‹ La société futureChapitre 6 sur 56 · SR · texte numérisé non relu

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par le& excès ou privations de toute sorte, pour rationner les hommes, les décimer et les empêcher de se manger entre eux. . . en les faisant crever de misère et de faim ! »

Rien de plus faux que leurs calculs et leurs affirmations, car, à part toutes les terres incultes que Ton pourrait rendre productives, il est démontré que, malgré le morcellement de la propriété qui empêche remploi rationnel des modes de culture intensifs, et où, par conséquent, la terre ne rend pas tout ce qu'elle pourrait rendre, la spéculation et Tagiotage font beaucoup plus pour la raréfaction des denrées, que le manque absolu lui-même.

Est-il besoin d'aller chercher au milieu des populations primitives pour trouver des terres incultes faute de soins, quand ces terrains abondent au milieu des populations civilisées? Faut-il citer l'Ecosse se transformant peu à peu en territoire de chasse? Tirlande livrée au mouton, quand, en Australie, il pullule et n'est exploité que pour la laine. Et les innombrables troupeaux de l'Amérique du Sud, sacrifiés pour le cuir seulement, la viande perdue, non pas à cause du manque de débouchés, puisque Ton se plaint qu elle manque en Europe, mais tout simplement parce que l'abaissement de prix, que causerait son imponatioti, sur les troupeaux indigènes, serait préjudiciable a quelques éleveurs et agioteurs assez puissants pour faire passer leurs intérêts avant ceux du public, en faisant voter, par leurs valets du pouvoir législatif, des droits « protecteurs. »

Est-ce la rareté du blé qui maintient des prix élevés? Non, la Russie méridionale, l'Amérique aux vastes plaines fouillées,]^ retournées en tous sens par

les charrues à vapeur, où toute la culture, depuis le commencement jusqu'à la fin, s'opère à l'aide d'outils perfectionnés, quoique sans méthode, pourtant, auraient déjà ruiné l'agriculture française en nous fournissant des grains à très bas prix. Aussi, là, encore, des droits « protecteurs » sont intervenus et nous font payer le pain plus cher qu'il ne vaut.

Ne pouvant produire aussi bon marché que l'Amérique ou la Russii, les agriculteurs français auraient eu à perfectionner leur outillage et leur façon de procéder, ou bien auraient produit autre chose. Cela aurait été trop simple... Et puis, là, encore, il y avait de gros intérêts à « protéger »! c'est le misérable qui paie.

Puis^ l'étude de l'histoire naturelle ne nous démontre-t-elle pas que la puissance prolifique des espèces est en raison inverse de leur degré de développement, c'est-à-dire que, plus les espèces sont bas dans l'échelle sociale, plus elles se multiplient pour combler les vides occasionnés par la guerre que leur font les espèces supérieures. Plus nombreuses sont les causes de destruction, plus intense est la puissance prolifique de l'espèce qui les subit.

C'est ainsi que chez certains végétaux, chaque pied produit annuellement des grains par milliers et par centaines de mille. Certaines espèces de poissons, hareng, esturgeon, etc., sont tout autant prolifiques. La fécondité des lapins, des pigeons est proverbiale.

Chez les mammifères, espèce plus élevée puisqu'elle a donné naissance à l'homme, la fécondité est déjà plus restreinte, mais l'homme, qui est parvenu à domestiquer les espèces les plus utiles à son alimenta-

tion et autres besoins, a trouvé le moyen d'en diriger la production au mieux de ses intérêts, ainsi que celle des végétaux qui servent à leur alimentation et à la sienne.

Même pour les espèces sauvages, qu'on n'a pu domestiquer, si tous les hommes savaient solidariser leurs efforts, au lieu de se faire la guerre, ils pourraient leur créer des conditions d'existence qui en favoriseraient le développement d'une façon rationnelle et tout à fait conforme aux intérêts de l'humanité entière.

Si la terre ne produit pas assez pour assurer l'existence de la population qui la couvre — assertion fort contestable, mais que nous acceptons, car elle n'infirme en rien l'argumentation qui suit — elle est toute prête à fournir au delà de ce que nous pourrons consommer. Que faudrait-il pour cela? organiser une société où la richesse des uns n'engendrerait pas la pauvreté des autres, une société où les individus auraient intérêt à s'aider mutuellement au lieu de se combattre.

Nous avons vu que l'aide mutuelle était une des lois naturelles qui guident l'évolution de toutes les espèces, notre travail n'étant pas un ouvrage d'histoire naturelle ni d'anthropologie, on comprendra que nous ne citions pas tous les faits qui appuient cette thèse; nous renvoyons le lecteur aux divers anicles que notre ami Kropotkine a publips dans la Société Nouvelle, reproduits dans le ^Supplément de Ic^ Révolte, sous le titre générique d'Appui mutuel * et à la bro-

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