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biliet, à grimper à des fenêtres, à séduire une surveillante, etc.. (]ar voilà, ce me semble, la vraie gymnastique de Cythère, l'éducation que Vénus donne à ses enfants. Ici, rien de tout cela. Ce sont des marmousets raides et droits, plantés en ligne, armés de fusils et de haïonnettes, avec la cartouche et le baudrier, tournant à droite et à gauche, à la voix et au geste de leur frère. Carie Vanloo est un bon homme, et certainement cette platitude ne lui est pas venue. C'est quelque insipide littérateur, ou quelque prétendu connaisseur, (jui la lui aura suggérée. Nos artistes sont fatigués, dans nos ateliers, d'une vermine présomptueuse, qu'on appelle des amateurs, et cette vermine nuit beaucoup à leurs travaux. La couleur de ce morceau est aussi dure que l'idée est maussade. On a versé crûment, sur un espace de quatre pieds, toutes les vessies d'un marchand de couleurs. Point d'air, point de repos ; un amas confus de petites ligures pressées, toutes pareilles d'ajustement, déposition et de physionomie. Ce rare morceau est pour M. de Marigny. »
Wattçau doit être mis à part de cette phalange de peintres, en qui se résume l'art de la peinture, sous Louis XV. Son Embarquement pour Qythère s'élève bien au-dessus de toutes les œuvres alïrio-
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lantes de ses contemporains. Cette toile est un chef-d'œuvre. A la composition éloquente du dessin, à la disposition charmante des groupes, à cette éclosion, à cette révélation d'amour, peinte sur tous les visages, se joignent l'éclat de la couleur, la splendeur de la mer azurée sur laquelle vogue la barque dorée, entourée d'un essaim de Cupidons tentateurs. On y reconnaît le pinceau de Rubens et la science de Paul Véronèse.
La bourgeoisie eut aussi ses artistes préférés. Elle s'était enrichie depuis le Régent. Elle se logeait en de superbes maisons, qu'elle ornait d'œuvres d'art depuis qu'elle avait marié ses filles avec les fastueux Parlementaires. jNIais ses mœurs étaient restées pures, et ses goûts n'étaient ni excentriques, ni débridés, comme ceux de l'aristocratie. La peinture lascive et corrompue de Boucher et de Fragonard ne lui pouvait convenir. Elle s'attacha aux tableaux de Greuze et de Chardin, qui lui offraient des scènes de famille attendrissantes, ou la reproduction des mets sortis de ses cuisines. Ces images modestes comblaient ses désirs. Elle s'émouvait devant la Cruche cassée de Greuze; elle s'ébahissait devant la lîaie ouverte de Chardin.
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Durant ce xviii« siècle, enfin, la sculpture n'clait pas restée stationnaire. Dès que les grands bâtisseurs eurent supprimé, dans les ornements de leurs palais, les statues qui, naguère, faisaient corps avec le monument, ces statues exposées dans les jardins, ou sur les places publiques, durent se manilesler plus profondément étudiées, avec plus de vie qu'autrefois. L'artiste, tout à fait maître de son œuvre, n'ayant plus à la soumettre à la destination du monument dont clic composait le décor, la créa pour elle-même, afin que, sans autre adjuvant que sa propre beauté, que son élégance et SCS formes épurées, elle suscitât l'admiration, en son isolement. Et ce fut la raison pour laquelle les sculpteurs reprirent l'élude du modèle vivant. Lui seul, ce modèle, peut se passer de décor, lui seul révèle la beauté dans toute sa force, dans toute sa grâce, dans toute sa perfection, parce qu'il a ce que tous les autres modèles, issus de l'imagination, ne possèdent pas, parce qu'il a la vie, le souille de l'humanité.
Ainsi agit Pigalle, malgré les railleries de ses rivaux, qui lui supposèrent un manque d'imagination et le surnommèrent le mulet de la sculpture. II n'était, à leurs yeux, ([u'uu copiste. Pigalle, néanmoins, persévéra dans sa méthode, et ce fut ainsi que commença le retour à la nature et à
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l'étude de l'antique, dont les plus magnifiques sujets venaient d'être découverts dans les fouilles d'Herculanum.Etsi grande était chez Pigalle cette dévotion à la nature vivante, que, résolu à faire le portrait de Voltaire, il le représenta dans sa nudité, malgré l'âge du philosophe, avec son corps décharné, osseux et ridé. Bouchardon également se livrait à fétude de l'antique, et il avait fait d'Homère sa lecture accoutumée. Houdon, respectueux de la vérité, traduisait, sur le marbre, la vie môme de son modèle, et il n'a laissé que des chefsd'œuvre.
Victor Cousin donne un exemple de la légèreté, ou de l'ignorance, en fait d'art, des hommes de ce temps-là. « A Paris, près du Luxembourg, ditil, les Condé avaient leur hôtel, magnifique et sévère, d'un aspect militaire, comme il convenait à la demeure d'une famille de guerriers, et audedans d'une splendeur presque royale. Sous ces hautes voûtes avaient été quelque temps suspendus les drapeaux espagnols, conquis à Rocroy ; dans ces vastes salons, s'était rassemblée l'élite de la plus grande société qui fut jariais. Ces beaux jardins avaient vu se promener Corneille et M"= de Sévigné, :Molière, Bossuet, Boileau, Racine, dans la compagnie du grand Condé. L'oratoire était peint de la main de Lesueur. Il était aisé de
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réparer et de conserver la noble habitation. A la fin du xviir siècle, un descendant de Condc l'a vendue à une bande noire, pour aller faire bâtir cet hôtel, sans caractère et sans goût, qu'on appelle le Palais-Bourbon. »
Cette anarchie dans les arts, ce goût du mauvais et du pire, correspondaient exactement à l'anarchie manifestée dans la société, à ce triomphe de la violence, du vice, des passions, par quoi la France fut opprimée durant plusieurs années. S'il n'y avait plus de direction souveraine dans l'État, il n'y en avait pas davantage dans les arts. Il ne restait que des survivants isolés de l'arcliitecture, de la sculpture, de la peinture d'autrefois, trop vieux pour enseigner les nouveaux venus, trop faibles pour réagir. On restaurait, on ne créait plus. Ceux qui avaient été des artistes puissants, heureux et riches, ne vivaient que de travaux faits pour le commerce, indignes de leur passé. Les uns dessinaient des médailles révolutionnaires, les autres ornaient de gravures les cartes civiques ou des papiers de l'administration. C'était ou l'absurde, ou le vulgaire.
A ce moment-là surgit David. Le monde des artistes, dérouté, décapité de ses vieilles gloires, composé de jeunes gens ardents, imbus des idées