‹ La société mourante et l'anarchieChapitre 10 sur 31 · GO LA SOCIÉTÉ MOURANTE · texte numérisé non relu

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Maintenant, supposons que le travailleur aisé, au lieu de continuer à placer ses économies en valeurs quelconques, se mette, quand ii a réuni une certaine somme, à travailler à son compte. Ceci devient encore de plus en plus impossible, grâce à l'outillage mécanique qui exige la concentration d'énormes capitaux et ne laisse plus de place à l'industriel isolé ; mais nous pouvons admettre sa possibilité et nous supposons que cet ouvrier-patron travaille seul. Si les données de l'économie politique sont vraies, que chaque faculté de l'homme soit an capital engagé et qu'il produise la fortune pour celui qui le met en œuvre, voilà un individu qui apporte le capital-argent, le capital-force, le capital-intelligence ; n'ayant à partager avec personne, il ne va pas tarder à voir décupler son capital-argent entre ses mains et devenir millionnaire à son tour?

Dans la pratique, l'ouvrier qui travaille seul, à son compte, n'existe presque pas ; le petit patron, avec deux ou trois ouvriers, vit peut-être un tantinet mieux que ceux qu'il emploie, mais il doit travailler tout autant, sinon plus, talonné sans cesse par les échéances ; il ne doit s'attendre à aucune amélioration, bien heureux s'il arrive à se maintenir dans son bien-être relatif et à éviter la faillite.

Les gros bénéfices, les grosses fortunes, la vie à

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grandes guides, sont réservés aux gros propriétaires, aux gros actionnaires, aux gros usiniers, aux gros spéculateurs, qui ne travaillent pas eux-mêmes, mais occupent les ouvriers par centaines. Ce qui prouve que le capital est bien du travail accumulé, mais le travail des autres accumulé dans les mains d'un seul, d'un voleur.

Du reste, la meilleure preuve qu'il y a un vice fondamental dans l'organisation sociale, c'est que l'outillage mécanique, qui est un progrès engendré par toutes les connaissances acquises, transmises de génération en génération , et qui, par conséquent, devrait bénéficier à tous les êtres humains, en leur rendant la vie plus large et plus facile, par le fait qu'elle augmente leur force de production et leur donne le moyen de produire beaucoup plus, tout en travaillant moins longtemps; l'outillage mécanique n'apporte aux travailleurs qu'un surcroît de misère et de privations. Les capitalistes sont les seuls à bénéficier des avantages des inventions mécaniques qui leur permettent de réduire leur personnel, et, à l'aide de cet antagonisme établi, le chômage entre le personnel inoccupé et le personnel occupé, ils en profitent pour diminuer le salaire du dernier, la. misère poussant le premier à accepter le prix offert, fùt-il inférieur à la somme nécessaire à leur conservation et à leur reproduction, ce qui prouve que les prétendues lois naturelles se trouvent violées par leur propre fonctionnement; que,

par conséquent, si elles sont des lois, elles sont loin d'être naturelles.

D'autre part, il est une chose certaine, c'est que les capitalistes, avec tous leurs capitaux, tout leur outillage mécanique, ne pourraient absolument rien produire s'ils n'avaient le concours des travailleurs — tandis que ces derniers, en s'entendant entre eux et en solidarisant leurs forces, pourraient fort bien produire sans le concours des capitaux. Mais passons, la conclusion que nous voulons en tirer est celle-ci : du moment que les capitalistes ne peuvent mettre leurs capitaux en œuvre sans le concours du travailleur, c'est que ce dernier est le facteur le plus important dans la production, et que, en toute logique, c'est à lui que devrait revenir la meilleure part du produit. Or, comment se fait-il que, au contraire, ce soient les capitalistes qui absorbent la meilleure part du produit ; moins ils produisent, plus ils jouissent? Que plus les travailleurs produisent, plus ils accumulent les chances de chômage et ont alors moins de chances de consommer? Comment se fait-il que plus les magasins regorgent de produits, plus les producteurs crèvent de faim, et que ce qui devrait être une source de richesse et de jouissance générales, devient une source de misère pour ceux qui ont produit?

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De tout ceci, il ressort clairement que la propriété individuelle n'est accessible qu'à ceux qui exploitent leurs semblables. L'histoire de l'Humanité nous démontre que cette forme de la propriété n'a pas été celle des premières associations humaines, que ce n'est que très tard dans leur évolution, quand 'a famille a commencé à se dégager de la promiscuité, que m propriété individuelle a commence c se montrer, dans la propriété commune au clan, à la tribu.

Ceci ne prouverait rien contre sa légitimité, si cette appropriation avait pu s'opérer d'une façon autre qu'arbitrairement; c'est seulement pour démontrer aux bourgeois qui ont voulu faire an argument en sa faveur en prétendant que la propriété a toujours été ce qu'elle est aujourd'hui, que cet argument n'a pas davantage de valeur à nos yeux. '

Du reste, eux qui déclament tant contre les anarchistes qui se réclament de la force pour les déposséder, est-ce qu'ils y mirent tant, de formes pour déposséder la noblesse en 89 et frustrer les paysans qui s'étaient mis à l'œuvre en pendant les hobereaux, détruisant les chartriers,s'emparantdes biens seigneuriaux ?

Est-ce que les confiscations et les ventes, fictives ou à prix dérisoires, qu'ils en firent, n'eurent pas pour but de dépouiller les possesseurs d'alors et les paysans qui en espéraient leur part pour les acca-

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parer à leur profit? N'usèrent-ils pas du simple droit de la force qu'ils masquèrent et sanctionnèrent par des comédies légales? Cette spoliation ne futelle pas plus inique? — en admettant que celle que nous réclamons le soit, ce qui n'est pas — vu qu'elle ne fat pas faite au profit de la collectivité, mais contribua seulement à enrichir quelques trafiquants, qui se dépêchèrent de faire la guerre aux paysans — qui s'étaient rués à l'assaut des châteaux — er les fusillant et les traitant de brigands.

Les bourgeois sont donc mal venus de cner au vol lorsqu'on veut les forcer à restituer, \ar leur propriété n'est, elle-même, que le fruit d'un vol.

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