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CHAPITRE IV

Sommaire. — Engouement de monde des salons pour la gravure, à la fin du XVIII* siècle ; cet engouement nuit à cet art plutôt que de lui servir. — Copia et Barthélémy Roger. — Boucher-Desnoyers ; Tardieu ; Bervic ; d'autres graveurs.

A la fin du xvii" siècle, au commencement du xviii% la gravure était arrivée à sa perfection. Ainsi que Nanteuil, les Drevet, le fils surtout, avaient laissé des œuvres inoubliables : le portrait en pied de Bossuet, ceux du cardinal Dubois et d'Adrienne Lecouvreur. Ce fut ensuite Laurent Cars, digne héritier des procédés de Gérard Audran, et encore Larmessin, Lebas, Lépicié, Aveline, Duflos, Dupuis, chez qui on remarquait une heureuse association du burin et de la pointe ; Levasseur et Flipart, les reproducteurs des œuvres de Greuze ; puis Saint-Aubin ' et Ficquet ^ deux portraitistes, le dernier dont la

1. Des portraits de Saint-Aubin on cilo ceux de Fénelon, HelvcHius, Le Kain, Greuze, Condorcct, Necker. Sa vie s'ëcoula de 1730 à 1807.

2. Delaliordc, en son étude sur la gravure, parle de lui, en ces tenues : '< Toujours à court d'argent, toujours poiu-suivi par ses créanciers, ils

finissaient par l'installer chez eux pour l'achi-venienl de quelques planches. C'est ainsi qu'il passa \>vi:s de deux mois dans la maison de .Saint-Cyr et qu'il grava, au sein nicnie de la conimunaulé, le portrait de M"" de Maintenon d'après Mignard. Ce portrait intégralement pay(5 depuis longtemps n'avançait pas, et ])our en voir la tin la supérieure, à bout do sollicitations et de reproches, crut devoir s'adresser à l'évëque métropolitain. Elle obtint de lui, la permission de faire venir l'artiste dans la maison qu'elle dirigeait et de l'y garder jusqu'à l'entier accomplissement de sa tâche ; mais les choses, n'en allèrent ni mieux, ni plus vile. Ficquet, ennuyé de sa réclusion, dormait

célébrilé fut accrue par son aventure à la maison de Saint-Cyr où il gravait le portrait de Ah'de Maintenon.

A cette épocpie, et surtout depuis que l'emploi de l'eau-forte était devenu d'un usage courant, l'art de la gravure s'était répandu dans la haute société. Le régent avait commencé des vignettes, pour une édition de la pastorale de Longus, et lorsque M"' de Pompadour voulut aussi, de ses mains mignonnes, manier le burin et la pointe, les grands seigneurs de la Cour ne manquèrent pas de limiter, comme le duc de Ghevreuse,le marquis de Coigny,le comte deCaykis,et les belles dames également, la duchesse de Luynes, M"°° d'Epinay, M"' Reboul qui devait épouser le peintre Vien;des financiers mêmes, Wattelet, et bien d'autres.

.Mais cet engouement, loin d'être utile à cet art, ne fit que l'atfaiblir et décourager les vrais et les grands artistes. Le public confondit bientôt ce qui était agréable sous la pointe d'un amateur, avec ce qui était beau, produit par le burin d'un professionnel ; si bien qu'au commencement du siècle, sous le Consulat, si les graveurs étaient nombreux, bien peu s'étaient placés hors de pair. Copia et Barthélémy Roger, cependant, s'étaient fait remarquer

pour abréger le temps et ne louchait pas le burin. Un jour, il fit appeler la supérieure et lui déclara que, dùt-il rester éternellement à Saint-Cyr, il ne travaillerait pas dans la solitude où on le laissait ; qu'il lui fallait des distractions et, à défaut d'autres, celle de la conversation des rrligieuses ; qu'en un mot, il ne terminerait le portrait que si quelques-unes de celles-ci venaient, chaque jour, lui tenir compagnie. On accepta ces conditions. Pour -iurcroil d'encouragement, des pensionnaires se joignii-ent aux religieuses 't vinrent faire de lamusique dans la chambre du graveur. F:nrin,la planche, tant attendue, allait être livrée, lorsque Ficquet, mécontent de son ouvrage, le détruisit et ne voulut consentir à le recommencer que sur la promesse dune mise en liberté immédiate et d'une sonune d'argent plus forte que la somme déjà reçue. Moyennant cet accommodement, les relijrieuses de Snint-Cyr arrivèrent à posséder, enfin, l'image de leur bienfaitrice : et le petit portrait de M"" de Maintenon — le chef-d'œuvre peut-être de Ficquet, — les dédommagea des bizarres e.xigcaces qu'elles avaient subies. •

en reproduisant les œuvres de Ih'ud'hon ; ensuite, Bouclier-Desnoyers, ïardieu, Bcrvic, chez qui on retrouvait la pratique des grandes traditions du xvii" siècle. Sous leur outil, la correction du dessin s'alliait à l'interprétation intelligente, éclatante, savante, de l'œuvre du peintre. Boucher-Desnoyers avait gravé la Belle Jardiiiicre, d'après Baphaël^et la Vierge aux liochers, d'après Léonard ; Tardieu, fils et petit-fils de graveur, s'était révélé par une grande précision dans le trait du burin, par une lorineté d'exécution, qui avaient disparu depuis que les amateurs s'étaient intéressés à cet art difficile ; Bervic, enfin, était devenu célèbre depuis sa reproduction du tableau de Regiiault, V Education d Achille et celle de VEnlèvement de Déjanire, d'après le Guide. Cette œuvre, du reste, lui valut,, en 1810, le prix décennal accordé à la meilleure gravure, publiée en France, de 1800 à 1810.

Bervic grava aussi le portrait de Louis XVI, dû à un peintre de petit mérite, Gallet ; et, ce qui arrive au graveur, dont l'art est supérieur à celui du peintre, l'œuvre de Bervic, d'une grande beauté, donne au modèle un relief qui est absent dans le portrait initial. Delaborde eu son étude sur la gravure, s'arrête sur ce portrait. « L'estampe, écrit-il, se recommande par la fermeté et la richesse de l'aspect, par un faire aisé, exempt d'ostentation. Les dentelles, le satin, le velours, tous les accessoires sont traités avec une largeur qui n'exclut pas la finesse, et le ton do l'ensemble est harmonieusement lumineux. Cependant, on discerne déjà, dans quelques parties, une certaine recherche de la façon, et l'on pressent que cela pourra dégénérer en préoccupation excessive de « la belle taille », pour aboutir à l'abus du procédé. » C'est ce qui arriva, en ell'et. Bervic ne

songea plus guère qu'à faire montre de dextérité, et il finit par exécuter, dans son Laocooti, le plus connu peut-être de ses ouvrages, des tours de force du burin, qui, jusqu'à un certain point, peuvent surprendre, mais qu'il faut se garder d'admirer sans réserve. Le soin, avec lequel le graveur sest elibrcé d'imiter le grain du marbre, par la minutie des travaux, ressemble fort à une puérilité, et, bien qu'il ne fallût pas, sans doute, graver un groupe de statues comme des figures peintes sur la toile, il était plus important, plus nécessaire, à tous égards, de reproduire le caractère et le style de l'œuvre originale que de simuler la matière d'où le sculpteur l'avait tirée. D'ailleurs, en s'appliquant à interpréter son modèle, en ce sens, Bervic a dépassé le but. Par la multiplicité des détails, par l'abus des demiteintes, destinées à soutenir les moindres saillies, à rendre les moindres accidents du modèle, il a privé l'aspect général d'éclat et d'unité. Il y avait loin de cette méthode à celle des anciens maîtres, et Bervic vécut assez pour se repentir. «J'ai méconnu le bien, disait-il dans sa vieillesse. Si je recommençais ma vie je ne ferais rien de ce que j'ai fait. »

David, alors tout puissant en peinture, n'eut ([u'une médiocre influence sur les graveurs. De ses «l'uvres, il ne sortit jamais que des estampes très molles et très fades, dues aux burins de Morcl et de Massard. Et, d'ailleurs, les qualités du talent de David ne pouvaient rejaillir d'une façon heureuse sur la gravure. Son dessin était sec, sa couleur sans éclat ; l'expression de ses personnages sans relief. Et néanmoins, la gravure, avec un accent plus énergique des demi-teintes, aurait dii ]iroduire une estampe de ses tableaux aussi belle ([ue les tableaux mêmes. Aucun graveur n'y réussit.

On peut inscrire maintenant les noms des graveurs qui eurent quelque notoriété pendant le Consulat. Audoin (1708-1822) qui grava plusieurs sujets jiour la collection du muséum ; Bertaux-Duplessis, l'auteur des ligures insérées, dans l'ouvrage de M"" de Choiseul, sur ses voyages en Grèce et en Italie ; Anselin (1750-1823), qui grava le portrait de M"" de Pompadour, d'après Houclier ; Blot (1754) la Promesse de Mariage, le Verrou, d'après Fragonard, et Marins Sejtiis, d'après (îuérin ; Boissieu, (1730-1810) dont l'œuvre est considérable, 107 gravures, tant à Teau-forte qu'au burin, d'après Rembrandt ; Bouillard (1744-1800), dont on peut citer la Sainte Famille, d'après Carrache, Philippe II et sa maîtresse, i Amour tendant son arc, Vénus qui se peigne ; Bourgeois, qui grava plusieurs têtes d'expression de Greuze : V Attention, la Peur de V orage, une grande vignette représentant Paul et Virginie, les portraits réunis de Badet, Desfontaines et Barré, et une suite de portraits d'avocats, pour une collection éditée par Tardiou ; Bovinet, qui exposa en 1804, la Famille de Darius, daprès Lebrun ; Debucourt, très connu par ses gravures en couleur, le Jardin, la Galerie de bois du Palais-Royal, la Promenade aux Tuileries, VEscalade, pièces assez médiocres au point de vue de l'art ; Cbamoin (1708) un atlas de la géographie ancienne ; Chofïard (1730-1809) des vignettes et culs-de-lampe pour les « Contes de La Fontaine » et « l'Histoire de la maison de Bourbon », ensuite les planches d'IIerculanum pour le voyage pittoresque de l'abbé de Saint-Non ; Coissy (1701-1809), la Bataille de Marengo, par le baron Lcjeune ; Caquerat, le tableau de David, Junius Hrutus prononçant la condamnation de ses fils;Delvaux (1748-1822) la Pèche mira-

culeuse, d'après niil)ens, les Adieux dp Ilèro et Léandre, d'après llarriett et deux sujets sur lléloïse et Abélard ; Fosseyeux, le portrait en pied de Fernand Cortez pour la Galerie d'Espagne, exposé en 1800 ; (Jatine, des Fc/mnes du pays de Caux, en costume ; Godefroy, en 1798, un portrait de Bonaparte, d'après Gérard, ensuite une allégorie à la gloire de Bonaparte, d'après un dessin de Cliaudet, en 1799, le portrait de M"' Barbier- Walbonne d'après Gérard , en 1800, V éducation de Carlin, d'après M"° Chaudet, en 1804, Ossian, d'après Gérard, et la Mort d'Hippolyte, d'après Carie Vernet; Langlois, des paysages et des monuments gothiques ; Laurent, plusieurs sujets, tirés de la « Vie de saint Bruno », par Lesueur ; Lemire, toutes les gravures pour les « Contes de La Fontaine», édition des fermiers généraux ; Marchand qui grava, en manière noire, un tableau sur le Concordat ; Marillier (1740-1808) les 252 figures de la « Bible » de Defer, les 200 figures des œuvres de Dorât ; jMoreau (1741-1810) dont on a les gravures pour le mariage do Louis XVI ; Perdoux (1759) qui contribua à la gravure des planches sur les chasses du roi, et à celle des grandes planches. Vues d'ilalicy dessinées par Bajotti, pour faire suite aux plans de campagne d'Italie, au dépôt de la Guerre (1805-1812) ; Pérée (1709) des planches dans l'ouvrage sur les Monuments français inédits, pour servir à l'histoire des arts et costumes ; Ponce, six portraits faisant suite à la collection des « Français illustres », une scène de Mithridate, VAceufjlc guéri, d'après Lesueur, le Mariage de la Vierge d'après Van Loo, et enfin, en 1806, Marengo d'après Carie Vernct.

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