‹ La sociologieChapitre 43 sur 45 · ENSEMBLE DE L.V DOCTRINE POSITIVE · texte numérisé non relu

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tiliier clans ce but, avec les animaux dont l'odorat est plus délicat que celui de l'homme, une sorte d'association équivalente à celle dont le même sens a depuis longtemps fourni le motif pour la chasse ou pour la guerre.

Ouand le nombre des éléments irréductibles de la physique aura été déterminé, rintluence philosophique pourra plus aisément améliorer la constitution de chaque branche principale. Dans les parties les plus avancées, cette constitution flotte presque toujours entre l'impulsion des géomètres, trop peu disposés à l'appréciation des théories physiques, et la résistance des physiciens, étrangers aux études mathématiques. L'esprit mathématique offre ici plus de dangers qu'en toute autre science, parce que son influence est rendue plus directe et sa conservation plus spécieuse par la nature purement géométrique ou mécanique d'un grand nombre de spéculations physiques. 11 appartient aux physiciens de contenir l'aveugle instinct qui entraîne encore les géomètres à exercer sur l'ensemble des études naturelles une domination stérile et oppressive. La perturbation à laquelle la physique est ainsi exposée m'a déterminé à y rapporter la discussion des vaines hypothèses qui continuent d'altérer la réalité de ses principales théories. Les fluides métaphysiques ne sont maintenus que pour permettre d'envisager tous les phénomènes comme exclusivement mécaniques. Or ce point de vue ne convient qu'à la pesanteur.

Le mode chimique est le plus intime et le plus complet de l'existence inorganique. La généralité inorganique s'y manifeste encore ; mais elle y décroît beaucoup. Ces phénomènes présentent entre les diverses substances des différences qui ne sont plus réductibles, comme en physique, à de simples inégalités d'énergie. C'est surtout ici que se développe la tendance qu'ont les divers ordres de phénomènes à devenir d'autant plus modifiables que leur complication et leur spécialité augmentent. Les phénomènes physiques en ofl'rent un premier exemple qui motive l'introduction de la méthode expérimentale. Mais en chimie la faculté de modifier est plus complète ; elle s'étend jusqu'à la composition moléculaire. Aussi la chimie constituera-t-elle toujours la base de la puissance matérielle de l'homme.

La chimie est plus éloignée que la physique de sa constitu- CoMTE. — Sociologie. 29

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lion normale. Sa nature intermédiaire la destine à faire pénétrer dans les études inorganiques l'esprit d'ensemble, que développent les études organiques par la méthode comparative et la théorie taxinomique. C'est là que devrait se trouver le terme du régime analytique et le commencement du régime synthétique. Cette science, au contraire, depuis la systématisation établie par Lavoisier, a été abandonnée à l'esprit de détail, qui l'encombre de faits incohérents. Il faut garantir la chimie, non pas de l'esprit mathématique, mais de la domination de la physique elle-même. Par une erreur analogue à celle qui les porte à vouloir réduire l'existence physique à la seule existence géométrique ou mécanique, plusieurs savants sont entraînés à ne voir que de simples effets physiques dans les phénomènes chimiques les plus caractérisés. Cette tendance résulte de l'exagération de l'efficacité chimique, qui appartient aux actions physiques ; elle ne sera contenue que par la régénération de l'esprit scientifique actuel. Mais, quelle que soit l'imperfection des études chimiques, dans lesquelles la prévision n'est encore possible qu'en certains cas, ces études ont développé le sentiment des lois naturelles à l'égard des phénomènes les plus compliqués de l'existence inorganique, qui avaient été si longtemps regardés comme régis par de mystérieuses influences, et susceptibles d'arbitraires variations.

Après avoir fondé la philosophie inorganique, qui devait commencer par être analytique, l'esprit positif s'est élevé à la philosophie organique, dont le caractère a toujours été synthétique, malgré les graves erreurs qu'y entretient encore une servile imitation des travaux qui lui ont servi de base. Suivant une formule célèbre, l'étude de l'homme et de l'humanité constitue la principale science, c'est-à-dire celle qui doit surtout occuper l'attention des hautes intelligences et la sollicitude de la raison publique. La destination simplement préliminaire des études antérieures est tellement sentie, que ces études ne sont qualifiées qu'à l'aide d'expressions négatives, comme inorganiques et inertes.

En passant des études inorganicjues aux études biologiques, on sent que le mode d'existence éprouve un immense accroissement, très supérieur aux degrés d'extension ({u'il avait déjà reçus en s'élevant du simple état mathématique ou astrono-

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miqno à Total pliysiqiio. ol docoliii-ci à rôlat chimique. Toutefois le eoutlit cjui a existé en biologie entre les besoins logiques et les besoins scient ili({ues, pendant tout le cours (le révolution préparatoire des deux derniers siècles, a opposé de graiuls obstacles ù lapprécialion d'une telle diversité. Les sciences inorganiques tendaient d'autant plus k dominer la biologie que les phénomènes vitaux sont en grande partie mécaniques, physiques, et surtout chimiques. Ce qu'ils oll'rent de propre, outre la difl'érence des appareils, est trop dil'licile à déterminer pour ne pas rendre longtemps spécieuse la légitimité d'une semblable domination. Mais ce qui l'a surtout prolongée, c'est qu'on a dû accueillir les conceptions qui paraissaient susceptibles de détruire l'ascendant métaphysique, quelque opposées qu'elles fussent à la nature des phénomènes. Rien n'est plus caractérislique que la prépondérance qu'a conservée, pendant plus d'un siècle, l'erreur biologique de Descartes sur l'automatisme animal, dont Buffon lui-même ne put jamais s'affranchir, bien que ses méditations aient dû lui en manifester l'absurdité. Mais la suprématie de l'esprit mathématique, malgré ses graves dangers, lui paraissait avec raison préférable à la tutelle de la théologie ou de la métaphysique, et il n'y avait pas alors d'autre alternative.

Une telle difficulté a été résolue par la combinaison des deux conceptions, l'une physiologique, l'autre anatomique, qui ont immortalisé Bichat. La conception physiologique consiste dans la distinction établie entre la vie organique ou végétative et la vie animale, distinction qui est le fondement de la philosophie biologique. C'est en effet sous son inspiralion qu'on a pu déterminer la part qu'il faut accorder en biologie aux prétentions des sciences physiques et chimiques. Ces prétentions ont été reconnues légitimes en ce qui concerne les phénomènes de végétabilité, qui sont la base de toute existence vitale. Au contraire, la double propriété qui caractérise l'animalité est irréductible aux qualités inorganiques, et préside à un ordre de phénomènes distincts, sans aucune analogie avec les actes inférieurs. Toutefois une telle répartition n'autorise pas les physiciens et les chimistes à dominer le premier ordre d'études biologiques. Sans doute l'application de la doctrine inorganique est indispensable; mais c'est aux biologistes qu'il appartient de la diriger,

parce qu'ils peuvent seuls en comprendre les conditions et lu sage.

Quant à la conception anatomique, elle résulte de la théorie des tissus élémentaires. C'est l'équivalent de l'office rempli en physique et en chimie par la théorie moléculaire. En effet, cette notion statique a pu seule procurer à la notion dynamique des deux vies une consistance scientifique en permettant d'assigner à chacun de ces modes d'existence un siège qui pût être nettement distingué, même dans les plus éminents organismes. Mais cette double conception, malgré sa puissance intrinsèque, n'eût jamais acquis un caractère assez complet, si elle se fût bornée à l'homme.

Bien que l'homme soit l'objet essentiel de la biologie, son étude ne pouvait devenir rationnelle tant qu'elle ne comprenait que l'organisme le plus complexe. Elle ne pouvait être abordée avec succès sans être dominée par la méthode comparative, que la nature de tels phénomènes a si heureusement ménagée pour surmonter les difficultés de ces hautes recherches par une transition graduelle entre les degrés successifs d'organisation ou de vie. Cette méthode a été surtout appliquée à distinguer les deux modes de l'activité vitale, qui sont ainsi caractérisés par les divers types de la hiérarchie organique. Mais la construction d'une telle hiérarchie dépendait de cette conception préalable ; car la pure végétabilité ne comporte entre les différents êtres que de simples inégalités d'énergie, comme les propriétés physiques et chimiques, sans admettre cette diversité de modes successifs, qui devient la base d'une véritable série, et qui n'est propre qu'à l'animalité. C'est surtout en raison de cette intime connexité que la fondation de la philosophie biologique est résultée de l'établissement de la hiérarchie animale.

Une telle création constitue non seulement le principal instrument logique, mais encore la pensée prépondérante de toutes les hautes spéculations biologiques, parce que le point de vue anatomique et physiologique y concorde avec le point de vue taxinomique. La notion de l'organisme, d'abord absorbée par celle du milieu, qui à l'origine était seule appréciable, a été affermie par la considération d'une longue succession de systèmes vitaux de plus en plus complexes. Les idées sysématiqucs d'ordre et d'harmonie sont résultées des étude-

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inorganiques on raison do lonrsimplicilo snporiourc ; mais les itlées de classement et de hiérarchie, cjni en constiluent la pins hante manifestation, n'ont pu émaner que des éludes biologiques. La biologie actuelle a d'immenses lacunes ; néanmoins elle est plus rationnelle que les sciences antérieures, aveuglément livrées au régime de la spécialité qui a distingué leur élaboration préliminaire. La notion de la spontanéité vitale, se dévelo{)panl à des degrés déterminés entre les limites correspondantes à Taccomplissement des lois de l'existence, est irrévocablement établie par la conception hiérarchique qui domine l'ensemble des idées biologiques. Toutefois, les obstacles que cette conception éprouve encore au sein même de la science et la persistance du conflit initial prouvent qu'une telle constitution n'est pas complète.

Les biologistes ne s'affranchiront de l'invasion des sciences inorganiques qu'en se les rendant assez familières pour en incorporer l'application au système de leurs propres études. Celte obligation résulte des mêmes motifs qui ont déjà imposé aux autres classes de savants de semblables conditions logiques. En outre, la biologie ne peut être pleinement constituée sans l'intervention de la sociologie. Car, tandis que, par son extrémité inférieure, elle touche à la science inorganique dans l'étude de la vie végétative, elle adhère, par son extrémité supérieure, à la science du développement social dans l'élude de la vie intellectuelle et morale. Or cette dernière étude, sans laquelle la connaissance biologique de l'homme est insuffisante, ne peut être convenablement instituée au point de vue individuel. Elle exige la considération du développement collectif de l'humanité.

La sociologie diffère tellement de la biologie, qu'il est impossible de ne pas l'en séparer. Sous l'aspect logique, la méthode y est complétée par le mode historique^ qui, résultant du mode comparatif, propre à la biologie, en doit néanmoins être distingué. La séparation n'est pas moins marquée dans l'ordre scientifique ; car il est impossible de déduire des lois relatives à l'existence individuelle de l'homme les phénomènes successifs de révolution sociale. Chaque degré de cette évolution ne peut être rattaché qu'au degré immédiatement antérieur, bien que leurensemble doive constamment rester en harmonie avec le système des notions biologiques. La biologie fournit sur la

nature humaine des notions qui doivent contrôler les indications de la sociologie, et souvent même les rectifier et les perfectionner. Elle fait connaître cette association élémentaire, intermédiaire entre Texistence individuelle et l'existence sociale, qui résulte de Texistence domestique, plus ou moins commune à tous les animaux supérieurs, et qui forme, dans notre espèce, la base du plus vaste organisme collectif.

La constitution de la sociologie ayant été établie au point de vue dynamique, les lois d'harmonie y ont été considérées parmi les lois de succession. Aussi la plus haute connexité entre la sociologie et la biologie consiste-t-elle dans la liaison que j'ai instituée entre la série sociologique et la série biologique, et qui permet d'envisager la première comme un simple prolongement de la seconde, bien que les termes de l'une soient coexistants, et ceux de l'autre successifs. Sauf cette différence, qui ne peut interdire l'enchaînement des deux séries, le caractère de l'évolution humaine résulte de la prépondérance croissante des mêmes attributs qui placent l'homme à la tête de la hiérarchie animale. On parvient ainsi à concevoir que le système organique rattache la moindre existence végétative à la plus noble activité sociale par une longue progression de termes de plus en plus élevés. Le principe d'un tel enchaînement consistant dans la généralité décroissante des phénomènes prépondérants, cette série organique complète la série formée par la nature inorganique, d'abord mathématique et astronomique, ensuite physique et chimique.

La direction du mouvement humain étant ainsi déterminée, il restait, pour constituer la sociologie, à en caractériser les différentes phases. C'est ce que j'ai accompli par ma loi d'évolution, qui, avec cette loi hiérarchique, établit un système philosophique dont les deux éléments sont solidaires. Dans cette conception dynamique, la sociologie se rattache à la biologie, puisque l'état initial de l'humanité coïncide avec l'état où sont retenus les animaux supérieurs, chez lesquels l'existence spéculative ne dépasse jamais ce fétichisme primordial dont l'homme lui-même n'aurait pu sortir sans l'énergique impulsion du développement collectif. La similitude est encore plus évidente au point de vue de lexistence active.

Après avoir constitué la théorie sociologique, il fallait,

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