THEATRAL
' paraissait nie suivre, tout à l’heure... il me semble suspect... je suis seule ici, si je m'enfermais! (Elfe se retourne et aperçoit un Tondeur debout à la porte.) Encore lui!...
JACQUES, se découvrant. Catherine Patrick, femme de Henry le rhéteur au collège d'Édimbourg, le roi Jacques III d'Écosse vous demande une heure d'hospitalité.
CATHERINE. Le roi!... Merci au hasard qni permet qu’un hôte si noble vienne honorer ma demeure!
JACQUES. Ce n’est pas le hasard qui m’a ronduit chez vous, Catherine; c’est le soin de mon intérêt et de celui de mes états, car vous pouvez beaucoup sur le destin de l'Écosso...
CATHERINE. Moi?
JACQUES. Catherine, voiis fies la femme de Henry, que le roi Jacques vient d’appeler des noms de Jacques-Henry Ratnsay, eu le reconnaissant pour son fils.
Catherine. Henry!... fils du roi d'Écosse!
JACQUES. Il y a trois jours, moi, son père, guidé par de faibles indices, je l'ai trouvé dans l'ignorance de sa destinée; le lendemain je lui ai fait remettre une boite qui contenait la révélation de sa naissance et de ma secrète liaison avec la daine Ramsay.
Catherine, prenant la boite. Quoi...
cette boite?...
JACQUES, l’examinant. Est celle que j’ai fait remettre à mon fils... et la lettre ine fut ! écrite par sa mère.
Catherine. La mère de Henry ! Justice de I Dieu, |>ardoime-moi mes soupçons!
JACQUES. Qu’avez-vous donc?
CATHERINE. Rien. Continuez, mou prince.
Ici le deuxième Tondeur parait au dehors, s’appuie sur la fenêtre et écoule attentivement.
JACQUES. En révélant à Henry le secret de sa naissance, on lui fit connaître les cotxlilionsdu roi d’Angleterre, qui veut que l’héritier du trône d’Écosse soit l’époux de sa fille. Mais Henry déclara qu'il ne se séparerait jamais de celle qu’il avait choisie pour conqiagne, ignorant de sa fortune à venir ; si bien que Jacques III, qui sent qu’il remet le pied sur un trône qui chancelle, vient dé- ; soié, près de vous, vous demander si, courageuse et sage, vous ne l'aiderez pas à convaincre Henry que vous devez annuler une union dont le maintien amènerait sur vous,
I sur votre fille, sur Henry, sur toute l'Écossc l enfin, d'horribles calamités, que rien ne pourl rait plus tard compenser ou combattre.
CATHERINE, réfléchissant. Henry est ce fils du roi Jacques...
JACQUES, lleury est appelé à régner sur j l'Écossc sous le nom de Jacques IV, à moins ' que la guerre qu’il ose braver ne change toute l sa royale destinée.
CATHERINE, fit Totre fils Henry a refusé de ronipre notre hymen et de célébrer ses fiançailles avec la princesse d'Angleterre?
JACQUES. Oui, ilenrv se perd par générosité pour vous... l’ar générosité pour lui, ne le sauverez-vous pas?
Catherine. Sire, ma vie entière appartient à Henry, qui peut en disposer; mais s’il n’ordonne pas, je n’rntreprrndrai rien, moi qui ine suis faite pour lui l'obéissance amoureuse et dévouée... Je ne reconnais à personne la force de juger ses actes ; ce qu’il fait est bien fait... et comme je craindrais de commettre un sacrilège en le comparant à Dieu, je me suis persuadée qu'il est un de ses élus, marchant où Dieu l’envoie, connaissant seul les secrets de sa puissance, et je ne puis rien, moi, que m'attacher fl scs pas, eu serrant sur mon cœur sa main, qu’il m’a donnée.
JACQUES. Kt si, trompé une heure seulement par sa raison égarée, il marche S la mort sur un champ de bataille, ne l'arréterczyotts pas?
Catherine. J’irai mourir avec lui sur un champ de bataille.
Jacques. Et si, plus malheureux encore, il doit aller mourir lentement dans de sombres prisons...
Catherine. J'irai mourir avec lui dans de sombres prisons. Et maintenant, sire... vous voyez en moi la sujette tremblante, prête S se courber sous la colère de son mi, et qui lui demande le droit de se retirer, pour ne pas l’outrager encore, en persistant dans un aveugle devoir, immuable comme son cœur.
Elle s'incline et rentre à droite.