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I. Voir Hamon : Ministère et Mélinite, pp. 45 à G

Le progrès lui-même est internationaliste, et peut s'opérer, en même temps, des deux côtés de la frontière. Une idée émise sur un point peut éclore à la même heure, à mille lieues de là et, en peu d'heures, avoir rayonné sur le reste du globe. Une idée n'est pas aussitôt énoncée aujourd'hui, que Ton voit plusieurs individus s'en disputer la paternité, apportant les preuves qu'ils ont des droits égaux à la revendiquer. Ce qui prouve, soit dit en passant, qu'une découverte est bien plutôt le fait d'une génération que d'un individu. La révolution sérieusement sociale qui s'accomplira quelque part aura, forcément, son retentissement au cœur de chaque nation, c'est ce qui la sauvera.

Si nous ne connaissions l'outrecuidance des autoritaires, nous pourrions nous étonner de leur prétention* d'assurer le succès de la Révolution par le seul établissement d'un pouvoir fort !

Si le « pouvoir fort » s'amusait à toucher aux privilèges bourgeois, quels que fussent son pouvoir et sa force, il aurait à compter avec la coalition formidable qui l'encerclerait d'un mur de baïonnettes; coalition cent fois plus féroce que la coalition monarchique de 89.

Il faut être absolument visionnaire pour croire qu'il suffit de s'organiser comme ses adversaires pour être à même de les vaincre. Ce fut l'erreur de la Commune de croire qu'elle pouvait jouer au soldat comme le gouvernement de Versailles, et lui livrer des batailles rangées, et cette erreur causa sa perte.

Si les travailleurs voulaient s'amuser encore à jouer ce jeu-là, ils ne tarderaient pas à s'en repentir. A des

idées nouvelles, il faut des moyens nouveaux, à des éléments!^ différents, il faut une tactique appropriée à leur manière de penser. Laissons les panaches et la stratégie à ceux qui veulent jouer les Bonaparte et les Wellington, mais ne soyons pas si bêtes que de les suivre. Quelles que seraient l'énergie et Taciivité déployées par les révolutionnaires placés dans ces conditions, l'organisation et la discipline de leurs forces, fussent-elles des plus admirables, ils succomberaient sous le nombre des adversaires que leur susciterait la haine des appétits menacés.

L'espoir des autoritaires se fonde sur la pensée, qu'ils ont, d'arriver à se faire reconnaître comme pouvoir légitime par les autres gouvernements. Politiciens au fond, et rien que politiciens, ils espèrent traiter sur le pied d'égalité avec les autres gouvernants et jouer aux diplomates.

Pour se faire tolérer, le gouvernement qui surgira d'un mouvement révolutionnaire devra renoncer à toute tentative de réforme sociale. Pour bien se faire venir de ses « chers cousins » en autorité, il devra employer, à refréner l'impatience de ceux qui l'auront porté au pinacle, les forces que ceux-ci lui auront mises entre les mains, et les empêcher de donner assistance aux tentatives de révolte qui pourraient se faire jour chez leurs nouveaux alliés. Ce n'est qu'en mentant ainsi à son origine, qu'un gouvernement populaire obtiendrait de l'autorité auprès des pouvoirs environnants. Et si tout gouvernement n'était, de par sa constitution même, infailliblement rétrograde, puisqu'il s'établit pour imposer et défendre un ordfe de choses quelconque, ce serait encore une raison pour le repousser, puisque la force des choses le pousserait

à nuire à ceux qui l'auraient élu, tout en croyant leur être utile.

Les relations internationales en se développant et en devenant de plus en plus fréquentes, de plus en plus étroites, contribuent à uniformiser les mêmes besoins, à réveiller partout les mêmes aspirations. Pûnout le travailleur souffre des mêmes maux, partout il aspire à la même solution. C'en est assez pour que la Rtvoiution éclatant en un lieu provoque des explosions semblables en cent endroits différents.

Si les travailleurs savent préalablement, en dépit de leurs maîtres, solidariser leurs intérêts, grouper leurs efforts, ils sauront se prêter un mutuel appui, bien plus efficacement que ne le saurait faire un gouvernement quel qu'il soit.

Ces révoltes ou tentatives de révoltes, en occupant chaque bourgeoisie chez elle, leur ôtera l'idée d'aller voir ce qui se passe chez leurs voisines. Ayant assez à faire pour se défendre contre leurs propres victimesj elles ne seront pas tentées de porter secours aux gouvernements qui s'écrouleront à côté d'elles. La diversion est une tactique très habile que les meilleurs stratèges n'ont pas dédaignée, et elle peut s'opérer sans mettre aucune armée sur pied.

Les travailleurs d'une localité ne pourront triompher et s'émanciper chez eux, qu'à la condition que les travailleurs des localités environnantes §e révoltent aussi. Pela est vrai pour les travailleurs d'ij^e me ne nation, afin de forcer leurs ipaître^ de .divjser leurs forces^ cela est vrai pour les travaill.eurs 4.ç nationalités diverses afin d'empêcher leurs ipaîtries (Je s*aider mutuellement. Tout se tient. La splidarîtiéî internationale des travailleur? ne dolipasêtrei^pey^inp

formule, ni la réalisation renvoyée à un avenir lointain comme d^aucuns voudraient nous le faire croire. C'est une des conditions sine qua non du triomphe de la Révolution.

Telle est la rigoureuse logique des choses et des idées. Cette union fraternelle des travailleurs de tous pays, posée en rêve d'avenir, ne doit pas être seulement uae aspiration, c'est un moyen de lutte contre nos maîtres et un gage de triomphe si npus savoas la réaliser.

Cette idée deTunion internationale des travailleurs n'est pas sans prépçcijper la bourgeoisie. Elle sait bien que du jour où les peuples cesseront de se regarder en ennemis, elle n'aura plus de raison pour maintenir des millions d'hommes pour sa défense, d'opérer ces armements formidables derrière lesquels elle se croit inexpugnable, c'est pourquoi aussi, elle a essayé d'ériger en culte, ce dogme delà patrie, c'est pourquoi ses thuriféraires poussent des cris d'oison lorsque des voix indépendantes se font entendre pour stigmatiser les atrocités que Ton couvre du nom de patriotisme, pour affirmer que la véritable Patrie pour rhomme, c'est l'humanité!

« Agents de l'étranger, misérables, gredins », sont les épithètes les plus douces dont ces revanchards féroces les aient gratifiés. Rien d'étonnant, du reste, à ce débordement d'injures^ ces messieurs jugeait les autres d'après eux-mêmes, s'imaginent que ÏQn n'écrit que les choses pour lesquelles on est payé. Sakriés de la plume pu de la parole, ils ne peuvent pas croire qu'il y en ait qpi i^e parlent ou n'écrivent que ce qu'ils pensent.

« Vous ne voulez pas amoindrir les patries des autres au profit de la vôtre, vous n'êtes qu'un gredin! Vous ne voulez pas crier, avec nous, que votre patrie esr Ja reine des nations, que les habitants des autres nations ne sont que des gueux, donc vous êtes un agent de Tétranger. » Tel est le raisonnement de ces messieurs, partant de là pour démontrer aux imbéciles que, du moment que Ton n'acceptait pas les yeux fermés, toutes les coquineries qui se commettent au nom de la Patrie, c'est que Ton en est Tenneml.

Et voiJà pourquoi Tépithète d'anti-patriote prise en dernier par les internationalistes pour combattre cette campagne inepte de militarisme, de chauvinisme qui veut pousser les hommes à s'entr' égorger, est devenue, sous leurs calomnies, l'équivalent d'ennemis de la France appliquée aux anti-patriotes français; d'ennemis de l'Allemagne, de l'Italie ou de l'Angleterre appliquée aux anti-patriotes, allemands, italiens ou anglais, quand elle signifie purement et simpJement: amour de l'humanité et haine à la guerre.

Les ami-patriotes ne peuvent pas être les ennemis de leur propre pays, puisqu'ils veulent élargir l'amour de rindividu à toute l'humanité. Faisant la guerre à l'autorité et au capital parce qu'ils sont l'autorité et le capital, ils en sont les adversaires aussi bien chez les autres que chez eux. Ce n'est pas un déplacement d'autorité au profit d'un groupement à l'exclusion dVn autre qu'ils réclament, mais bien sa disparition complète.

Adversaires de l'autorité, on nous accuse de vouloir la confusion; adversaires des formes légales de la famille, des contraintes et des empêchements que

la loi apporte à son évolution naturelle, on nous accuse de vouloir en détruire les sentiments affectifs; adversaires du patriotisme étroit qui fait considérer les peuples comme des ennemis, partisans de la fraternité universelle, on nous accuse de prêcher rabaissement de notre pays sous ses voisins et à la haine de nos compatriotes!

Il faudrait s'entendre. Nous savons que l'homme éprouvera toujours certaines préférences. Il aimera à se rappeler les lieux où il aura vécu, où il aura été heureux, où se seront développées ses affections. Ln sentiment de bienveillance particulière le portera toujours vers les lieux où il sera sûr de posséder des amis. tt cette sympathie, cet amour peuvent se porter sur la contrée la plus ingrate, aussi bien que sur une contrée fertile et enchanteresse. Quand on dit que Ton aime tel pays, ce sont les souvenirs qu'il vous rappelle, les émotions qu'il vous a fait éprouver, les amis que vous y avez laissés^ c'est à tout cet ensemble de choses que se rapporte cet attachement et non au sol pour lui-même.

Si les hommes croient devoir être plus attachés à l'endroit qui les a vus naître, pour le seul fait qu'il leur rappelle leur naissance, quel mal y a-t-il, et qui aurait jamais eu la pensée de combattre ce sentiment? Connaissons-nous toujours bien distinctement tous les mobiles qui dictent nos sentiments?

Mais parce que nous aimons davantage telle ou telle localité, est-ce bien une raison de considérer les habitants des autres pays comme des ennemis? Si le patriotisme étaitle sentiment exclusif du sol, du pays où Ton est né, il n*y a pas de raison pour qu'il s'étende à toute une contrée, comme la France, l'Aile-

magne, la Russie, etc., qui ne sont que des assemblages dé patries plus petites. L'amour de la province se^it plus compréhensible, celui de la localité que Ton habite ou de celle où Ton est né, encore plus. Pourquoi pas les haines entre habitants de la même rue? Et si Tamour de Thomme s'est agrandi jusqu'à aimer ceux qui ne lui sont rattachés que par des liens fictifs, pourquoi se restreindraient-ils plutôt à une partie qu'à une autre? Pourquoi ne pas l'élargir à l'humanité entière?

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