‹ La soeur du muletier drame en cinq actes dont un prologueChapitre 5 sur 64 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

THOMAS, CATHERINE. chômas. Catherine!

l.A SOEUR Dl!

CATHERINE*. Mon frère ici!

THOMAS. Je viens de coucher Joli», et j’allais, inquiet... Mais qu'as-tu donc, sœur? la jiàleiir m'épouvante... qu’est-il donc arrivé?

CATHERINE. Un malheur, frère!

tiio vt AS.arec terreur. Quoiîce berceau vide?

CATHERINE, vivement. Non, ma fille existe.

THOMAS. Dieu soit loué!... où est-elle?

CATHERINE. A la ville.

Thomas. \ja crainte que j'ai eu d’apprendre un si grand malheur me rend fort contre tous ceux que tu |X>urras me dire... Parie, sœur, j

Catherine. Thomas, j'ai perdu la cou- j dance et l’affection de Henry.

thomas. Que me dis-tu là?

Catherine. Depuis quelques jours, il agit toujours sous l'influence d’une fièvre qu’il cherche à me cacher en vain... il s'entoure de mystère, écrit secrètement, sort au milieu de la nuit...

Thomas. Et votre fille?

CATHERINE. Sous le prétexte qu’elle était exposée à un air trop vif, dans cette maison que lui-même a choisie dans la campagne, il l'a emportée à la ville pour la confier à de savants médecins, et m’a euqiéchéedela suivre.

thom a S. Et tu ne sais où il va quand il sort ?

Catherine. Ce matin, ne pouvant plus rester dans cette incertitude, je l’ai suivi secrètement, et je l’ai vu s’arrêter au milieu de la route, monter sur un cheval qui l’attendait et qui bientôt l’emporta vers la ville.

thomas. Tu sais bien, toi, qui as vu comme moi l'enfance de Henry, ton frère de lait, que tous nos souvenirs d’alors nous autorisent à le croire fils naturel d’un noble; peut-être a-t-il appris maintenant...

Catherine, l’interrompant. Ne serait-ce pas une joie qu'il s'empresserait de nous faire partager ?

thomas. C’est vrai. .Mais enfin tout cela révèle qu'une secrète pensée l’absorbe, mais j ne prouve pas une trahison, car tu n’as rien découvert î

Catherine. Cette nuit, pendant qu’il dormait, j’ai fouillé dans son escarcelle, et j'en ai retiré cette boîte qu’il me cachait.

Elle montre une petite boite sculptée.

THOMAS. Que contient-elle?

Catherine. Oh ! si j'avais pu l'ouvrir! Mais elle est fermée par une invisible serrure.

Thomas. Que peut-elle contenir?

Catherine. Un gage d'amour !

Thomas. Non pas, ce serait infâme.

Catherine. Cela est, j’en suis srtre.

tiio.vias. Non, sœur; et cette boîte secrète (il passe à la labié et cherche d l'ouvrir avec

«on poignard) je l’ouvrirai , moi dussé-je

la briser... Ne serait-ce que pour détruire le soupçon qui te déchire le rœur, et qui offense (•ailii'nnr. Thomas.

ton époux. (La bolle s'outre: il la referme précipitamment.) Grand Dieu!

CATHERINE. Qu’cst-ce donc?

thomas, d part. Qu’ai-je fait ?

Catherine , voulant prendre la boite.

Donne !

THOMAS, l' arrêtant. Écoute, avant que tu n'ouvres cette boite. ... reçois ici le serment quête fait ton frère, de punir si lu l’ordonnes, de consoler s'il le peut, de se taire s’il le faut, et de pardonner si tu le veux.

Catherine. Merci, frère. (Elle passe d la table, ouvre la boite, en sort un médaillon.) Un médaillon!... ( après l'avoir examiné) des cheveux!.... (prenant une lettre.) une lettre!... (Elle l'ouvre.) Henriette!... le même nom que notre fille !

thomas. Henry... est coupable... à quoi bon t'en convaincre encore par la lecture de cette lettre?

Catherine. Laisse-moi... (Lisant.) ■ Ta

• longue absence, ami, me force à t'écrire et » à te parler encore de ma souffrance... Je ne » t’accuse pas , puisque le mariage était im- » possible entre nous... < (Parlant.) Impossible entre eux !

THOMAS. Sans doute à cause de leur religion, puisque la loi défend ou annule tout mariage contracté entre protestants et catholiques.

Catherine. C'est sans doute cela. (Elle continue.) ■ Et tu viendras, n’est-ce pas, ■ m'apporter un nouveau courage, à moi qui » dois vivre pour notre enfant... » (A Thomas.) Pour notre enfant! (Elle lit.)» Qui

• commence à murmurer déjà le nom » de Henry... dans ses prières! »

THOMAS. Que dis-tu, Catherine ?

CATHERINE, laissant tomber la lettre de ses mains el tombant assise, arec déchircment. Dieu vengeur, suis-je assez malheureuse!

thomas, qui vient de ramasser la lettre , lisant avec agitation. « A moi qui dois

• vivre pour notre enfant. . . qui commence à ! » murmurer déjà le nom de Henry dans ses

» prières; à loi mon âme et ma pensée.

» Henriette. • — Ainsi , Henry nous a toujours trompés! Quand après la mort de sa mère, il vint désolé pleurer dans nos bras , son affection n’était qu'un piège, et quand, il y a deux ans, il te conduisait à l'autel...

| il commettait sans |>eur cette double infamie , de désoler sa maîtresse et trahir son épouse... N'ordonnes-tu pas à ton frère de punir?

Catherine. Attends... je l’aime trop pour le croire si coupable.

thomas. Je ne puis le blâmer... car je doute encore.

Catherine. Si nous étions dans l’erreur. . . thomas. Mais cette lettre!...

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CATHERINE. En le questionnant...

thomas, l' interrompant. Non... s’il a toujours menti, il mentirait encore... mats il fautrependant bien s’assurer. Il doit me croire à cette heure loin d’ici ; j’irai jusqu’à la ville , où je saurai le joindre, l’épier, et je reviendrai te trouver à la fin du jour... Mais j’y songe... la présence de John ici... révélerait mon arrivée.

Catherine. Pauvre enfant... les tourments me le faisaient oublier. . . Ne pouvant le laisser ici, où vas-tu le conduire?

thomas. Tu te chargeras de le porter toiniémeà l'hùtellerie des Muletiers, où, tu le sais, on aura bien soin de lui... moi je vais partir. (Il oum la porte et s'arrête.) Mais quels sont ces hommes?

Catherine, regardant par la fenêtre.

Le sont des tondeurs de laine, qui sont déjà venus hier demander si tu étais de retour; ils veulent, discut-ils, te confier un important chargement...

thomas. Recevons-lcs , Catherine, et...

|»s un mot, pas une larme.

Catherine. Sois tranquille ; nos chagrins ne seront connus que de nous seuls.

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