POUSCHKINE ET DANTÈ3. SOI
a-t-on jamais vu un état social plus plein de contradictions, une civilisation plus étrange dans son développement?...
Ni Pouschkine ni ses amis ne pouvaient se douter que Texil du poëte devait être tout à la fois un bonheur pour lui et un bonheur pour la Russie. Si Tami de Pouschtschin, d'Odojewski et de Besstutschoff (Marlinski), n'a pas été impliqué directement dans la conjuration de décembre, et s*il n*a pas été, comme les membres de cette conjuration, envoyé dans les prisons de Tschita et de Petrowsk ou dans les mines de mercure de Nevzschink, il ne le dut qu*à cette circonstance que, de 1820 à 1835, il vécut loin de Saint-Pétersbourg et sous la rigoureuse surveillance de la police. La triste destinée à laquelle Pouschkine échappa fut celle d'un grand nombre de ses jeunes amis, et tout Indique que lui, qui à plusieurs reprises avait approuvé la fondation de sociétés secrètes, il aurait, le 25 décembre 1825, comme RyleïelT, Besstutschoff etOb^lcnski, troqué la lyre contre Tépée, pour se placer aux premiers rangs du malheureux groupe qui avait pu confondre la place
longtemps légalement supprimée pour la noblesse et pour les classes privilégiées, et 1 on peut tenir pour certain que Tempereur luimôme ne Ta jamais fait appliquer à des gentilshommes. Le bruit f&cheux qui s'était répandu au svget de Pouschkine ne peut s'expliquer que par l'influence persistante des traditions du dix-huitième siècle, c'est-à-dire d'une époque où les peines corporelles étaient encore très-souvent appliquées à l'occasion des procès de haute trahison. Des gentilshommes et des officiers dégradés et devenus simples soldats ont été encore hàtonnés depuis, à l'occasion. La peine corporelle n'a été supprimée que sous le règne d'Alexandre II, en 1865.
Isaac avec le forum Jtomanorum et la populace de Saint- Pétersbourg avec le peuple des Quintes. Ge fut, en outre, pour Pouschkine, au point de vue du développement de son talent, une circonstance d'une importance décisive que le fait d'être, pendant une série d'années, affranchi des liens de la haute société de Saint-Pétersbourg, et mis à même d'entrer en contact intime avec la nature sur le Dniester, dans la région de la côte taurique et au pied du Caucase, et d'apprendre ainsi à connaître de près le peuple dont il était le grand poëte. Six ans durant, Pouschkine demeura exilé loin de Saint-Pétersbourg. De Kischeneff, il était allé à Odessa, mais il n'avait pu se fixer définitivement dans cette dernière ville, par ce motif que le comte Stroganoff, qui était préposé à sa surveillance, avait fait la remarque que l'influence du jeune poëte sur la société bourgeoise qui chaque été afflue à Odessa, ^tait pernicieuse et que la jeunesse du Lycée de Richelieu commençait à imiter les manièises « byronesques » du poète qu^elle admirait. Le malheur voulut que Pouschkine écrivît vers la même époque à Saint-Pétersbourg des lettres faisant allusion à la connaissance qu'il avait faite de l'Anglais Hutchinson, ami de Shelley. Ges lettres, dans lesquelles il prenait la défense de ce penseur original, soupçonné d'athéisme, tombèrent entre les mains de la police. Une lettre particulière de Nesselrode, datée du Il juin 1824 et libellée en français, fit savoir au gouverneur général de la Russie méridionale, que Sa Majesté était mécontente de la conduite du secrétaire collégial Pouschkine et qu'EUe avait donné l'ordre de renvoyer