‹ La soeur du muletier drame en cinq actes dont un prologueChapitre 6 sur 64 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

I.es Mêmes, JACQUES, ROBERT, DICK- SON, en Timdiurs de laine.

Catherine, aux Tondeurs. Entrez, mes maîtres... vous n’attendrez (vas en vain aujourd'hui le muletier, mon frère.

Jacques, à Patrick. Et nous sommes heureux de le saluer, enfin...

thomas. C’est cordialement que le muletier Patrick vous rend votre salut, et qu’il souhaite vous servir.

rorert. Vous avez chariot solide et mulets au pied sùr ?

thomas. J'ai trois mulets normands, et un chariot dont les essieux sont en fer de Birmingham.

■ rorert. Où peut-on voir l’attelage?

thomas. A l' hôtellerie des Muletiers, et Catherine, ma sœur, qui doit y porter mon petit John qui dort là, peut vous y conduire à l'instant, si vous le voulez ainsi.

Jacques. Le temps de nous reposer, et nous l’y suivrons.

thomas. Asseyez-vous, mes maîtres, et dites-moi ce que je puis faire pour vous.

Ils s’asseyent.

rorert. Vous chargerez-vous d'emporter à Londres six ballots de laine filée ?

thomas. Volontiers.

rorert. Et vous partez?

Thomas. Le jour de Saint-Klorent.

rorert. Dans huitaine ?

thomas. Dans huitaine... Vous ôtes marchands de laine, mes maîtres ?

rorert. Oui; combien de jours vous faudra-t-il pour arriver à Londres?

thomas. C’est ce que je ne puis vous dire.

Je ferai de mon mieux ; mais par Je temps qui court, tantôt les routes sont coupées pattes nobles qui s'attaquent ou les vassaux qui se révoltent, les villes sont fermées aux pillards qui les assiègent... En revenant cette dernière fois, j’ai été fora 1 d’abattre des arbres pour faire ma route à travers bois.

Aussi, vous le voyez, je porte aussi bien que le fouet du muletier , la hache du bûcheron ; mais soyez sans inquiétude; avec prudence et patience, le muletier Patrick finit toujours |>ar arriver.

Jacques. Quand donc l'Ecosse ne serat-elle plus la proie de ces guerres désastreuses?

thomas. Quand donc? quand sera revenu au trône notre roi Jacques III... Et nous pourrions espérer le revoir bientôt, si nous ajoutions foi à tout ce qu’on dit en Angleterre.

JACQUES. Que dit-on ?

thomas. Ce que les Anglais racontent...

a plutôt l’air d’un roman qui commence, que d’un événement qui se prépare.

JACQUES. Et que disent-ils donc ?

Thomas. Ils disent que Jacques III .

prisonnier du roi d’Angleterre depuis sept ans, allait mourir succombant sous le poids de sa longue captivité, lorsque le roi Henry VIII vint le trouver à la Tour de Londres : ils disent qu'alors la confiance s'étant établie entre eux, notre roi Jacques, malade, confia au roi d'Angleterre qu’il avait un fils secret d’une dame écossaise , fille d'honneur de sa mère, et que le roi Henry, trouvant dans ce fils, jusqu’alors ignoré, le moyen d'allier sa famille à la couronne d’Ecosse, oITrit à Jacques III sa liberté, à condition qu’il reconnaîtrait ce fils, l'appellerait à sa succession , et le marierait la même année à la plus jeune de ses filles; l’on dit que peu de jours après, Jacques III, consolé, fit un serment au roi d’Angleterre , sortit de la Tour , et prit la route d'Ecosse.

rorert. Voilà ce que disent les Anglais; mais en Ecosse, l'on continue l'histoire ou plutôt le roman... et l'on dit que notre roi s'est trouvé cruellement désappointé à son arrivée en Ecosse.

THOMAS. Pourquoi?

rorert. Parce que seulement alors, il a appris un grand malheur.

Jacques. Ou plutôt un grand crime!

THOMAS. Lequel?

JACQUES. Lorsque le roi fut fait prisonnier, il y a sept ans , il découvrit bientôt qu’il avait été livré |>ar un traître qui devait recevoir des espions ennemis le prix de sa trahi-

Page 1