient. Sans doute, ces théâtres n'avaient ni auteurs attitrés, ni acteurs de mérite, mais ils avaient des spectateurs, et ceux-ci, en leur donnant l'argent, leur procuraient le moyen de payer des auteurs et des comédiens de talent.

Les auteurs commençaient, au surplus, à répondre k leurs sollicitations. En ces salles toujours garnies, ils remportaient facilement un succès, qui leur échappait dans les vieux théâtres, ancrés à leurs traditions. Il n'y fallait que quelques laz/i grivois. Or, composer une pièce très vite, la voir jouer quelques semaines après, en être payé en beaux écus sonnants, ces facilités et ces résultais leur souriaient et les retenaient. Les hommes de plume avaient adopté le pli universel. Ils aimaient l'argent. Fontenelle et Voltaire* leur servaient de modèle. Vains de leur supériorité intellectuelle, ils aspiraient h la vie de l'aristocratie, et leurs œuvres devaient leur en fournir les moyens. Produire beaucoup était leur devise, et ils s'associaient plusieurs ensemble, se distribuant le travail, l'un dressant la charpente de la pièce, l'autre écrivant le dialogue, et celui-ci rimant les couplets. La gloire leur

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