Fontenelle, 1657-1757. — Voltaire, 1C
était moins chère queiafortune ; et là où ils étaient le mieux payés, ils revenaient toujours contents*.
On recevait donc quelques bonnes pièces, dans les théâtres de second ordre, tandis que les échecs se suivaient à l'Opéra et au Théâtre-Français. Et parmi ceux auxquels la vogue était échue, le théâtre de la Porte-Saint-Martin, sous la direction de Dumaniant, faisait parler beaucoup de lui. On y jouait des drames très courus, comme les Charbonniers de la Forêt ; on y jouait les Français à Alger ^ dont Alexandre Piccini avait composé la musique, pièce k ariettes que chantait une jolie personne, à la voix fraîche et sonore, — M"** Rosine, comédienne distinguée et très remarquée sur ce théâtre, appelé déjà V Opéra des Boulevards.
Une autre salle était aussi très fréquentée, celle de la Société Olf/mpi(/iie, où venaient se présenter au public parisien les comédiens de province, qui ambitionnaient une destinée plus brillante. Jadis, les grands théâtres, en pénurie d'acteurs, envoyaient en province des commissaires qui recrutaient pour eux les jeunes artistes donnant des espérances. Mais, depuis que les chefs d'emploi des grands théâtres repoussaient obstinément une adjonction de doublures, depuis que les douairières éloignaient d'elles les belles suivantes dont elles redoutaient Teffet de la beauté, — les commissaires supprimés, — les inconnus de province, en représentation à Paris,
i. Dana un feuilleton des Débais de ventôse an XII, Geoffroy écrivait: « Depuis longtemps, Apollon «est réconcilié avec Plulus. La littérature a donné la main à la finance. Nos sages ont compris que ce n'était pus la peine d'avoir de l'esprit, si l'on n'avait celui de faire sa fortune. Conieille, La Fontaine et plusieurs autres f;ens de lettres distingués, dans le siècle de Louis XIV, furent assez sots pour vivre et mourir dans liiuligence. Nos lumières, à cet égard, l'emportent de beaucoup sur celles du sii'cle de Iaiuïs XIV. Nous sommes plus Grecs que les Grecs eux-mêmes, qu'Horace nous représente assez simples pour préférer la gloire à l'argent. »
37i LA SOCIÉTÉ FRANÇAISE PENDANT LE CONSOLAT
tâchaient de maintenir l'attention sur eux, de se créer des partisans et d'obtenir ainsi, et presque de force, un engagement à une scène importante. S'ils faisaient preuve de talent, le public leur était sympathique, froissé par les absences prolongées de ses idoles, Mole, Talma, Ellcviou, M"*' Contât, xM"' Vanhove, que Ton voyait à Paris seulement aux mois d'hiver. Dès que les frimas avaient disparu, tous couraient en poste sur les routes de province, se dirigeant vers Bordeaux, vers Toulouse, vers Lyon, ou les attendaient les bravos d'une foule idolâtre. Il fallait, d'ailleurs, accuser Bonaparte de ce manque d'égards envers Paris. Le Premier Consul, dans les occasions solennelles, à Lyon, pour la réunion de la Consulte italienne, en Belgique, lors de ses visites aux provinces nouvellement conquises, se faisait suivre des grands acteurs tragiques que la foule couvrait de couronnes. Et ces succès faciles avaient éveillé, en eux, un besoin d'applaudissements enthousiastes, beaucoup trop rares à Paris, souvent remplacés par une critique dans les feuilletons. Au loin, c'était la louange, et ils s'empressaient de l'aller cueillir.
Cet an XII de la République, pendant lequel devait commencer l'ère impériale, ne mit en relief, à rOpéra, que des compositions peu méritoires, une petite œuvre de Chérubini, en deux actes, Anacréon chez Poli/ craie elle Connétable de Clisson, de Porta, dont toute la trame était dirigée contre les Anglais. L'intérêt qu'offrait alors ce théâtre, venait d'un nouveau danseur, le jeune Dupont, qui avait brillamment débuté, quelques mois auparavant. Lesjournaux en parlèrent comme d'un prodige, comme d'un nouveau Zéphire, aussi souple, aussi
LES SPECTACLES DE LAN Xll 375
léger que tous les Vestris; menace contre leur royauté. Ainsi que Gardel, exécutant et compositeur, Dupont possédait un grand fonds de modestie, n affectant point d'attitude extraordinaire ou bizarre, poursuivant, avec goût et avec aisance, le décorum de l'art ; c'est le mot de Geoffroy, qui ajoute : « Un danseur modeste, à Theure présente, n est pas moins rare qu'un excellent danseur. » Gardel, piqué par ces débuts retentissants, produisit, cette année-là, plusieurs ballets : Une demi-heure de caprice^ un acte; Alexandre chez Apelle^ deux actes, et le Pavillon du Calife ^en deux actes également.
Il en fut, à rOpéra-Comique, comme k TOpéra. Aucune œuvre nouvelle n y fit sensation. On y remarqua pourtant une bluette de M. Etienne, ornée de la musique de Dalayrac, Une heure de mariage et la Jeune Prude ou les Femmes entre elles ^ de Dupaty et de Dalayrac également, l/originalilé de cette dernière œuvre consistait dans Texclusion des hommes parmi les personnages, huit femmes conjurées contre une prude. Qu'arriva-t-il? Les femmes s'abstinrent d'assister au spectacle où il n'y avait point d'hommes sur la scène, et les hommes, prévoyant le manque de femmes dans la salle, n'y vinrent pas non plus. Quant aux pièces anciennes, c'était encore et toujours les mêmes chanteurs qui y figuraient, éparpillant leurs roulades et leurs fioritures sur les œuvres des compositeurs. Cette habitude déplorable, imitée dans les autres théâtres de chant, empêcha, cette année-là, Texécution parfaite du Stabat de Pergolèse, durant la Semaine Sainte. Le feuilletoniste des Débats déplore tant de licence. « Non, dit-il aux chanteurs, vos u gargouillades » ne sont point des difficultés surmontées. Elles vous tiennent lieu de talent, tout au plus, et marquent Tabsence
de rame dans l'interprétation des chefs-d'œuvre de la musique. Pour « gazouiller », il n'est pas nécessaire de sentir. »
Au Théâtre-Français, on représenta quelques pièces nouvelles, et toutes échouèrent : Polyxène, de M. Aignan, tragédie en cinq actes, très vide, disent les critiques, bâtie avec la moitié d'une tragédie grecque, lorsqu'il en faut trois, au moins, pour remplir l'action d'une tragédie française; d'Alexandre Duval, Guillaume le Conquérant^ en cinq actes et enprose, et quoique très irrégulière, la pièce attira les spectateurs à cause de son titre, au moment où Bonaparte songeait à envahir l'Angleterre. Une tragédie de Carion de Nisas, Pierre le Grande souleva une tempête de sifflets, qui interrompit la pièce avant la fin. Le parterre s'ameuta aux cris de Carillon! Carillon! par allusion au nom de l'auteur. Quelques mois auparavant, Lonchamp avait donné la Fausse flon/e, comédie en cinq actes et en vers, outrageusement accueillie aussi, pour ses idées incohérentes et son dialogue, semé de facéties triviales. Les Débats en citent quelques-unes, pleines de mauvais goût. « Ce sont des Anglais qui boiraient la mer et les poissons » ; « c'est un homme à deux fins » ; c'est un maître qui a dit k son valet : « Tu es toujours mal habillé ; tes souliers sont mal faits. » C'est une femme qui dit à son mari :
Et je le reprendrais, s'il était à reprendre!
Certaines vieilles pièces, au contraire, remises à la scène, furent très goûtées, telle la tragédie de ManliuSy de Lafosse, écrite avec une noble simplicité et une sévérité mâle; telle encore Caliste ou la Belle Pénitente y de Colardeau, jouée autrefois, mal-
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gré ropposilion de Crébilion, censeur du théâtre, et sur les instances de Taclrice Gaussin, très protégée par les gentilshommes de la Chambre. Pourtant ni jeune, ni jolie, Gaussin, mais puissante par ses cabales. Pour son refus, Grébillon s'appuyait sur un esprit d'adultère, triomphant dans la pièce, qui le révoltait, disait-il ; sur un mélange de doctrines païennes et chrétiennes, qui rappelaient le jansénisme, enfin sur une imitation trop précise du théâtre anglais, ce qui offusquait son goût de littérateur français. Geoffroy va plus loin. Il s'indigne contre ces pastisches du théâtre anglais, qui ont rendu possibles, surlascène française, toutes les horreurs dont elle fut souillée plus tard. Et quand on a, chez soi. Corneille, Racine, Molière, est-il séant, ajoute-t-il, « d'aller gueuser chez les étrangers? »
M"" Contât ne revint de province qu'en ventôse, c'est-à-dire en mars ; et pour sa rentrée au théâtre on reprit le Philosophe marié et les Fausses Confidences. Les Débats pestent contre cette désinvolture de Téminente actrice. Partir quand la fantaisie lui en vient, rentrer quand le retour lui plaît, manquer à son devoir et aux habitués du théâtre, la plus grande partie de l'année, ce sans-gêne, dit le journal, est vraiment intolérable. La salle du théâtre deviendra bientôt, pour les comédiens, une sorte d'hôtellerie où ils se reposeront des fatigues de leur voyage et reprendront ensuite leur liberté. Il accuse enfin M"® Contât de reparaître, sans cesse, à chacune de ses rentrées, dans les mêmes pièces, le Philosophe marié et les Fausses Confidences, parce qu'elle y est entourée des acteurs chéris du public, ce qui lui fait une sorte de cour et d'hommages. Seulement, ajoutent les Débats^ avec une intention de forte
malice, le rôle de Célianle, qu'elle joue ddiiis le Philosophe mariée s'il est convenable à son talent, ne Test plus à son extérieur. Chez elle,râge a empalé les formes sveltes de la jeunesse, et l'enfantillage et la pétulance extrava<:fanto du rôle dégénèrent alors en « caricature ». Le mot devait être cruel à M"" Contât, qui tenait à sa réputation d'élégance. Dans les Fausses Confidences^ le journal n'est pas moins sévère, et Tattaque vivement. « Elle ne joue bien que les coquettes, dit-il; mais « Araminte » qu'elle représente doit montrer de la sensibilité, et le caractère de M"* Contât ne s'allie point du tout ni au sentiment, ni au pathétique, ni aux larmes. »
Que de griffes, sous le velours !
Picard, à son théâtre, donnait un bel exemple. Cette année-là, chez lui, les pièces nouvelles furent nombreuses ; les reprises dignes d'attention.
On s'occupait alors, à Paris, delà « femme invisible » d'une maison suspecte. Picard produisit sur la scène de son théâtre, la Dame invisible^ puis la Somnambule, A Chazet, il prit la Petite Guerre, Il joua ensuite les Rendez-vous an Bois de Vincennes, pièce intéressante, quoique dépourvue de conduite et de sens; Marton et Fronfin ou r Assaut des Valets; les Questionneurs . d'un M. Latreille, babillards amoureux de paroles et cependant n'ayant rien à dire ; les Trois Jumeaux Vénitiens, suite d'aventures comiques, arrivées à ces étrangers dans un voyage à Paris, oîi leur ressemblance justifiait tous les quiproquos. De Picard, enfin, le théâtre donna Monsieur Musard, bluette comique en un acte, sorte de canevas oii se plaçaient quelques scènes désopilantes. Andrieux lui apportîi un petit acte, le Trésor^ dont les vers spirituels se clas-
salent agréablement dans l'esprit. Cette comédie ne devait point se soutenir cependant, dépourvue d'intrigue, avec des scènes mal venues. C'est ainsi que la jugent les critiques. Ce n'était pas le talent qui manquait à Andrieux, mais les qualités nécessaires à un auteur dramatique. J^dis, les Etourdis QL\aieni fait augurer du porte une (puvre forte, pour l'avenir. L'esprit et le haut comique y abondaient. Mais les destins de la vie détournèrent l'auteur de cette voie qui aurait pu être glorieuse, et ce fut une perte pour le théâtre. Le Trésor, toutefois, se distinguait par une conception originale et n'avait rien de commun, ni avec le Trésor supposé, de Gueulette, joué aux Italiens, en 1720, ni avec /e Trésor caché, de Destouches, joué au même théàlre, en 1745. On s'attachait au personnage d'Andrieux qui espérait, mais vainement, posséder un jour un trésor.
Colin eut aussi l'honneur d'une première représentation au théâtre de Picard. // veut tout faire, était le titre de sa. pièce habilement conduite. « Ce n'est toujours qu'une babiole », disait Geoffroy, et l'on attendait une œuvre plus importante de celui qui avait écrit le Vieux Célibataire et rinconstant. On voyait, là, un étourdi, un certain « Polymathe » qui se chargeait de toutes les affaires et par son esprit brouillon les gâtait et les rendait inutiles ; peinture d'un défaut et non d'un caractère. Les pièces de cette nature, observait le critique, doivent être renforcées par des scènes épisodiques d'un comique intense, tels les Fâcheux de Molière, tel le Mercure galant de Boursault et les Originaux de Fagan ; ce qui manquait à la pièce de Colin.
Les reprises, au théâtre de Picard, furent pareillement intéressantes. On y joua la Mère Coquette, de Quinault; les Manirs du temps, de Saurin, écri-
vain correct, mais ne sachant point exciter l'attention par une intrigue serrée et nourrie d'imprévu. Quant aux mœurs, dont Saurin fait la peinture, elles ne sont pas de celles qu'il faille donner en exemple. « On épouse une femme, — dit le Marquis, personnage de la pièce, — on vit avec une autre, et Ton n'aime que soi. » C'était là, remarquait le feuilletoniste, l'élixir de la sagesse, que les philosophes recommandaient, jadis, à la bonne compagnie oii ils étaient reçus ; et cette morale, facile et agréable, devait trouver beaucoup d'admirateurs et faire grande fortune. Elle ne la fit que trop.
Picard reprit aussi le Déserteur, de Sébastien Mercier, consacré par la vogue. Ce qui fait bondir d'indignation et de colère le bouillant Geoffroy, criant très fort en son feuilleton que l'on revenait « aux temps barbares », où, pour réussir, il ne fallait que des ébauches grossières, des péripéties romanesques, toute une lamentable composition convergeant à des situations poignantes, d'où jaillissait une source de larmes. Mais, en cette annéelà, il était de mode de s'intéresser aux drames les plus noirs, et c'est pourquoi la foule courait au Déserteur,
Le Théâtre-Français laissait dans Toubli les œuvres de Dancourt, parce que les acteurs célèbres ne trouvaient, en ses comédies, ni périodes à prétention, ni maximes philosophiques, ni motifs de sensibilité, rien, enfin, de ce qui soulevait les applaudissements. Picard recueillit cette épave du noble théâtre. 11 joua la Parisienne, Et à cette occasion, Geoffroy s'étend sur les éminentes qualités de l'auteur. « Dancourt, dit-il, est plein d'esprit, d'enjouement, de saillies vives et originales.
LES SPECTACLES DE l'aN XII 381
Il excelle dans le dialogue. Il peint les mœurs. Mais son pinceau est souvent trop fidèle. Notre délicatesse s'effarouche de la vérité. Nous sommes devenus si scrupuleux, si réservés, si sévères sur le langage, — on était alors en 1804, — que nous aimons beaucoup mieux, sur la scène, des filles qui font des enfants, que des valets qui font des plaisanteries un peu libres. Très indulgents sur la conduite, nous sommes inexorables sur les discours. Le vice en action et la vertu en parole : c'est la morale du théâtre moderne. »
En tous les petits théâtres, on était certain d'attirer les spectateurs, avec une pièce contenant une satire contre les « parvenus ». Le public ne se lassait point des censures les plus vives, contre les « nouveaux riches ». Il y eut, à ce moment, toute une série de dames Angot, depuis celle de Maillot, la Poissarde parvenue^ ^ tout un répertoire appliqué à cette nouvelle société, tels que les Valets maîtres et les Modernes enrichis et le Nouveau propriétaire. On provoquait les rires de la foule, en attribuant à ces personnages grotesques un langage niais ou grossier, et en mettant en évidence leur ignorance des usages du monde. Ces gens-là étaient toujours bafoués, et Ton chantait à un domestique enrichi :
Tu n'es pas le premier valet
Qui ne connaisse plus son maître.
1. « Jo ne conçois pas, disait-on, dans les Vérités à l'ordre du jour, ce qui a pu donner autant de vogue à cette misérable farce, à moins que ce soit la manière originale et piquante avec laquelle Corsse joue le rAle principal et qui fera le désespoir de ceux qui tenteront de le jouer après lui. Cette pièce est dénuée du sens le plus commun. Elle n'a ni conduite, ni plan, ni style, ni intérêt, et cependant elle est arrivée à sa cent cinquantième représentation et a rapporté, à elle seule, plus que tous les chefs-d'œuvre de Corneille, de Racine, de Voltaire. »
C'était encore ce couplet :
C'iy là qu'on traîne
Si vite, dans un phaëton,
Queuq' beau matin, changeant de ton,
Pourra remonter derrière,
Comme faisait son père.
Sur la scène, ils ne devaient savoir, ni lire, ni écrire, et gauches et balourds, offrir une contenance ridicule. Et Ton chantait encore:
Si leur ignorance en tout
Tend à faire baisser les livres,
Ce sont eux, prouvant leur bon goût,
Qui font hausser les vivres.
Dans Christophe Morin^ une pièce qui eut de la vogue, une femme de chambre, devenue maîtresse de maison, demandait à son nouveau mari en quelle robe elle devait s'habiller.
Mettrai- je ma robe de basin Ou ma grande sultane?
Aimez-vous mieux celle de satin Que celle de tarlatane?
Passerai-je ma robe lilas, Ou mettrai -je ma robe brune?
Et Christophe Morin, tout bas :
Tu n'avais pas ces embarras.
Quand lu n'en avais qu'une!
Ce fut le temps, enfin, du couplet de facture, sans lequel on n'eût point voulu présenter un vaudeville au public. On y attachait une grande importance, et Ton applaudissait à celui dont le rythme dénoD-
çait de grandes difficultés. On citait, en exemple, celui de Francis Dclarde :
J'allais Au palais; Dans ma course
J'offrais, Je montrais Mes bons et mes
Billets.
Jamais, Je promets Qu'à la Bourse, On n'a fait
Eifet Plus parfait.
J'y cours,
Et du cours
Je m'informe.
Je l'apprends;
Je prends,
Pour la forme,
L'avis d'agents
Intelligents.
L'un me dit : (îardez :
L'autre : Vendez.
J'offre à l'écart.
Vos bons, un quart;
Et mon premier A de l'honneur.
En un instant J'ai du comptant De tout côto,
Accepté,
Arrêté, Vers le rentier, Plus d'un courtier.
S'empresse.
Je suis foulé,
Harcelé,
Et volé.
Mais, par malheur,
Plus d'un voleur
Me presse.
Le receleur Gagne la porte.
Et, crac Il emporte
Mon sac.
Le frippon S'échappe.
Pour qu'on Le rattrape.
Au secours!
Je crie.
Et je cours.
Quoiqu'on rie.
En passant, Je touche Un passant Farouche, Qui, soudain.
Me couche Sa main Sur la bouche.
Je ne suis Pas crâne.
Je fuis
La chicane.
Redoutant
Sa canne.
Dans l'instant
Je vanne.
Pendant qu'il me lasse,
Du voleur, S^etîace.
La trace, Et mes bons,
Par malheur, Font faux bonds :
Les théâtres et les spectacles, étudiés et analysés, il n'est pas inutile d'indiquer les journaux de celle époque, et les rédacteurs qui y étaient attachés. En voici la nomenclature, d'après le Coup de Fouet:
« Il y avait, h. Paris, vingt théâtres. On comptait autant de journaux. Le Moniteur^ avec une critique des théâtres bien faite. Le Journal des Débats, dont la vogue s'était établie, depuis le feuilleton de Geotfroy. Le Publiciste, le Journal de Paris, appartenant à Rœderer. Fabien Pillet, l'auteur de la Lorgnette des Spectacles, rédigeait la partie littéraire et dramatique de ce journal. Le Jovimal des Défenseurs de la Patrie, naguère rédigé par Lagarde, dont les articles de théâtre étaient quelqueibis piquants, mais trop souvent diffus. La Gazette de France, où brillait Fiévée. Le Citoyen Français, l'adversaire de/a Gazette et des Débats. La Clef du Cabinet des Souverains. Le Journal du Commerce, estimable feuille, quoique ses rédacteurs fussent peu connus. Le Journal du Soir, où se trouvaient des assertions de cette force : « La terre de Hongrie était si fertile que la graine de seigle y donnait une moisson de froment. » Le Courrier des Spectacles, rédigé par Lepan. L'Observateur des Spectacles, fastueusement annoncé avec Legouvé, Arnault, Vigée, Fayolle, mais réduit à la rédaction de Salgues. Le Journal des Arts, hebdomadaire. La Décade, feuille honnête, rédigée par Boisjolin et Say, mais à la veille de sa disparition. Le Mercure de France, dont la rédaction se composait de Fontanes
et de Chateaubriand. Les Petites Affiches, appartenant à Ducray-Duminil. Le Bulletin de Paris, contenant des articles bien faits sur la littérature et les théâtres. Le Journal (Vlndications, le Magasin encyclopédique, et, enfin, la Bibliothèque Française, rédigée par Ch. Pougens, membre de Tlnstitut, et aveugle. »