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UNE PISTE ADROITEMENT DISSIMULÉE

Ils avancèrent d’abord doucement, le gau-, cbo à une bonne distance en avant, sondant là route et dirigeant ses compagnons.

Bientôt la surface de l’eau se découvrit da-

vantage; les joncs devenaient moins épais et encombraient moins la lagune.

Au bout d’un certain temps, ils se virent au milieu d’une eau claire ét libre de végé- ' tation, mais cependant peu profonde et recoù- ^vrant urt terrain solide. Leurs chevaux marchaient avec assurance, comme s’ils sentaient

J- 38 AVENTUnES DE TERRE ET DE MER.

qu’il n’y avait point de vase et par conséquent pas de danger d’enfoncer.

La lueur de l’aurore à l’horizon était encore ^ très-légère, mais sa clarté était suffisante pour leur montrer la nappe d’eau s’étendant à environ un mille devant eux jusqu’au point .

où une ligne plus souibre leur indiquait que la terre sèche recommençait. Gaspardo était rassuré. La cienega n’était qu’une inondation, causée peut-être par la tormenta récente.

Il était plus que probable quelle ne serait jmlle part assez profonde pour être .dangereuse. < .

Ils continuèrent ainsi en ligne directe vere le bord opposé, et en étaient arrivés à moins de cent mètres, quanii le gaucho s’arrêta court en faisant signe aux autres de l’imiter.

Se dressant sur ses étriers, Gaspardo examinait minutieusement le bord de la lagune, comme s’il cherchait un endroit pour aborder. Mais telle n’était point son intention, car après ^ quelques secondes d’examen, il tourna au

.LA SCH!üR perdue.

contraire son cheval vers la gauche et corn-mença, ainsique ses compagnons, à s’avancer en suivant parallèlement le bord.

' Le gaueho conserva la même direction pendant près d’un mille, sans prononcer un .

mot, ’ dirigeant toujours sa course d’après les inflexions du rivage, qui 'maintenant devenait de pins en plus distinct. II. cheminait aussi .rapidement que possible et jetait parfois un r^aad inquiet derrière lui. En revanche, ses oreilles étaient toujours en alerte; parfois il çroÿait entendre au loin les cris des sauvages , Indiens. ' ; • r

' Enfin il sembla penser qu’il avait asses . obliqué, et, tirant la bride de son cheval, il le • lit s’arrêter. L’animal restait immobile avec de l’eau jusqu’aux jarrets. Descecédant alors silenciieusement de, sa selle, Gaspardo. passa la bride à Gypriano, en lui recommandant de la- tenir ferme et d’empêcher son cheval de le suivre. •

Ceci fait, il alla auprès de ses jeunes amis,

leur demanda 'leurs ponchos et leurs caronas/ qu’il déposa sur le Iwrd en les y étendantcomme des tapis, les uns auprès des autres^ au grand étonnement ,deS jeunes gens et de Francesca, qui se demandaient si Gaspaido .

pensait à donner utie fête,, pu s’il croyait la terre nue iPdigne de les porter. •! ’

Mais ils ne restèrent pas longt^ps en sus^ pens. . ,

Le gaudho reprit son cheval des mains dé / Cypriano et le conduisit sur la route ainsi tapissée, en veillant attentivranent à ce qu’il ne

•mît pas les sabots parterre. Ce n’est pas' tout;

une fois là, il se mit en mesure d’envelopper

chacun des pieds de sa , monture dans des ^

morceaux de jergas et de caronillas, et les fijça

en guise de bottines avec des cordes, à .cha- ^ .

cune de ses jambes; puis, ayant renouvelé avec

un sang-ft^id exemplaire cette opération au

profit des autres chevaux, il les conduisit l’on

après l’autre au delà de la garniture des' pon-,

' chos et des caronas.

Rassemblant alors ses tapis, et montrant la forêt à ses amis :

' «Quand nous serons là, après ces précautions prises, dit-il, nous commencerons à respirer. Bien fins seront les Indiens s’ils retrouvent notre piste. »

Nous savons par le récit qui a précédé que toutes ces précautions étaient superflues.

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