LA LUTTE CONTRE LA. NATURE ET L APPUI MUTUEL
Comme on le voit, sans avoir à rechercher d'autres arguments en faveur du droit à la révolte, dont nous nous réclamons, nous n'aurions qu'à nous saisir de ceux que nous fournit la science bourgeoise officielle pour défendre ses privilèges, justifier l'exploitation qu'elle nous fait subir. Avec les théories bourgeoises rien de plus facile pour saper les bases de Tordre "social qu'elles prétendent consolider.
Mais nous avons des vues plus larges^ une conception plus nette des relations sociales. Nous savons que, même au milieu de l'abondance, l'homme ne peut être heureux, s'il est forcé de défendre sa situation contre les réclamations d'affamés, nous savons que, quelle que soit son inconscience, le privilégié peut, parfois, être tenaillé par le remords lorsqu'il réfléchit que son luxe est le produit de la misère de centaines de malheureux. Nous savons que la violence n'est pas une solution, et prétendons justifier
nos ihjéories avec des arguments rationnels, positifs et non à l*aide de fausses conceptions des lois naturelles. Aussi, loin d'envisager les sociétés humaines comme un vaste champ de bataille où la victoire appartient aux appétits les plus larges, nous pensons, au contraire, que tous les efforts de Thom me doivent s'unir pour se tourner contre la seule nature qui lui présente assez de difficultés à vaincre, assez d'obstacles à renverser, assez de résistance à lui produire ce qui est nécessaire à son existence, assez de mystères à éclaircir, pour y user ses instincts de combativité, y trouver les éléments d'un combat assez long, assez acharné^ pour que ce iie soit pas de trop de tous les eiïons humains réunis, de tout le labeur accumulé des générations pour le mener à bien, combat bien plus profitable que de s'entre-déchirer mumellement.
Que de forces perdues, que d'existences sacrifiées, soit dans le dur combat pour la vie au sein des sociétés, soit dans ces guerres stupides que se livrent les socîéics sous le nom de luttes nationales ! que d'intelligences dévoyées qui, dans un autre milieu, tourneraient au profit de l'évolution humaine, tandis qu'elles périssent misérablement sans avoir rien pu produire!
Les économistes disent que chaque homme représenie un capital, et ils cherchent à justifier un ordre de choses qui — ils sont bien forcés de l'avouer — entraîne par sa mauvaise organisation, la disparition de milliers de malheureux qui meurent avant d'avoir fourni la moitié, le quart, et même bien moins de leur carrière ! Quelle illogisme !
Et tous ces hommes qui s'énervent et s'abrutissent
dans la vie des camps et des casernes, s'ils s'employaient à des travaux d'assainissement, de défrichement, ou autres travaux utiles, tels que, construction de routes, canaux, endiguement de cours d'eaux, travaux de drainage et d'irrigation, reboisage et percement de montagnes, dessèchement de marais, cela ne serait-il pas plus avantageux à l'humanité, que de les voir faire « Portez, armes ! Présentez, armes ! » toute une journée, ou faire la faction au pied d'un mur où il ne passe personne, ou bien encore, à la porte d'une cour pour empêcher les chiens d'y entrer ? Quand comprendra-t-on qu'au lieu d'employer leurs forces à des nuisances destructives, il serait plus utile à l'humanité, qu'ils emploient leurs forces à un travail producteur ? Quand s'apercevra-t-on que tout organisme qui se laisse envahir par le parasitisme, non seulement péril lui-même, mais entraîne aussi la perte des parasites eux-mêmes, incapables qu'ils sont de s'accommoder à de nouvelles conditions ?
Si toutes les forces qui sont dépensées pour produire ces armes de guerre, ces engins explosibles, tout ce matériel de guerre, utile seulement à la destruction, étaient occupées à produire les machines et les outils perfectionnés nécessaires à la production, combien serait réduite la part d'efforts réclamée de chacun pour la coopération à la production générale, combien peu de temps il faudrait à chacun pour produire à la satisfaction de ses premiers besoins. On sent tout de suite qu'il n'y aurait plus besoin de la coercition sociale que les économistes jugent utile pour assurer la subsistance de tous.
Si tous les efforts des inventeurs s'acharnant à dé- ;:ouvrir des cuirasses et blindages pour des navires
que leur poids empêche de marcher et que demain la création d'un nouveau canon, ou d'un nouveau système de torpilles rendra inutiles, si tous leurs calculs, toutes leurs équations, toutes leurs facultés inventrices étaient tournées à trouver des formules pour augmenter Ja puissance productive de Thomme, des instruments nouveaux de production, ne serait-ce pas mieux que d'employer celles déjà existanjes à ces travaux de Pénélope où le travail de demain détruira celui de la veille. Que de projets on pourrait réaliser ainsi qui, aujourd'hui, ne nous semblent encore que des rêves!
L'action de chercher, calculer, étant, chez l'inventeur un besoin incoercible, dans la société que nous voulonsj où ne se ferait plus sentir le besoin d'armées si puissantes, toutes ces dépenses de forces seraient, forcément, tournées vers la découverte de forces utiles, et ces découvertes seraient à l'avantage de tous puisque, la spéculation étant détruite, elle ne pourrait plus s*en emparer et les transformer en moyens d'exploîiation au profit d'une minorité, au détriment du plus grand nombre, ainsi que cela se passe actuellement, où J'on voit les découvertes les plus utiles n'apporter quïm surcroît de charges et de "misères aux producteurs pendant qu'elles décuplent les capitaux des oisifs.
Est-il bien utile enfin, de continuer à s'entre-déchirer d'individu à individu, de nation à nation, de race j race, la terre n'est-elle pas assjsz VQste ppt^r nourrir tout le monde, f^jurnir à tou^ nos bespîns? — Certains bourgeois le nient. Que Y^^t leur assier^on ?
« Il n'y a pas assez fie y ivres pour que chaque in-
dividu puisse y puiser à sa suffisance », affirment les économistes bourgeois, et pour justifier cette pénurie de vivres — qu'ils prétendent exister — nos savants à coune vue ont établi, dans leurs livres, nous ne savons sur quelles bases, des calculs d'où il s'ensuivrait que les objets de consommation augmenteraient dans une proportion arithmétique de 2, 4^ 6, 8, etc., tandis que la population augmenterait dans une proportion géométrique de 2, 4, 8, 16, etc.!
Aucun chiffre ne prouve cela. Les statistiques les mieux faites sont forcées de laisser tant de points dans l'obscurité qu'il est impossible, surtout en ce qui concerne la production, de rien appuyer de positif sur elles, et il arrive que là, comme ailleurs, chacun voit dans les chiffres ce qu'il veut bien y trouver. Or, malgré cela, non seulement rien ne prouve le bien fondé deTassertion des économistes, mais aucun document ne fournît trace de ce calcul !
Mais, en faisant ronfler les mots : « proportion arithmétique! » « proportion géométrique! » en entremêlant cela de quelques formules algébriques que tout le monde n'est pas à même de connaître, ces affirmations vous prennent un petit air pédant et savantasse tellement convaincu, cela clôt si bien le bec au vulgaire profane qu'il s'imagine la démonstration résider dans la formule qu'il n*a pas comprise.
Et les économistes, radieux de démontrer que, si on laissait les choses continuer ainsi, les vivres ne tarderaient pas à manquer complètement, les hommes se verraient forcés de retourner à l'anthropophagie d'où j)s sont sorti§! <s Hei^^'eusement », disent-ils, « que l'organisation sociale intervient avec tout son cortège de frai|des, cje guerres et de maladies occasionnées