D RE
370 LA SOCIÉTÉ FUTURE guent. Pour être efficaces, elles doivent étre appuyces d'une force coercitive. Et cette force, elle-même — nous l'avons vu — est d'un bien maigre appui, lorsque les mœurs sont en antagonisme avec le régime qu'on veut leur imposer.
Lorsqu'elles commencent à être discutées, les lois ne sont pas loin d'avoir pérdu leur autorité. Elles n'ont de véritable fefce tlfective que lorsqu'elles sont parfaitement d'acchrd avec l'opinion, ce qui se rencontre fort raremgnt.
Mais, la loi elle-même n'a jamais rien empêché.
. Au moÿen-âge on punissait le vol de la corde, de la
roue ; des tortures effroyables, ‘accompagnaient l'appareil judiciaire, On brülait la langue ou les livres des blasphémateurs. On brülait les sorciers, ou pretendus tels. Cel: n'a pas empêché de blasphémer et l'esprit d'irréligion de faire son chemin. C'était l'époque où pullulaient les sorciers, où les voleurs tenaient le haut du pavé.
Aujourd'hui on a renoncé à poursuivre les blasphémateurs, à brüler les sorciers. Ces derniers, on se contente de les condamner pour escroquerie ou exercice illégal de la médecine, selon les plates-bandes du Code qu'ils ont piétinées. Mais leur nombre a diminué du jour où on les a laissés tranquilles, aujourd'hui, ils ne prétendent même plus chevaucher des manches à balais, ou avoir des rapportsavec messire Satanas, choses pour lesquelles, pourtant, on ne penserait plus à les poursuivre.
Quant aux voleurs, si les pénalñés sont moins rudes, on a toujours continué à les pourchasser, lorsqu'ils n'opèrent pas à l'abri de certaines situations où
fonctions, mais nous ne PEnSOnS pas que Jeur noM-
bre ait diminué, C'est qu'ici, malgré le code, malgré l'opinion, il intervient un autre facteur, C'est l'organisation sociale et Je régime de l'appropriation individuelle, sur lequel elle repose qui engendre le vol. Ce dernier est le produit du régimé capitaliste, il ne
disparaitra qu'avec son Progéniteur.
Par contre, pour celui qui aurait la patience de fouiller le recueil de lois et ordonnances, il y aurait de véritables trouvailles à faire parmi les loistombées en désuétude, parce que les mœurs se sont transfor: mées, en dépit de la loi, et en lui imposant silence,
Les premitres lois écrites qu'étaient-elles, elles-mémes, sinon la reconnaissance et Ja codification des mœurs et coutumes ? Encore avant la révolution il y avait, en France, le droit {codal et le droitcoutumier. Ce dernier dérivant des usages et coutumes, et chaque province, pour beaucoup de cas, était régie d'a- Prés ses propres coutumes.
Ce fut la première affirmation de la bourgeoisie de s'emparer des Prérogatives du Parlement, de s’arrogr le pouvoir législatif, et d'é licter des lois et dé- ‘rets, selon son bon plaisir, ne s'inspirant que de ses intérêts de classe, sans plus s'occuper des mœurs coutumes des populations « justiciées ». Puis vint le boucher Bonaparte qui reprit l'œuvre de la Con- Yention, en faisant amalgamer, avec quelques aphorismes de Ja loi romaine, ce qui, dansles lois édictées antérieurement à lui, pouvait flatter son autocratie, &t voilà pourquoi, nous sommes gouvernés par des Morts, quoique chaque génération de vivams ne se soit pas fait faute d'apporter ses restrictions au lieu
fait que compliquer la chose et à nous enserrer de
plus en plus, dans un réseau incxtricable de décrets,
lois et règlements qui Giranglent <elui qui s; laiss
tomber.
Lorsque la tradion et la coutume régissaient les
| relations sociales, ce pouvait bien être, en queique sort cuentation de nts parles morts, mais les coutumes, les mœurs se transforment insénsiblement, #1, chaque époque, vient, la coutume ancienne, 4JOuter Sa Marque parti ulitre. Ce qui n'est pas écrit, Ce qui n'est qu'accepie, et non imposé, Se transforme avec les meæurs,
La loi écrite estimmn e ;on peut la ioriurer pou lui faire dire,et onyarri ce que n'ont}amals pensé ceux qui l'ont formulée, mais plus elle est élastique, plus elle est1 rrible, car ceux qui sont chargés de l'appliquer n'en ont que} lus de facilités pour laccommoder au mieux deleurs imtéréis. C'estce qui fat, qu'au milieu de nos révolution eux qui, La ille, étaient Î 1pPpe ir 1 101 CxISta Le )L1 aient le ll main, vec Ja même loi, le méme co udiciaire. Î per leu secCUICeU de la veille, GC est e qui | t aussi
que tant de | is blessent le sentiment pub conti-
11 SONT au pPou-
On a voulu objecter, que, dans les pays où régné la coutume, tels que la Corse, la Kabylie, les actes de vengeance individuelle, rendaient la vie cent fois plus dificilequelaouregn Je chitiment juridique : ne vous
matuant nullement à Pabri«
Il ar ressentiment € Ja par
ticlésée et que le meurtre se poursuivait ainsi, englo-
bant des villages entiers, et toute une série ée générations,
Mais, par contre, on était forcé de convenir que, lans ces pays, il se développait un sentiment chevaleresque de respect de Ja parole donnée dont la plupart de nos soi-disant civilisés sont dépourvus, et, d'autre part, que la meilleure des lois ne vaut rien entre Jef mains d'un mauvais juge! Et comme la plupart des partisans de
autorité avouent que, pour &tresainement exercée, il faudrait ne la femettre qu'entre les mains de purs anges, la conclusion est facile à tirer. Puis, que l'on n'oublie pas que nous ne demandons pPas-Un retour, pur et simple en arrière, tout cela doit être modifié par notre évolution. Revenir aux institutions du passé, telles qu'elles ont existé, ce serait
une régression. (€ que nous voulens, c'est une adap-
tation de ce qui est bien et pent faciliter notre CVO» lution
Parmi les institutions que l'autorité a intérêt à éterniser,nous avonseité lt mariage, mais combien d'au
tres, en s'en donnant la peine, on pourrait trouver !
L'ordre bourgeois, pour être stable, avait besoin de S'appuver sur la famille, c'est par elle que peut se
perpétuer la domination capitaliste, c'est pourquoi, il l'a enlacée de mille liens légaux. L'a nour, l'aflection, la famille d'élection et d'aftinité, le code n'en a cure, ce sont des fariboles qu'il laisse aux réveurs. Pour la bourgeoisie, il n'y a qu'une famille, c'est la famille juridiqué, enserrée dans Jes ascendances et descendances, hicrarchisée, omprimée, dans Îles formes légales, Himitée par la marge du code, jf n'\
N ra.
en un
mot, de Parents que ceux qui sont reconnus
par laloï, quels que soient.leurs sentiments à l'égard les uns des autres,
C'est ainsi, qu'au point de vue de la loi, deux époux qui se seront mutuellement détestés toute leur vie, se seront séparés pour ne plus vivre ensemble, s'ils se sont unis par devañt monsieur le maire, et ont ou: blié défaire faire la cérémonie contraire par un autre monsieur, portant un autre costume, ils seront toujours considéréscomme une famille légale, la seule
valable, tandis que ceux qui auront toujours vécu en-
semble, se seront aimés à l'adoration, ne seront que des « concubins » —- c'est le mot légal — Jeur famille n'aura aucune valeur s'ils ont négligé certaines formalités légales. :
Les enfants de la femme du premier ménage, si homme, à l'aide de nombreuses démarches n'en a foas obtenu Île désaveu, seront, d'après la loi ses seuls enfants légaux, tandis que ceux qu'il aura engendrés lui-même ne lui seront rien, Quant aux enfants, nés hors du mariage, leur situaion serait-cHle régularisée après coup, leur situation sera toujours inféricure d'après la loi. — C'est, paraît-il, ce qui fait le charme de notre législation !
Pourtant les murs ont marché“ Le bâtard n'est plus — sauf pour quelques retardatidres, l'être hors caste des temps jadis ; les unions « irrégulières », nous l'avons dit, sont la majorité dans nos grandes villes ; et si par, bégueulerie ou par médisance, quelque bon voisin trouve à « chiner », elles sont parfaitèment acceptées. Et, en certains’ cas, quelques-uns arrivent même à se faire respecter de l'administration. Il n'y a que la loi qui reste immuable.
La loi qui, en dehors de celles dictées par l'esprit
de parti, a Pu, autrefois, avoir sa momentanée raison d'être, n'est donc qu'une cristallisation de la coutume ; régressive en même témps, car, en devenant loi, elle demeurait immuable, restait en arrière des mœurs qui, elles, se transformaient.
De plus, l'opinion publique n'était implacable que Pour ce qui portait un préjudice réel à la collectivité, en lésant un de ses membres: elle savait tenir compte aussi, de l'intention et des circonstances, La loi se meut entre le maximum et le minimum, et cette variation dépend encore plus de la complexion physiologique de ceux qui sont appelés à l'appliquer qu'à la nature du délit lui-même.
Du reste, est-ce que le meilleur moyen de moraliser les individus, n'est pas de leur apprendre que Jatransgression d'une règle utile porte en elle-même sa punition, en lui étant plus tard nuisible par ses eflets uhérieurs? Cela ne serait-il pas aussi moral et surtout aussi efficace que de lui dire que, s'il est pris à trans. gresser la Joi, il sera puni, mais qu'il n'en sera rien sil peut Cacher sa transgression aux yeux de l’autorité, j
Nous dira-t-on que Ja crainte du châtiment, seule, peut forcer les individus à accomplir leur devoir ? c'est le refrain des partisans de la répression, eh bien, l'argument est faux, Nos institutions prouvent d'abord, que la peur de la répression n'empêche rien; # nous avons la preuve que la tradition et la coulume, sont toutes-puissantes chez les peuplades que fous nommons inférieures, Voudra-t-on avouer que notre moralité est inférieure à la leur?
Voici ce que dit Bellot, des Indiens des régions polaires, au sujet des cachés de vivre qu'ils font dans
les jours d'abondance, et dont pourtant ils devraient se montrer avares, car, souvent ils ont à endurer des disettes épouvañtables.
« 10 juin... M. Hehburn dit que des Indiens lui ont apporté de la viande à laquelle ils n° iwvaient pas touché, bien qu'ils n'eussent pas mangé depuis trois ours. 1ls font des cachés où 1ls renferment leurs provisions, de façon que les loups ne les mangent pas. Si vous êtes pressés par le besoin, ils ne trouvent pas mauvais que vous preniez ce qu'il vous faut, mais sans choisir les morcetux ; car, disent-ils avec raisON, l'homme qui a faim prend ce qu'il trouve sans choisir, Ne pas recouvrir lë caché est également considéré comme une preuve de mauvais vouloir
Voici un autre exemple cité par Vambéry, et, certes on ne nous accusera pas de prendre no: exemples parmi des | pulations id; Miques,'il s'agit de ces feroces Turcomans dont la seule occupation est le pile lage
Les Turcomans, suivant mes renseignements assez peu semblables à ceux qu'a publics Mouravietl, sont divisés en neuf peuples où Æhalhs qui se partagent en branches Qu faifes, comme ceîles ci le sont en rameaux Où é27'es.
» La double adhérence, la solidarité qui unit les individus appartenant à chaque rameau, puis les rameaux dont est composée la branche, forment le lien principal qui maintient ensemble les éléments de cette société singulière. 11 n'est pas un Turcoman qui ne
1. J. R. Beruor, Journal d'un Voyage aux mers polaires, P. 19
Wie