PRÉFACE
Au milieu des guerres ci viles de la fin du xvi* siècle, G. du Vair, un des sages de ce tempsquiencompla si peu, dans un de ses écrits de propagande qui circulaient de main en main, évoquait en ces termes les beaux jours perdus d'une France heureuse et prospère :
« Représentons-nous par imaginalion Theiireux estai auquel estoit nostre France, avant de tomber en ceste calamiteuse fortune.
« C'esjtoit bien la plus belle, la plus puissante, la plus triomphante monarchie qu'œil d'homme ait jamais veue... Il y avoit un grand, voyre infiny nombre de belles villes, de gros bourgs et villages, et surtout une innumérable quantité de.chasteaux et belles maisons, qui rioient au milieu d'une campagne tant bien cultivée que rien plus. Toutes ces villes et toutes ces provinces estoient habitées d'un nombre infiny d'hommes de doux et gracieux naturel, qui, sous la crainte de Dieu, du prinro et des ioix, vivoient distinguez entre eux par divers ordres
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et différentes vacations, et liez les uns avec les autres d'une telle société, par un si ferme nœud de bienveillance et un si estroit lien de justice, composoient un corps si opulent en toute piété, vaillance et richesse, que tout le monde le révéroit, le redoutoit et Tadmiroit.
« En quel lieu Testât de TEglise a-t-il jamais esté plus florissant ? Les temples y estoient superbement bastis, garnis et réparez des plus précieux ornemens que Ton eust sceu désirer, pour maintenir la splendeur et la majesté du culte divin. La piété de nos ancestres avoit fondé des collèges et couvents d'un grand et ample revenu, pour estre comme les thrésorsdes pauvres et Tazile de la nécessité publique. LÎL, s'estoient conservées, comme dans une arche sacrée, les lettres sainctes et humaines, durant que la barbarie inondoit TOccident. Là, un grand nombre d'hommes nourris et eslevez dans le giron des Muses, pleins de suffisance et érudition, venoient à remplir les prélatures, dignitez et autres places de l'Eglise, de sorte que l'on peut dire avec vérité que, de toutes les provinces du monde *, il n'y en avoit point où la face de l'Eglise fust plus vénérable, resplendissante en doctrine et piété, qu'en nostre France.
^ Dans l'idée qu'on se faisait de la civilisation, au moyen âge, les nations étaient considérées comme autant de parties de la grande unité que formait alors la « République chrétienne ». Le mot de ^ provinces », à elles applique par du Vair, répond à cette haute conception de l'ordre des sociétés, telle qu'elle avait subsisté jusqu'au jour où il fut brisé par la Réforme.