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LA FEMME, LE MARIAGE

L'idée d'autonomie de l'individu commence à faire son chemin, eu comme toutes les idées, elle triomphera, cela ne fait aucun doute, mais il y en a une autre que Ton a séparée d'elle, quoique, au fond, ce soit la même, et nombre d'individus, même parmi les travailleurs, hélas ! réclament contre leur propre asservissement, et continuent à ne voir, dans la femme, qu'un être inférieur, un instrument de pluisir, quand ils n'en font pas une bête de somme.

Que de fois, n'avons-nous pas entendu dire autOLiide nous : « La femme ! s'occuper de politique ! qu'elle aille donc soigner son pot au feu, et rapetasser les chausses de son mari ». Bien souvent, ce sont des socialistes, des révolutionnaires qui tiennent ce langage ; combien d'autres, qui, sans parler ainsi, sani^ y réfléchir, agissent, dans la famille, comme de véritables maîtres I Outre qu'ils laissent ainsi perdre une des plus grandes forces de la révolution, cette conduite

prouve aussi qu'ils ne sont pas encore arrivés à une compréhension complète de la solidarité de tous les êtres humains.

De cela, il en est résulté un courant d'opinion parallèle, qui, lui, ne s occupant pas de la question économique, poursuit, dans Is^ société actuelle, TafiFranchissement de la femme, son accession à tous les emplois, sa participation aux choses politiques. Autre façon aveugle d'envisager les choses, autre inconscience de la situation. L'asservissement delà femme est une survivance de l'état de barbarie, qui a été maintenu dans les lois parce que l'homme la considérait, en eflet, comme un être Inférieur, mais, pour la femme riche, cet asservissement n'a été bientôt que purement nominal, ne s'est maintenu dans toute sa force que pour la femme prolétaire. Cette dernière ne peut s'affranchir efficacement qu'avec son compagnon de misère, son affranchissement politique ne serait qu'un leurre de plus, comme il Ta été pour le travailleur. Ce n'est pas à côté et en dehors de la révolution sociale que la femme doit rechercher sa délivrance, c'est en mêlant ses réclamations à celles de tous les déshérités.

Sans remonter aux Pères de l'Eglise qui discutaient sérieusement si la femme possédait une âme, que d'âneries n'a-t-on pas débitées là-dessus! A l'heure actuelle, encore, nombre de savants affirment que la femme est un être inférieur. Pour la plupart, il est vrai, ce sont les mêmes qui parlent des « classes inférieures », quand il est question du travailleur, et soutiennent, mordicus, l'inaptitude de cenaines races à pouvoir se hausser à un certain degré d'éducation.

Ces savants-là sont toujours prêts à justifier tomes les oppressions, toutes les iniquités, pourvu qu'oa leur solde leur complaisance en décorations et en crachats. On croirait, vraiment, qu'à force de rabaiï^ser les autres, ils s'imaginent se hausser d'autant.

Que n'a-t-on pas invoqué pour prouver cette prétendue infériorité de la femme : sa faiblesse musculaire, comparée à celle de l'homme, la moindre capacité de son cerveau, pour ne parler que des choses parfaitement établies, sans parler d'une soi-distiiii inaptitude aux sciences exactes, et d'une prétendue physiologie qui voudrait prouver que les organtis sexuels de la femme ne sont qu'un arrêt de développement des organes de l'homme.

Mais, lorsqu'il fut bien établi que le cerveau était l'organe de la pensée, les partisans de l'inférioriié féminine crurent avoir enfin tronvé une base inébranlable pour leur doctrine, et c'est là où ils se sont retranchés. Dans toutes les races humaines, en effet, le cerveau de la femme est, normalement, inférieur en poids à celui de l'homme.

Il est également prouvé que, toutes proponions gardées, le cerveau le plus lourd, a plus de chances d'être mieux doué, cela est hors de contestation. Que à

répondre à ces faits? '

Une chose bien simple : lorsqu'on fait de la science, réellement de la science, dans le but d'apprendre, d'augmenter ses connaissances, et non en vue de s'en faire une arme de guerre pour justifier une idée conçue à priori, on compare, un à un, les éléments du procès, on fait entrer en ligne de compte tous les rap- |

ports accessoires qui complètent la chose en la com * 1

pllquant, on étudie les modifications que ces rapports

peuvent apporter à l'élément principal, et entre eux; et alors là, seulement, on peut espérer avoir des conclusions à peu près certaines.

Nos savants en question, heureux de trouver un fait qui appuyât leur théorie, n'ont oublié qu'une chose, c'est que si le poids eût été tout, s'il eût été seul à entrer en ligne de compte, la baleine et l'éléphant seraient les êtres les plus intelligents qui existent, leur cerveau dépassant, certainement, celui de voir l'homme.

Mais le poids n'est pas seul à coopérer à la richesse du cerveau, certains l'ont compris. Il faut tenir compte de ses rapports avec la taille, avec le poids total du corps. Le cerveau est composé de cellules pensantes, mais aussi de cellules nerveuses dont la seule fonction est d'actionner les différents muscles. Plus la masse est pesante à mouvoir, plus ces dernières sont nombreuses et volumineuses, et leur masse n'a rien à avec l'intelligence.

Il y a, ensuite, la richesse des circonvolutions qui a autant, sinon plus de valeur que le poids ; la composition chimique est une autre valeur dont il faut tenir compte. Une différence de structure des cellules peut modifier le fonctionnement du cerveau, et, enfin, il y a, à prendre en considération les conditions de nutrition qui, selon que l'afflux du sang s'opère, plus ou moins régulièrement, d'une façon plus ou moins active, ralentit ou accélère l'activité cérébrale.

Et, dernière raison, il ne suffit pas d'avoir un cerveau bien doué, faut-il encore lui donner de l'exercice par l'éducation. Or, pour la femme, comme pour le travailleur, on les a toujours maintenus dans une infériorité d'éducation, sous prétexte que celle que

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l'on réservait aux dirigeants était trop au-dessus de leur compréhension, que du reste, elle leur était inutile pour remplir les emplois qu'on leur réservait* Et c'est cette infériorité « acquise » que Ton nous présente aujourd'hui comme une loi naturelle !

Si les hommes avaient été moins infatués de cet esprit anthropocentrique qui leur fait rapporter tout a eux et dérive du même esprit que l'erreur géocenirique, ilsn'auraient pas osé émettre -cette hérésie scientifique. Mais, voyant démanteler peu à peu cette suprématie dont ils se glorifiaient, ils en tentent une dernière transformation* : la « virocenirie » qui, pas plus que les autres, ne repose sur aucune donnée réelle.

S'il s'était agi de deux races' différentes, et sans rapports aucuns, nous comprendrions, à la rigueur, que la question eût pu se poser aussi à faux, sans doute, mais cela eût été à discuter. Mais entre les deux membres de la même famille, les deux souches également nécessaires à la perpétuation de Fespéce, il faut être idiot pour avoir soulevé la question.

Est-ce que l'homme se reproduit à part, et la femme de son côté, pour mieux donner naissance, l'homme à des fils, la femme à des filles, .transmettant ainsi séparément leurs qualités et leurs défauts à leur descendance? — Non, ils sont forcés de coopérer ensemble pour engendrer, indistinctement mâles el femelles. Chacun d'eux transmet ses qualités à s^a progéniture, sans choix de sexe. Parfois le mâle

I . Sans oublier les pédants qui veulent prouver la supérioritc de certaines races et les sous-pédants qui viennent et^suiie, pour affirmer la supériorité de certaines classes. Autant d'erreurs qui dérivent du même esprit.

domine, parfois c'est la femelle. Parfois, l'individu peut prédominer dans- le produit de son sexe, mais aussi dans le produit du sexe opposé. Personne n'a encore pu donner la raison de ces variations, mais il n'en reste pas moins acquis que, selon les circonstances (inconnues) Tun ou Tautre sexe peut indifféremment, dominer dans les produits de la généradon. Or, s'il en est ainsi, et en admettant qu'au point de départ, une infériorité réelle eût caractérisé le sexe féminin, il se serait produit ceci : ou la femelle aurait fini par imposer son infériorité, ou bien le mâle aurait imposé sa supériorité, ou bien encore, il aurait fini par se faire entre les deux composantes un équilibre de facultés qui les auraient mises au même niveau. Dans le premier cas, à chaque génération la femelle serait venue ajouter une part de plus de son infériorité, et ses propriétés négatives auraient fini par éliminer les qualités positives de l'homme. Mais, en ce cas, depuis le temps que l'espèce humaine se perpétue par la génération, elle serait retournée depuis longtemps à l'animalité.

Dans le second, ce sont les qualités positives de l'homme qui auraient triomphé. Les partisans de l'infériorité féminine seront forcés de repousser cette hypothèse, car depuis le temps que les sexes se sont mélangés par la génération, les deux sexes ont été assez malaxés pour qu'ils aient acquis des propriétés égales, et leur affirmation n'aurait plus raison d'être. Ils nieront également le troisième cas qui implique encore un niveau moyen, inférieur, celui-là, pour les deux sexes. Il ne leur resterait donc qu'une quatrième hypothèse, celle que, malgré les mélanges, chaque sexe aurait conservé à travers les croisements,

ses qualités propres. Outre que cette hypothèse, est la moins admissible de toutes, que diront ceux qui se rattachent désespérément à la théorie absolue de la « lutte pour Texistence » et de la survivance det^ plus aptes ?

Ainsi, le simple raisonnement logique nous indique la solution : l'égalité des sexes avec des nuances, des propriétés diverses» mais qui sont des qualités afférentes à l'organisation physiologique à laquelle elles sont attachées et qui les rendent équivalents sinon égaux en aptitudes. l

La femme de par sa faiblesse physique, a, dan^ les sociétés inférieures, toujours subi l'autorité du mâle, à divers degrés de violence ; ce dernier lui a toujours '

plus ou moins imposé son amour. Propriété de \i\ tribu d'abord, du père ensuite, pour passer sous l'antorité du mari, elle changeait ainsi de maîtres sans qu'on daignât consulter ses préférences. l

Objet de propriété, ses maîtres veillaient sur elle pour l'empêcher de prêter sans leur assentiment ce dont ils voulaient être les seuls à disposer, sauf dans les pays où une riche postérité étant un gage de richesse, le maître voulait- bien fermer les yeux sur l'origine de biens dont il pouvait disposer. En tous autres cas, le maître pouvait parfois dans un accè^ de générosité, la prêter à un ami, un hôte ou un client^ comme on prête une chaise, mais se croyant frusué si ceux-ci en avaient disposé à son insu, il en tiruii une vengeance féroce sur la coupable.

Certes, cette dépendance, — si elle est toujours constatée par les lois, hautement prônée par certains, — soit par ruse, soit par le pouvoir que son sexe exerce

sur rhotnme, dans les relations des deux sexes, cette soi-disant autorité de Thomme est bien tombéede fait. A rheure actuelle, dans nos sociétés soi-disant civilisées, la femme riche est émancipée de fait, sinon de droit, il n'y a que la femme pauvre qui subisse à l'heure actuelle l'esclavage et la lettre de la loi.

Même dans les peuplades les plus arriérées, n arrive-t-elle pas à se créer des privilèges? Les historiens antiques nous mentionnent cette tribu gauloise où les femmes étaient appelées à juger les différends que la tribu pouvait avoir avec ses voisins et dont un général romain dut respecter les décisions.

Chez les Australiens, où elle est traitée en bête de somme, où elle ne se met à table qu'en arrière de son seigneur et maître qui lui jette à la volée, les morceaux dont il n* éprouve pas le besoin, on signale une coutume semblable*. En fait, si elle a toujours subi la force brutale de l'homme, la femme par sa finesse et sa ruse, a su toujours prendre de rascendànt sur lui. On lui fait aujourd'hui un crime de cette ruse, « l'arme des faibles », dit-on. Elle pourrait vous répliquer que la raison de la force n'est que celle de la brute.

L'union sexuelle a débuté fort probablement par la promiscuité, ensuite l'homme a affirmé son droit de propriété en capturant celle dont il voulait faire sa « compagne ». il l'a ensuite achetée, puis, les mœurs s'adoucissant toujours de plus en plus, on a fini par tenir compte du choix de la femme, et Témanciper graduellement, tandis que l'esprit de propriété qui reposait sur l'organisation familiale despo-

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