‹ La société futureChapitre 9 sur 56 · LA REVOLUTION LT L INTERNATIONALISME · texte numérisé non relu

LA REVOLUTION LT L INTERNATIONALISME

Au cours de ce travail nous développerons les divers arguments que nous avons énoncés, mais, pour ne pas nous laisser détourner de notre plan, nous devons en revenir à notre étude sur la Révolution et ici se dresse la grande objection des partisans de Tautorité — socialistes ou bourgeois — ce serait, pour une société non centralisée, ne disposant pas d'armées permanentes, n'ayant pas à sa tête, des hommes providentiels chargés de penser et d'agir pour le commun des mortels, l'impossibilité de se maintenir au milieu des nationalités environnantes qui seraient restées sous la domination capitaliste. Et les théoriciens bourgeois en concluent qu'il faut continuer à se laisser exploiter, en attendant que les capitalistes veuillent bien être un peu moins gourmands. — Les socialistes nous engagent à nous débarrasser de nos maîtres actuels, pour leur remettre le pouvoir, se chargeant, eux, à leurs risques et périls, de nous fabriquer

un bonheur, au plus juste prix, qui sera respecté par nos voisins grincheux!

Si la révolution se localisait dans une seule nation, il n'y à aucun doute à avoir, les ploutocraties environnantes ne tarderaient pas à lui faire la guerre, peut-être même, sans accomplir la formalité de la lui déclarer au préalable^ comme cela se fait actuellement entre ennemis de bon ton^ où les adversaires «ont d'autant plus courtois, qu'ils se contentent de faire battre les autres, pendant qu'eux se font des politesses, et, entre temps se vendent mutuellement les engins destructeurs qu'ils font fabriquer par ceux quils enverront plus tard en éprouver les efïets.

La Révolution de 89, qui était l'émancipation économique d'une classe, est là pour nous prouver que la noblesse, le clergé et la royauté qui régnaient sur le reste de l'Europe se sentirent solidaires de la noblesse, du clergé et de la royauté françaises, on sait quelle coalition formidable elles organisèrent contre la jeune République naissante, et que ce ne fut pas leur faute si cette dernière ne fut pas étouflfée avant d'avoir vécu.

La ploutocratie qui est tout autant rapace, sinon plus, avec beaucoup d'autres qualités en moins, ne ferait pas moins si elle se sentait menacée. Nul doute que les bourgeoisies environnantes ne voudraient pas laisser s'établir à côté d'elles, un foyer d'idées nouvelles qui pourraient infecter leurs esclaves. Nous savons de quoi les bourgeois sont capables quand leurs intérêts matériels sont menacés. Un rideau de flammes et de mitraille ne tarderait pas à se dérouler amour de la nation assez malavisée pour ne plus vouloir engraisser aucun exploiteur.

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Mais la Révolution de 89 nous montre aussi de quoi est capable un peuple qui défend ce qu'il croît être sa liberté. Les hommes qui se battent pour une idée sont invincibles lorsqu^ls n'ont à lutter que contre des automates, et là conviction de défendre son foyer, son indépendance vaut bien des bataillons.

Les partisans de l'autorité nous répliqueront que la République de 89 était une nation fortement centrt'lisée, qu'elle sut défendre son unité, même contre les ennemis intérieurs, et que c'est pour pouvoir se défendre, comme elle, contre les entreprises extérieures et intérieures, qu'ils réclament une organisation semblable.

Pour que Pargument des autoritaires fût vrai, il faudrait bien étudier la philosophie de l'histoire de cette époque et se rendre compte si ceux qui se montrent à nous, sous les traits des pins farouches partisans de l'autorité centrale, ne subirent pas, plus d'une fois, à leur insu, la pression de la foule anonyme ? Si ce ne fut pas à partir du moment où l'initiative individuelle fût complètement étouffée, la foule réduite à l'impuissance que date la décadence de la Révolution pour se terminer par sa chute sous le talon d'un soudard ?

Mais cela importe peu à notre argumentation. Quelle que fût l'énergie de ceux qui avaient la direction des affaires, leur science aurait-elle été encore cent fois plus grande, elles auraient pesé de peu, s'ils n'avaient été secondés par l'énergie de ceux qui restèrent anonymes, qui surent les forcer, plus d'une fois, à prendre les mesures nécessaires au salut de tous et surent aussi les exécuter de leur propre initiative sans attendre Tassentiment des chefs.

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On avait renversé les bastilles, on avait démoli — croyait-on — les lois du bon plaisir, les entraves qui retenaient les individus dans chacune de leurs manifestations étaient à bas, on avait confisqué les biens de la noblesse et da clergé, ces biens devaient être restitués à la nation, cette espérance avec la croyance que la liberté la plus complète allait enfin luire pour tous, c'en était plus qu'il ne fallait pour mettre le feu au ventre d'individus qui, la veille, n'avaieiit pas même l'entière propriété de leur corps, et les rendre invincibles !

Et pourtant, cela aurait été encore insuffisant, s'ils n'avaient eu aflaire à des armées mercenaires qui étaient loin de se battre avec leur enthousiasme, et dont tout le respect de la discipline devait peser bien peu sous l'impétuosité d'un pareil entrain.

Cela, sans doute, aurait été insuffisant encore si, dans les nations,' au nom desquelles on les combattait, ils n'avaient trouvé des sympathies qui luttaient pour eux et. paralysaient les efforts de ceux qui les combattaient. Le nouvel ordre d'idées avait pour ennemis tous les privilégiés, mais il avait pour lui tous les déshérités qui réclamaient leur affranchissement et l'attendaient des hommes nouveaux qui surgissaient comme des sauveurs.

Voilà le secret de la force de la Révolution, voilà où nous devons tourner nos espérances et nos efforts I

La Révolution ne peut être le fait d'un seul peuple, elle ne pourra se cantonner en un seul lieu. Si elle veut vaincre, il faut qu'elle soit internationale. Les travailleurs d'un pays n'arriveront à se débarrasser de leurs exploiteurs qu'à condition que leurs

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frères des nations environnantes pratiquent la même opération hygiénique ; il faut qu'ils sachent enfin abjurer les haines idiotes dans lesquelles on les a bercés et se décident à rayer ces lignes fictives, dont on les a entourés pour les isoler les uns des autres et qui n'existent réellement que sur le papier.

La Révolution doit être internationale, c'est ce dont doivent bien se convaincre ceux qui rêvent la transformation de la propriété. Pacifique ou violente ; réorganisation autoritaire ou libertaire, la nouvelle société sera, de suite, en butte aux attaques des ploutocxaties environnantes, si réellement, les intérêts bourgeois se trouvent lésés par le nouvel état de choses.

Aujourd'hui, il est de mode de se dire internationaliste. Tous les socialistes le sont, les économistes ie sont, nombre de bourgeois le sont.... en paroles ! Comment donc, « Vive l'Internationale, monsieur I »>

Les peuples sont pour nous Des frères {ter).

Une chanson de P. Dupont le chante depuis 48.

Les peuples sont pour nous des frères, mais tous ces internationaux enthousiastes, y compris nombre de socialistes, il ne faut pas beaucoup les gratter pour y retrouver le chauvin, et leur internationalisme n'aurait pas grand mal à s'accommoder d'une conquête. — Oh ! tout simplement pour faire le bonheur des conquis !... Ils sont nos frères !... tout en les regardant avec ce petit air de condescendance, que l'on a lorsqu'on regarde des individus que l'on considère comme inférieurs à soi. ^

Cet internationalisme-là n'est qu'une parade, les

autres peuples nous valent comme nous Valons les autres peuples, seulement nous sommes aussi incapables de faire leur bonheur qu'eux le nôtre; Aussi bien, du reste qu'aucun individu n*est capable de faire le bonheur de qui que ce soit malgré lui. Nous pouvons nous prêter la main pour nous débarrasser de ceux qui nous font du mal ; nous devons nous considérer comme des égaux qui peuvent et doivent se rendre service à l'occasion, voilà le véritable internationalisme, mais méfions-nous de cet internationalisme, à fleur de peau qui de Tœil droit regarde amoureusement nos frères de l'autre côté de la frontière et fait risette du gauche à « notre brave armée nationale ».

Français, Allemands, Italiens, Anglais ou Russes, nous sommes exploités de la même façon. C'est une minorité de parasites qui nous gruge et qui nous mène. Comme l'âne de La Fontaine, mettons-nous bien dans la tête que « notre ennemi, c'est notre maître « et alors il n'y aura plus de haines nationales. En France, comme en Allemagne, en Angleterre ou en Italie, ceux qui nous exploitent ne s'occupent guère de la nationalité de ceux qu'ils tondent. Leurs préférences, s'ils en ont, seront pour celui qui se laissera tondre le plus bénévolement. — L'humanité ne se divise donc qu'en deux classes : les exploiteurs et les exploités. Que les déshérités de tous pays en fassent leur profit.

Du reste, ici, encore, la marche des événements est encore la meilleure éducatrice des individus, en les forçant à s'accommoder aux circonstances qu'elle leur présente. Et notre époque saura bien forcer les

individus à considérer l'humanité comme leur seule et unique patrie.

L'internationalisme, s'il n'est pas entré dans les esprits est entré dans les faits, ce qui vaut mieux. A l'heure actuelle, tout est international. Il n'y a pas une nation qui pourrait s'isoler et s'enfermer chez elle, et nos protectionnistes les plus enragés, ne peuvent nous « protéger » aussi « fortement » qu'ils le voudraient, forcés qu'ils sont, de tenir compte de certaines réciprocités.

Le télégraphe, les postes, les chemins de fer sont internationaux. Les relations commerciales sont tellement enchevêtrées que certaines maisons semblent n'avoir plus de nationalité. Des maisons de banque, certaines usines sont dans ce cas.

La fabrication des armes de guerre, industrie qui, dans la logique patriote, devrait être éminemment et exclusivement nationale, est une de celles qui, peut-être, est des plus cosmopolites. Les maisons françaises fournissent de canons et d'obus des nations qui, à un moment donné, peuvent être appelées à s'en servir contre la France ; des maisons italiennes, allemandes et anglaises agissent absolument de même. Certains députés sont à la tête de quelques-unes de ces maisons ^ Cela semble tellement naturel que personne plus ne s'en étonne.

Toutes les branches de l'activité humaine sont occupées journellement, à organiser des congrès internationaux, ne pouvant plus opérer isolément chacune chez elles; les relations individuelles, ellesmêmes, par ce vaste mouvement, éprouvent aussi le besoin de sortir de leurs frontières.

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