‹ La société russeChapitre 27 sur 50 · LA GRANDE-DUCHESSE HÉLÈNE · texte numérisé non relu

LA GRANDE-DUCHESSE HÉLÈNE

douée de sa nature, 'avait évidemment perdu depuis longtemps la faculté de concentrer son activité, de se consacrer à un but élevé ou de s'enflammer d'une manière durable pour un idéal déterminé ; ce qu'elle désirait, c'était d'employer son temps et son esprit à des choses plus intéressantes et plus importantes que les riens au milieu desquels s'était écoulée sa jeunesse. Son palais devint en réalité le rendez-vous de toutes les personnes intéressantes de la capitale, qu'il lui était possible de recevoir; les hommes et les femmes de sa cour (la spirituelle Ëditha de Bahden, Madame Abasa, l'habile musicienne, le chevaleresque baron Rosen, le comte M. Wielehorski, l'excellent violoncelliste, etc. etc.) surpassaient de beaucoup le reste de la société de Saint-Pétersbourg par leur éducation, leur inteUigence et leur valeur morale et savaient faire admettre au palais Michel toutes les personnes douées de quelque qualité remarquable. On y voyait les coryphées du parti national et démocratique, les Milioutine les Kaveline, les Aksakoff, aussi souvent que le baron Kaïserling, d'Octtingen, le conseiller intime de Baer, le grand naturaliste qui créa l'histoire du développement des animaux, et les autres représentants de la noblesse courlandaise, et les libéraux européens y de Reutern, Golownin, Walouïeff, amis du grand-duc Constantin. La grande-duchesse savait s'attacher tous ces hommes d'élites; sa conversation animée et aimable, qui en elle-même n'était pas dénuée de charmes, avait pour base une instruction suffisante, et à laquelle s'ajoutaient un grand amour de la lecture, une grande envie

de savoir qui ne s'étendait pas seulement à toutes les publications importantes de la littérature russe, française et allemande y elle avait encpre assez d'énergie pour tenir tête aux mémoires et aux exposés innombrables que Ton soumettait à « l'auguste politicienne. »Mademoiselle de Radhen, sa dame d'honneur favorite, s'entendait à merveille à résumer en quelques pages les œuvres les plus volumineuses, et pendant de longues années cette femme tout à fait extraordinaire se fit aider par des savants allemands qui avaient à peine le temps de trier les matériaux que l'infatigable grande-duchesse faisait préparer pour ses lectures. Sans tenir compte des caprices changeants de la grande cour, Hélène Pawlowna ouvrait les portes de son palais hospitalier à tous ceux qui se distinguaient par leur esprit et leurs connaissances et n'étaient pas précisément compromis; elle était également aimable pour les vieillards et pour les jeunes gens, pour les gloires reconnues et pour les gloires nais* santés. Cette femme vive et impressionnable appliquait d'une manière si sérieuse et si absolue le homo sum, nihit humant a me alienum puto, que l'on répandit pendant l'été de 1862 un bruit absurde d'après lequel la tante de l'empereur aurait été liée avec Herzen et les autres chefs de l'émancipation russe. C'était là une invention méchante et dénuée de tout fondement^ ; mais elle indiquait la liberté d'allures qui régnait au

1. En 1862, un employé du ministère des finances qui était devenu fou, avait dit que lui-même et un grand nombre d'autres personnes, panni lesquelles figurait la grando-duchesse, avaient entretenu une correspondance avec Herzen. Cette idiote calomnie se glissa jusque dans le Kladderadatsch de Berlin , qui la reprodoisit

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