AUTORITÉ ET ORGANISATION
Un certain nombre d'anarchistes se laissent entrainer à confondre ces deux termes bien différents, En haine de l'autorité, ils repoussent toute Organisation :
| ils ne voiem cette dernière que sous la forme de férule. D'autres, pour éviter de tomber dans ce défaut, en arrivent à préconiser toute une Organisation autoritaire anarchiste Il Y a, pourtant, une diticrence capitale à établir. Ce que les autoritaires ont baptisé du nom d'or ganisation, est, tout simplement, une hiérarchie omplète, légiférant, agissant au lieu et place de tous, ou faisant agir les individus au nom d'une représentation quelconque. Ce que nous entendons, nous, par Organisations, c'est l'accord qui se forme, en vertu de leurs intérêts, entre les individus £roupes pour une œuvre commune ; ce sont les relations mutuelles qui
découlent des rapports journaliers que tous les mem
bres d'une société sont forcés d'avoir les uns avec autres,
202 LA SOCIETE FLTI (a
Mais cette organisation ne doit avoir ui lois, ni statuts, ni règlements auxquels « haque individu serait forcé de se soumettre sous peine d un chätimentquelconque, préalablement déterminé : cette organisation ne doit avoir ni comité qui la represente, ni assemblée délibérante, chargée de formuler et de décréter l'opinion de la majorité. Les individus ne doivent pas Jui être attachés malgré eux, ils doivent rester libres de leur autonomie avec la latitude d'abandonner ladite organisation si elle coulait se substituer, dans leurs actes, à leur initiative personnelle
[l serait prétentieux, en traçant un tableau de ce que pourra étre Ja société future, de croire que ce pourra étre le cadre dans lequel elie devra évoluer ; nous n'avons pas l'outrecuidance de vouloir donner un plan d'organisation et de le poser en principe. En essayant de donner une TOrme «t OS conceptions sur la société future, nous ne voulons simplement qu e$quisser, à grands traits, les lignes générales qui doivent éclairer ces conceptions mêmes, répondre aux objections que i'on oppose à l'idée anarchiste et démontrer qu'unesociété peut tort bien s'organiser sans chefs, sans délégations et sans lois, si elle est vraiment basée sur la justice et l'égalité sociales.
Nous voulons démontrer, surtout, que les individus sont les seuls aptes à connatire leurs propres besoins, à savoir se guider dans leur évolution et ne doivent confier ce soin à personne ; qu'il n'y a qu'une manicre d’être libres et cpaux, c’est de ñe pas accepter de maitres et de savoir respecter l'autonomie de chacun quand elle respecte la vôtre.
Oui, les individus doivent être laissés libres de se
rechercher et de se grouper, selon leurs tend inces, selon leurs afhinités. Etablir un mode unique d'organisation, sous lequel tout le monde devrait se plier, et que l'on imposerait sitôt aprés Ja révolution, est une utopie; ce serait faire «vuvre de réactionnaire, entraver l’évolution de la socicté future, vouloir mettre des bornes au progres, le retenir dns les limites que notre Courte vue peut embrasscfÆtant donnée la diversité de caracières, de tempéraments et de CONCCpPtions qui existe parmi les individus, il ny a que le doctrinarisme le plus étroit, qui puisse concevoir un cadre dans lequel la société serait appelée, de gré ou de force, à se mouvoir.
Rien ne nous dit quetel idéal qui nous éblouit aujourd'hui, répondra à nos besoins de demain, et surtout aux besoins des individus appelés à composer celte socicté, Ce qui a frappé d'impuissance et de siérilité, jusqu'a aujourd'hui, toutes les écoles socialistes, sans distinction {de nuance, c'est que toutes, dans leurs projets d'avenir, avaient la prétention de vouloir régler et prévoir d'avance l'évolution des individus. Dans les sociétés qu'elles rèvaient d'établir, rien n'était laissé à l'initiative individuelle, Dans leur profonde sagesse, les sociologues avaient d'avance décrété ce qui était bon ou nuisible aux individus, ces derniers devaient s'inchiner et ne demander rien autre que ce que leurs « bienfaiteurs » jugeraient bon de leur offrir. En sorte que ce qui répondait aux as- Pirations des‘ uns, venait en travers des desiderata des autres : de là, dissension, lutte et impossibilité de créer rien de durable.
Ce que nous présentons ici ne peut avoir que la
aleur d'une conception individuelle qui, dans la pra-