‹ La société russeChapitre 28 sur 50 · LÀ 6RAMDR-DU0HR8BE HÉLÈNE · texte numérisé non relu

LÀ 6RAMDR-DU0HR8BE HÉLÈNE

palais Michel et choquait surtout la coterie bornée, bigote et hypocrite dont Timpératrice régnante était entourée.

La cour de la grande-duchesse n*était pas seulement préférée à toutes les autces cours des bords de 1^ Néwa par les hommes d'État et lespublicistes, mais aussi par les artistes et les savants. Chaque année, à rapproche de la saison du carême et des concerts, la ville apprenait qu'un célèbre artiste arrivant de l'étranger avait été invité à prendre un appartement dans le palais de cette princesse amie des arts, au lieu de se loger à Thotel Klee ou à Thotel Demouthy ou dana quelque autre établissement cher et sale. Les soirées musicales du palais Michel étaient infiniment supérieures à celles qu'on donnait bon gré mal gré au Palais d'Hiver, au Palais de Marbre ou au palais Anitchkine (demeures du grand-duo Constantin et du grand-duc héritier )« Dans ces palais, les artistes sentaient qu'on les mettait en montre; chez la grande-duchesse, au contraire, ils se trouvaient ausu à l'aise que chez eux et comprenaientqu'onlesfètaitnon-seulement à cause de leurs noms, mais aussi à cause de leur talent. La protectrice des hommes de lettres et des artistes était estimée et chérie partout grâce à une autre qualité, c'est-à-dire

dans an article intitulé : Von Herxen xu Herzen (ce jeu de mot est intraduisible ; le Kladderadaisch a proûié du double sens du nom de l'écrivain russe, qui veut dire cœur en allemand). — Le seul coupable que Ton ait découvert alors, est un officier de la garde, le comte Rostowsoff, fils de Jacques Rostowsoff, président du comité d'émancipation ; mais cet officier, qui avait commencé sa carrière en dénonçant la conspiration de 1S95, était mort d^uis 1861.

grâce à sa bienfaisance qui était pour elle une source de joie et qu*elle pratiquait d'une façon réfléchie et méthodique, non pas par ostentation, mais en vue du bien qu'elle voulait faire. Sur ce point, elle s'en rapportait d'ailleurs à l'habile et excellente mademoiselle de Rahden.

On a souvent parlé de la grande influence que la grande-duchesse Hélène Pawlowna avait exercée au point de vue politique. Cette influence a été, en réalité, beaucoup moindre qu'on ne le croit généralement. Dans les questions de politique intérieure, les opinions de la princesse étaient trop vacillantes et trop incer* taines pour produire unefi'et durable; sa politique extérieure était la même que celle de l'empereur et du prince Gortchakofi* et n'avait par conséquent aucun but. Vivement éprise de la politique de Bismarck et de l'alliance prussienne, la grande-duchesse a soutenu de temps en temps de petites guerres contre la bigoterie de l'impératrice et contre la jeune cour ennemie de l'Allemagne; mais ses opinions n'ont exercé une in* fluence décisive sur la marche des affiaires politiques que dans quelques cas exceptionnels, comme, par exemple, dans certaines phases de la période de l'affranchissement des serfs, et dans l'année 1870. — Deux partis mortellement ennemis l'un de l'autre se combattaient dans le grand comité qui discuta les lois rela* tives aux réformes agraires. Cet état de choses provenait de la façon singulière et contradictoire dont cette assemblée était composée.

Les idées du parti nobiliaire, éminemment conserva-

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leur et désireux de sauvegarder les intérêts de la grande propriété foncière et du parti de la vieille bureaucratie, étaient représentées par le prince Alexis Orloff, président du comité, par M. Mourawieff, ministre des domaines, par M. Brock, ancien ministre des finances, par M. le prince Dolgoroukoff, chef de la, troisième section du cabinet de Tempereur, et par le comte Victor Panine, ministre de la justice , homme très- influent et on ne peut plus réactionnaire; la cause des paysans était défendue par le grand-duc Constantin et par le conseiller intime Milioutine, chef de la bureaucratie démocratique.

La grande-duchesse, qui entretenait depuis plusieurs années des relations d'amitié avec Milioutine, prit parti pour l'opposition libérale et sut fortifier. Tempereur dans ses opinions, qui étaient favorables aux concessions les plus larges, et en particulier à V émancipation avec terres, "*

L'auguste princesse ne se contenta pas de donner un exemple efficace en émancipant immédiatement les serfs de ses apanages ; elle persévéra dans ses relations intimes avec Milioutine, alors que ce dernier était écarté et mis, pour ainsi dire, au ban des cercles réactionnaires de la cour. Bien que Ton ne doive pas oublier que la haine aveugle de Milioutine pour la noblesse donnait à ses adversaires le droit de se plaindre du caractère dangereux du programme de ce fanatique et que la grande-duchesse prenait ainsi parti pour son protégé dans des questions que ce dernier envisageait de la façon la plus exclusive, il faut reconnaître qu'elle a contribué,

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dans'une certaine mesure, mais d'une manière médiate, il est vrai, à hâter l'exécution de l'œiivre d'organisation. Son influence fût d'autant plus restreinte pendant la période suivante. On ne lui pardonnait pas, dans certaines sphères, d'avoir pris part à des enfantillages constitutionnels à l'époque de l'exaltation libérale et d'avoir donné un exemple dangereux, mais en réalité inefficace, en inspirant au baron de Haxthausen, avec lequel elle s'était rencontrée à Karlsbad en 1862, l'idée de publier son ouvrage d'ensemble sur les constitutions européennes.

Ce qui avait encore nui davantage au crédit politique de là grande-duchesse, c'était de n'avoir pu prendre une attitude ferme dans la question polonaise , d'avoir été tantôt avec les européens^ tantôt avec les nationaux, et de s'être montrés finalement infidèle à ses anciennes relations avec les amis du grand-duc Constantin en se joignant sans conditions au parti des nationaux, — Ce n'est qu'après l'année 1866 que la grande-duchesse recommença à jouer un rôle important. A cette époque où la question d'Allemagne occupait tout les cœurs et toutes les têtes, ses sympathies s'accordèrent, comme en 1861, avec celles du tzar, son neveu.

La partie féminine de la cour impériale était tout à fait anti-prussienne. Les deux sœurs de l'empereur, la reine Olga de Wurtemberg et la grande-duchesse Marie, veuve du duc de Leuchtenberg, qui résidait la plupart du temps en Italie, s'étaient efforcées, lors de la visite qu'elles firent au printemps de 1866 à la cour de Russie, de faire ressortir les conséquences de la politique révo-

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/u^ibnnaire de Bismarck et avait engagé le tzar à prendre parti pour rAutriche. La cour du grand-duc Constantin, qui était uni par des liens de parenté à la famille royale de Hanovre, soutenait la même opinion, et rimpératrice, qui tremblait pour le trône de son frère,

le grand-duc de Hesse, Tappuyait aussi en secret. Il va aans dire que le grand-duc héritier, en sa qualité de nor tionalj et sa femme, qui est Danoise , montraient des sentiments anti-prussiens. L'empereur et le prince GortchakofT devaient, dans de pareilles conditions, être enchantés qu'une des cours grand-ducales de Saint- Pétersbourg appuyât la politique du gouvernement et prit ouvertement parti pour la Prusse. Liées personnellement avec le chef du cabinet de Berlin , connaissant par la lecture des ouvrages de Henri de Treitschke la véritable portée du programme de la petite Allemagne, la grande-duchesse et ses dames d'honneur ne laissaient échapper aucune des occasions où elles pouvaient avec utilité déclarer publiquement qu'elles étaient favorables à la cause prusso-allemande. — Pendant l'été de 1870, la grande-duchesse Hélène a appuyé aussi résolument la cause de l'Allemagne. On dit que c'estelle qui fit la première remarquer au prince GortchakolTqu'une défaite de la France fournirait à la Russie l'occasion de dénoncer, comme elle le désirait, l'article du traité de Paris concernant la neutralité de la Mer Noire. — Sans vouloir dénigrer les services qu'elle a rendus, il faut cependant faire observer qu'ils n'ont été possibles que parce que son programme coïncidait avec celui do l'empereur et de GortchakofT, et que ces derniers avaient déjà pris

leurs résolutions lorsqu'il fut donné à la plus vieille dame de la maison impériale d*exprimer son opinion dans la question ci-dessus mentionnée.

La granderduchesse n*a jamais été une véritable femme politique. Il lui manquait en premier lieu la clarté et la résolution nécessaires, et ses intérêts s'étendaient aux terrains les plus hétérogènes. Elle a exercé sa plus grande influence, non pas en intriguant dans le domaine politique, mais en représentant des intérêts élevés qui sont souvent négligés à la cour, en protégeant les idées humanitaires et artistiques. Aussi sa mort a-t-elle produit une impression profonde et durable dans presque toutes les sphères de la société de Saint-Pétersbourg, et le vide que cette mort a occasionné ne sera pas comblé de sitôt. Plus on s'élève dans la société russe, plus on trouve effrayante la décadence morale et intellectuelle qui s'est produite dans les dix dernières années et a ébranlé et, pour ainsi dire, anéanti les traditions de bon goût qui existaient en des temps meilleurs.

C'est présisément comme représentante d'une éducation plus noble que celle du reste delà société deScdnt- Pétersbourg, que la grande-duchesse a exercé dans cette capitale une influence réelle, une influence qu aucun autre membre de la famille impériale ne veut ni ne peut exercer à sa place. Depuis sa mort, la cour du grandduc Constantin est la seule qui ne soit pas entièrement fermée aux choses intellectuelles et en particulier à la musique. Le grand-duc montre lui-même quelque talent comme violoncelliste.

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