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ENSEMBLE DE LA DOCTRINE POSITIVE

coiv les trois lois fondamentales de la mécanique ont une véritable universalité, parce qu'elles s'appli({uent à tous les phénomènes possibles, et particulièrement à ceux de la nature vivante, individuelle ou sociale.

La première loi, qu'on désigne sous le nom de loi d'inertie, est due à Kepler. 11 suiTit de l'envisager comme loi de persistance mécanique pour y voir un cas particulier de la tendance qu'ont tous les phénomènes à persévérer indéfiniment dans leur état, s'il ne survient aucune influence perturbatrice. La théorie de l'habitude repose sur le même principe, sauf l'intermillence des actes correspondants. La vie sociale, plus durable que la vie individuelle, fait ressortir la tendance de tout système politique à se perpétuer. En physique, certains phénomènes manifestent, jusque dans les moindres modifications moléculaires, une tendance à la reproduction des mêmes actes, tendance qu'on supposait à tort particulière aux corps vivants. Ainsi, sous ce premier aspect, il est impossible de méconnaître la subordination de tous les phénomènes à une même loi universelle.

La seconde loi, découverte par Galilée, se rapporte à la conciliation de tout mouvement commun avec les différents mouvements particuliers. Non seulement cette loi ^convient aux phénomènes mécaniques de la vie animale, mais encore elle s'applique à tous les phénomènes organiques et inorganiques. On peut en effet constater dans tout système l'indépendance des relations mutuelles, actives ou passives, à l'égard de toute action commune aux différentes parties, quels qu'en soient le genre et le degré. Les études biologiques offrent la vérification de cette loi, aussi bien dans les phénomènes de sensibilité que dans ceux de contractilité. 11 en est de même des études sociologiques ; car, si le progrès social trouble l'ordre intérieurd'un système politique, c'est uniquement, comme en mécanique, lorsque le mouvement n'y saurait être commun aux différentes parties, dont l'économie mutuelle ne serait au contraire nullement altérée par une progression plus rapide, à laquelle tous les éléments participeraient avec une égale énergie. Une étude plus philosophique des actes physiques et chimiques montrera sans doute que la môme loi s'applique aux phénomènes qui ne doivent pas être regardés comme purement mécaniques, ainsi que l'indiquent déjà, par exemple,

les effets thermométriques uniquement dus aux inégalités mutuelles.

Quant à la loi établie par Newton, qui consiste dans l'égalité de la réaction et de l'action, son universalité est encore plus sensible. C'est la seule loi dont on ait quelquefois entrevu l'extension à toute l'économie naturelle. On peut observer cette égalité dans les effets physiques, chimiques, biologiques et même politiques, en ne cherchant partout que le degré de précision compatible avec la nature du sujet.

Chacune des trois lois de la mécanique l'ationnelle s'applique donc à tous les phénomènes possibles. Il en est de même du célèbre principe d'après lequel d'Alembert a rattaché les questions de mouvement aux questions d'équilibre. Soit qu'on envisage ce principe comme une généralisation de la troisième loi du mouvement, soit qu'on y voie une notion distincte, on pourra toujours sentir qu'il est destiné à lier dans tout système l'appréciation dynamique à l'appréciation statique, les lois d'harmonie devant être maintenues au milieu des phénomènes de succession. La sociologie présente l'application la plus décisive de cette importante relation. Si les lois d'existence étaient toujours connues, on y pourrait ramener, comme en mécanique, les questions d'activité.

La mécanique rationnelle offre un exemple de certaines lois applicables à l'économie naturelle d'un genre quelconque de phénomènes. Ces lois ont été dévoilées par le sujet le plus simple et le plus commun, mais elles pourraient être conçues comme émanant des parties les plus élevées et les plus spéciales de la philosophie abstraite. Tel est le premier exemple du caractère d'universalité que prendront les notions positives, sous l'ascendant de l'esprit philosophique. C'est pourquoi j'ai insisté à cet égard, afin d'utiliser une occasion unique. Les lois précédentes suffisent pour constituer la mécanique rationnelle, puisque la théorie abstraite de l'équilibre et du mouvement n'exige aucune autre base. Dans tout sujet plus complexe, les mêmes lois sont insuffisantes pour une étude approfondie ; mais elles fournissent de précieuses indications, parce qu'elles doivent dominer les lois plus spéciales qui se rapportent aux autres modes abstraits d'existence et d'activité. Quant à ces dernières lois, qui resteront toujours indispensables, et dont le nombre demeurera longtemps très grand, on

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peut espérer que les plus importantes seront un jour investies d'un même caractère d'universalité. Ces explications autorisent à concevoir ipie tout le système des connaissances humaines est susceptible d'une unité scientifî(iue, indépendante de l'unité logique constituée dans le chapitre précédent, tout en restant en harmonie avec elle.

Après avoir apprécié le mode mathématique, nous devons examiner le mode astronomique, La première appréciation était indispensable pour déterminer les lois de la plus simple existence inorganiijue. La seconde ne Test pas moins pour caractériser le milieu dans lequel s'efTectuent tous les phénomènes. Cet examen semble, au premier aspect, contraire à ce que nous avons dit de la nature abstraite de > spéculations philosophiques ; car les notions astronomiques ne diffèrent des notions mathématiques que par leur application aux astres. ^lais on incorpore de même à la chimie abstraite l'analyse de l'air et celle de l'eau, à titre de milieu général dans lequel s'accompHssent tous les phénomènes. Dans les études astronomiques, les phénomènes géométriques et mécaniques sont toujours abstraitement considérés, comme si les corps célestes n'en comportaient pas d'autres, tandis que le caractère de toute théorie concrète consiste dans la combinaison des divers modes inhérents à chaque existence totale. En s'appliquant aux astres, les spéculations mathématiques n'altèrent donc pas leur nature abstraite ; elles ne font que se développer sur un exemple capital, que son importance oblige à spécialiser. Cette application exerce d'ailleurs une réaction qui fait sentir la réalité et la portée des notions mathématiques.

En passant de l'astronomie à la physique, on apprécie une activité plus spéciale et plus complexe. Bien que les phénomènes physiques soient communs à tous les corps, sauf l'inégalité de degré, leur manifestation exige un concours de circonstances qui n'est jamais continu. Parmi les cinq catégories qui distinguent ces phénomènes, la première, qui se rapporte à la pesanteur, offre seule une généralité mathématique. Aussi constitue-t-elle la transition naturelle de l'astronomie à la physique. Toutes les autres présentent une spécialité croissante. La physique compose avec la chimie un mode intermédiaire, dont l'importance est facile à saisir ; car, s'il n'existait

pas. on ne pourrait concevoir Funilé de la science, qui serait formée de deux éléments hétérogènes. Mais ce mode intermédiaire, adhérent par une extrémité à l'astronomie et par l'autre à la biologie, permet à l'intelligence de parcourir graduellement tout le système de la philosophie abstraite.

La physique a l'inconvénient d'être composée de parties plus distinctes les unes des autres que ne le sont entre ^lles la géométrie et la mécanique. La fusion des notions magnétiques avec les notions électriques ne peut faire espérer que cette multiplicité se réduise jamais à l'unité. Il y a plutôt lieu de penser qu'une plus complète étude de l'existence inorganique augmentera le nombre des parties de la physique, qui sont actuellement fixées à cinq ; car cette diversité doit correspondre non seulement aux modes ainsi étudiés, mais encore à nos moyens organiques d'exploration.

Le nombre de nos sens n'est pas d'ailleurs à l'abri de toute incertitude. La théorie des sensations, malheureusement abandonnée aux métaphysiciens, est dans un état d'enfance. Une appréciation rationnelle, à la fois anatomique et physiologique, conduirait sans doute à distinguer les sensations de chaleur et de pression, aujourd'hui confondues, avec plusieurs autres peut-être, dans le sens du tact, qui, malgré sa classique réputation de netteté, semble destiné à recueillir toutes les attributions dont le siège n'est pas déterminé. Deux de nos sens, l'odorat et le goût, très employés en chimie, n'ont encore en physique aucune application. Chacun d'eux, et surtout le premier, aurait déjà suscité un département distinct, si notre organisation nerveuse avait été, à cet égard, aussi parfaite que celle de beaucoup d'animaux supérieurs. Réciproquement, l'optique et l'acoustique seraient probablement inconnues, si notre vue et notre ouïe étaient au niveau de notre odorat. Le mode d'existence inorganique appréciable à l'odorat semble en effet n'être pas moins distinct de ceux qui correspondent aux deux autres sens que ceux-ci ne le sont entre eux, comme le prouve surtout la persistance de l'ouïe dans l'ensemble de la série animale. Malgré les obstacles que notre imperfection organique apportera toujours au développement de la branche correspondante de la physique, une exploration aidée par d'ingénieux instruments parviendrait sans doute à les surmonter. D'ailleurs, il ne serait peut-être pas impossible d'ins-

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