LETHIÈRE ISABEY GRANET LANDON
maison \ Alors les grands dignitaires du gouvernement, les membres de la famille Bonaparte lui demandèrent leur portrait, ainsi que les grandes dames, chez lesquelles on l'accueillait, M""° de Staël, M°" Récamier, et toutes celles qui fréquentaient leurs salons. Il fut, avant Gérard, le peintre à la mode, du Consulat. Sous l'Empire, il dirigea les grandes fêtes solennelles du couronnement de l'empereur et du second mariage de Napoléon. Le régime impérial aboli, il partit pour Vienne où il peignit tous les plénipotentiaires du congrès, et Talleyrand, et M etternich, et Castlereagh, et le Prussien Hardenberg. Il rapportait d'Autriche le portrait du roi de Rome, destiné au malheureux exilé de Sainte-Hélène. Le portrait fut confisqué.
Il mourut, en 1855, sénateur du second Empire, et commandeur de la Légion d'honneur.
Granet et Landon méritent aussi une mention spéciale.
Le premier,fils d'un maçon d'Aix, naquit en 1775. ïl eut des commencements difficiles. Mais, une première toile qu'il exposa, représentant l'Intérieur du cloître des Feuillants de la rue Saint-Honoré, fît sortir son nom de la foule et décida de sa carrière. Il resta le peintre des couvents, des églises, des monuments religieux, qu'il savait embellir de poésie et de mystère, en les baignant d'ombre et de lumière lunaire. Pendant un séjour à Rome, en 1810, il composa une toile, qui eut un immense succès : Stella
1. II faut mentionner également celle que l'on appelle la Barque d'halieii. où on voit le peintre assis avec sa femme et ses trois enfants. La chaloupe glisse doucement à lombre des grands arbres d'un parc que la rivière traverse. Tout le monde, en ce temps, voulut voir la linrfjiw d'Isa Iwy ; et de même, avec Carie Vernet, la parade du Premier t'.onsul au Carrousel.
traçant une image de la ]'i('rgr, sftr /rs juars de sa priso/i. Toute la ville vint admirer le tableau, dans l'atelier du jeune Français.
Landon, au concours du prix de Rome, avait triomphé de Gros, en 1791. Seulement, il avait trente ans ; Gros n'en avait que vingt. Ce succès a empêché son nom d'être oublié. Ses œuvres sont peu connues. Il fit, d'ailleurs, plus de critique d'art que de peinture. Dès l'année 1800, il publia une revue des « salons », avec un collaborateur très pauvre et tout à fait inconnu, un jeune employé, qui devait être, un jour, le chansonnier Déranger.
Quelle que fut, alors, la renommée d'un artiste, aucune ne faisait oublier la célébrité de David. Tous s'efiaçaient devant lui, et seul, disait-on, il possédait le grand art. Style, couleur, composition, ce qui émanait de son pinceau n'avait que des ajîprobateurs et des admirateurs. Le public acclamait ses œuvres, et ses élèves s'inclinaient devant cet unanime jugement. Ils n'osaient contester cette suprématie. Ses défauts mômes avaient une excuse. La pauvreté de sa couleur n'était que la résultante du sujet de ses tableaux: sobriété de la palette, imposée par la majesté du style. Le ton gris planant sur toutes ses toiles : finesse, douceur, qu'un connaisseur devait savoir admirer. A l'apparition des premiers ouvrages de Gros, les louanges, qui accueillirent les débuts du jeune artiste, remontèrent jusqu'à David, son maître. Quel maître, celui qui avait enfanté un artiste de cette envergure ! Et Gros, entraîné par ce lyrisme célébrant la gloire de David, finit par répudier ses propres qualités, sa science de la couleur et l'inspiration géniale qui avait donné, à ses tableaux d'histoire contemporaine.