CHAPITRE IX
Sommaire. — § l'^ — Raineau ; son opéra Hippolyle el Aricie.
— Gluck, appelé en France par la reine Maric-Antoinelte, dont il a été le professeur. — Ihcndcl, le premier inspirateur de Gluck. — Ses opéras Iphigênie en Aulide, 1773, Orphée, 111 A > Alceste, 1776. — Ses partisans. — Ils préconisent l'harmonie de Gluck contre les mélodies de Piccinn', Titalien. — Deux camps les Gluckistes et les Piccinnistes. — L'abbé Arnaud et le P.Martini. — Paësiello est appelé en France par Bonaparte. — Après son opéra, Proserpine, qui échoue, Paësiello retourne en Italie.
§ 2. — A la Révolution, Piccinni quitte la France, qu'il habitait depuis 1776. — Histoire de sa rivalité avec Gluck. — Mprmontel soutient et protège Piccinni. — Cette rivalité force Gluck à quitter la France. — Piccinni trouve un autre rival, en un nouveau venu de l'Italie, le compositeur Sacchini. — La cour, pour les fêtes de Fontainebleau demande un opéra aux deux Italiens.
— Sacchini écrit la partition de Chimène ; Piccinni, colle de Didon. — Piccinni, à son départ de Paris, va à Naples. — Devenu suspect, il quitte Naples, pour Venise ; puis il rentre à Paris, au Consulat. — Mais il revient pauvre. — Il sollicite la pi-otection de Bonaparte. — Celui-ci connaissant sa détresse lui fait avancer une somme de cinq cents louis pour une marche militaire. — Portrait de Piccinni. — Son opinion sur l'harmonie.
i; 3. — Gluck. — La célébrité ne lui arrive qu'à un Age avancé, après Alceste. — Réponse de Gluck à quelques critiques, sur le caractère de ses compositions. — A citer de lui : la Tempête dans le songe d'Iphigénie; le Chant des Euniénides ; les .liiieux d'Oresle et de Pylade. — Son portrait ; sa bonhomie.
S 4. — Mozart; son talent précoce. — Etude do Suard sur le génie de ce compositeur.
S T). — Beethoven ; le plus grand des musiciens de la lin du XVIII" siècle. — Il devient sourd à vingt-cinq ans. — Cette inlirmité change son caractère ; sa misanthropie ; son isolemjnt ; son désespoir ; ses lettres ; ses mœurs.
§ 6. — Monsigny. — Philidor. — Gossec. — GrcLiy. — Mar Uni. — Sensibilité extrême de Monsij,ny. — Ses pleurs, pendant qu'il compose le Déseilcin-. — Grclry arrive de Liège à Paris, sous Louis XV. — II avait eu, pour premiers maîtres, des organistes de cathédrale. — Marmontel lui confie plusieurs de ses poèmes, à mettre en musique. — Dillércnce de son talent avec celui de Monsigny. — lîouilly, l'auicur des Récapiliilalions, lui donne à composer la musique de son opéra comique, Pierre le Grand. — Fatuité de Grctry. — Sa réponse à Bonaparte.
§ 7. — Cherubini, mal vu du premier Consul ; sesdiscussions avec lui. — Son opéra Elisa ou le Mon! Saini-Bernaj-d ; son ballet Achille à Sci/ros. — Délaissé par BonapaiMe, il quitte la France pour s'éialjlir à Vienne, en Autriche. — Cherubini était mélodiste, autant qu ha/moniste. — Il devient directeur de Vécole du Conservatoire, qui prospt-rc sous sa direction. — Méhul, né à Givci, vient à Paris. — Son p'emicr opéra comique Euphrosine et Coradin de Hoffmann ; ensuite SIratonice, Horalius Codés,la Carême, Mélidor et Phroiine, puis le grand opéra d'IIotïmann, Adrien. — Il est l'auteur du Ciiani du dtpari, paroles de .Joseph de Chénicr. — I) atteint sa plus grande popularité après Ariodanl, en 1799. et après Joseph en 1807. — Il meurt d'une maladie de poitrine, on 1817.
§8. — Lcsucur ; son opéra les Bordes. — Plaiitadc ; Kreutzer ; Rode ; NJcolo ; Bcrton ; Catel : Fontenelle. — Boieldicu, né à Rouen ; dans son enfance, il était connu sous le nom du petit Boiel. — Vit d'abord ù Paris, comme accordeur de pianos. — Fiévée lui demande la musique de sa blucite la Dol de Suzelle.
— Ses autres œuvres le Kalif'e de Batjdad, ma Tante Aurore ',
— Il épouse une danseuse de I Opéra, Clolildc ; il se sépare de sa femme, se réfugie en Russie, et ne revient en France, qu'en 1811. — Sa rivalité, avec Nicole. — La Dame Blanche lui assure l'immortalité.
§ 9. — Le Consulat, pour la musique, est une époque brillante.
Lulli et Quinault l'arent deux conteniporains de la fin du xvii" siècle. Quinault fournit la plupart des jîoèmes que LulJi mit en musique, et le premier opéra, représenté en France, en 1073, Cadmiis et Hcnnioiu'., émanait de leur collaboration. L'année suivante, en 1074, ce fut Alccste; puis, en 1080,
Armide. Mais ces deux chefs-d'œuvre de Lulli, restés cent ans au répertoire, n'étaient qu'un essai de composition lyrique^coupée de ballets et de chants. Les dilettanti de cette époque y prenaient quand même grand plaisir, ne connaissant rien des maîtres allemands, qui transformaient, alors, l'esthétique musicale de leur pays : llœndel, avec les grandes pages de ses oratorios ' ; Bach -, Haydn ^ dont« les mélodies naïves et gracieuses, la sérénité, la science profonde du développement » n'eurent de célébrité, en France, que sous le Consulat '.
Rameau *, le premier musicien français du
1. Ilfcndel, fils d'un médecin, naquit à Hall, en 1685 ; il mourut à Londres, en 1759. Parmi ses opéras, il faut citer : Radamiste et Rinaldo. Lavoix, dans son [Histoire de la musique, s'exprime ainsi sur Ihcndel : « En ses oratorios, ce maître est sans égal. Apportant dans ses immenses compositions vocales et instrumentales, non le style, mais le sentiment dramatique, il atteint à une indescriptible puissance d'elTets. H<endel a égalé, dans sa musique, les plus grandes pages de l'Kcriture. Écoutons le chœur de Judas Ma.cha.bee :
« Chantons victoire. » Il débute fièrement par les sons éclatants de deux trompettes se déroulant, jusqu'à la fugue finale, dans une prodigieuse progression. Plus loin, c'est la « Pastorale du Messie ", page d'une e.\quise pureté ; enfin, dans le même oratorio, écoutez cette colossale composition, de r « Alléluia «, où les voix, disposées avec une extraordinaire puissance, se répondent comme un éternel liosanna. Les Anglais entendent, debout et la tête découverte, cet incomparable morceau. Ils rendent honnuage ainsi, non seulement à Dieu, mais à la musique et au musicien. "