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aUrihiiéo à celui qu'elle supposait être un simple gentilhomme de la cour, maintenant que vous m'avez octroyé votre appui, je n'ai plus peur d'un méchant et austère seigneur, tout chargé d'ordres et de chaînes d'or, qui m'ailait emmener de vive force au Châtelet, et qui s'opposait malignement à ce que je visse le roi.
— Vous souhaitez voir le roi, ma mie? demanda en souriant Henri IV, qui se félicitait au fond du cœur d'avoir rencontré celle qu'on voulait l'empêcher de voir.
—A l'heure même, Monseigneur! réponditelle en lui montrant le chemin pour pénétrer dans le Louvre : il importe que je lui parle!
— Ventre saint-gris ! qu'avez-vous à lui dire, ma fille? Je suis certain qu'il ne vous en diiait pas moins, s'il avait le bonheur de se trouver
— Cela ne se peut fier qu'à lui , Monseigneur, et comme le roi ne manque pas de gé-
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nérosité (rame, il me prêtera l'assistance dont j*ai besoin !
— Oui (là, ma fille, ce sera un gros plaisir pour le roi de vous assister, et vous lui pouvez demander ce que bon vous semblera , en toute assurance d'être satisfaite dans tout ce qui ne passera point sa puissance.
— Oh ! Monseigneur î que je serais aise si c'était le roi qui me baillât cette promesse!
— Ce n'est pas le roi , en effet, ma fdle, reprit Henri IV en faisant signe aux assistans de ne pas le trahir; mais ce que je vous promets, le roi le tiendra, d'autant que le roi n'a rien à me refuser plus qu'à vous.
— Or donc, Monseigneur, la chose presse, et je vous prie de donner ordre à ce que M. de Créqui ne se batte pas en duel avec monseigneur le duc de Guise.
— Ventre saint-gris! ma fdle, ne sont-ce pas vos yeux émérillonnés qui ont bouté la discorde entre messieurs de Guise et de Créqui?
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— Répondez-moi que ce combat fatal n^aura pas lieu, Monseigneur, et que M. de Créqui ne tuera pas Je pauvre duc de Guise, comme il a tué don Philippin durant la guerre de Savoie.
— Assurément je ne souffrirai pas qu'on tue M. de Guise, répliqua Henri IV qui voyait avec dépit l'intérêt de la jeune fille se porter sur Charles de Lorraine plutôt que sur son adversaire. M. de Créqui ne s'exposera point à mon courroux et aux rigueurs des édits contre les duels.
— Bon! Monseigneur, les gentilshommes ne se soucient pas plus de ces édits que des toiles d'araignées, et ils sont déjà sur le pré, hélas!
— Je vous jure, ma vie, qu'ils ne se battront pas, et je vais envoyer une troupe de mes gardes pour les forcer de rengainer.
— Ils ne voudront rien entendre, si le roi n'y vient en personne, Monseigneur, et ne les réconcilie.
— Entrez un peu là-dedans avec moi , ma fille , ot , pendant ce temps-là ^ je ferai si bien
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que MM. de Guise et de Créqui comparaîlront devant le roi.
— Il faut que j'y sois , Monseigneur , pour accuser M, de Créqui , lequel m'a mortellelement offensée, et le roi jugera noire différend.
— Quel différend? êtes-vous la maîtresse de M. de Créqui? Vous a-t-il enlevée à vos parens? Yentre saint-gris! quel tort vous a-t-il fait?
— Je le dirai au roi , Monseigneur.... Mais où sont les gardes? où est la lettre du roi pour que n'advienne pas ce qui est advenu de don Philippin?
— Reposez-vous sous mes auspices , vous dis-je, tandis (|ue je prendrai soin de vous contenter et vous rendre M. de Guise, qui vous tient fort au cœur, j'appréhende.
— J'y veux aller ^ Monseigneur, car aussi bien ne serai-je pas tranquille avant de l'avoir retrouvé sain et sauf.
— Ventre saint-gris ! c'est lui qui est aimé , et je lui porte envie! Mais où se doit faire ce duel que vous redouiez tant?
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— Au Pré-aux-Clercs , Moiiseignenr , et je trenîble qu'ils ne soient sur le champ, en cas que Monseigneur ait recouvré sa liberté.
— Ça , ma fille , venons ensemble au Préaux-Clercs pour mieux piger la chose et pour mettre obstacle à ce combat impie et criminel. Savez- vous que les duellistes sont cités en parlement comme coupables clu crime de lèsemajesté?
— Mon Dieu! si M. de Créqui ôtait la vie à cet héroïque duc de Guise, ce ne serait point assez de lui trancher la tête sur un échafaud.
— Sur ma parole! ma fille, si le prix du combat était votre amour, je braverais les édits pour gagner la récompense des armes !
— Mais à quoi bon aller de la sorte, sans ordres du roi ? Les combattans seront sourds à vos avis de même qu'à mes supplications : ils continueront à nos yeux de battre le fer, jusqu'à ce que l'un d'eux soit mis par terre. Dieu fasse que ce ne soit M. le duc de Guise!
— Ayez confiance en moi, mafdle, je suis
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le grand-prevot des maréchaux, et je n'ai qu'à me montrer pour faire rentrer les épées dans les fourreaux. Venez en ma compagnie et ne pleurez davantage : Messieurs, que nul ne nous suive!
— Permettez au contraire que je vous accompagne avec mes gens , dit Sully qui s'était approché et qui avait écouté en grondant le dialogue de Henri IV avec Morabba : la bande du Maugrabin s'est retirée devers le Pré-aux- Clercs , et il est trop matin pour que vous alliez en sûreté : une telle promenade convient mal à votre rang. Ne serait-ce pas d'ailleurs une embûche qu'on prépare contre vous ?
— Venez donc aussi avec vos piquiers , mon ami , dit Henri IV en lui serrant la main avec cordialité : j'espère bien que nous n'aurons pas à les employer, mais vous aurez moins d'inquiétudes pour ma personne , et je vous en aimerai plus encore ! ... Ça , ma fille , quand vous serez remise de votre grande frayeur et que M. de Guise vous remerciera de la tendresse que
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vous lui prouvez de belle manière , je vous présenterai une requête tendant à ce que vous me baillez pour ma peine un gentil baiser.
Morabba ne répondit pas, dans l'impatience où elle était de revenir aux Pré-aux-Glercs. Elle attira sur ses pas le roi qui la suivait eu lui adressant des propos galans qu'elle n'écoutait point : derrière eux, le duc de Sully marchait à la tête de ses cuirasses.
Morabba descendit d'abord vers la rive où elle avait abandonné le bateau ; mais ne l'apercevant plus parce que le courant l'emportait au loin , elle longea le bord de la Seine jusqu'au Pont-Neuf, qu'elle traversa pour gagner le Pré-aux-Glercs par la porte de Nesle.
Elle était si préoccupée du danger qui pouvait menacer M. de Guise , ([u'elle ne jeta pas un coup d'œil autour d'elle et n'entendit pas la rumeur que soulevait sur son passage cette troupe d'hommes d'arrnes précédée d'une femme à la coiffure en perles et aux vêtemens