LE RETOUR DU MARI
' Oîi Gaspardo avait échoué, un autre pouvait avoir plus de' succès, et Cypriano vCoqinaissait } à fond la contrée environnante.
Le jeune homme quitta rapidement la vérandah. ' , ■ ^
‘ Dix minutes après , on .pouvait le voiry monté sur un petit mais vigoureux cheVal, galoper à travers la plaine comme si sa' vie dépendait du^ succès immédiat de sa tentative.
Ceux qu’il avait laissés derrière lui sui- •
vaient encore silencieusement du cœur et du
regard la direction qu'il avait prise^ que déjà il avait disparu à son tour.
Toute la journée ils demeurèrent sous la vérandah, et prirent à peine le temps de faire leur repas de midi. Ils ne mangèrent que pour garder des forces, dont ils se disaient qu’ils /’ pouvaient avoir besoin. Le soleil descendit encore une fois sur la contrée, rien n’apparut *; dans la plaine, aucune^ forme ne détacha sa silhouette sur les nuages rouget qui bordaient l’horizon. ''
La lune brilla au ciel et ils attendaient toujours ! (
Enfin ! enfin ! leur attente sembla devoir être' ' récompensée; sous la bande argentée que traçait l’astre de la nuit à la surface de la pampa ' , ' on vit s’approcher trois formes sombres, on
aperçut trois chevaux dont chacun portait un cayalier; deux étaient de grande taille, le troisième était plus petit.
Un cri de joie sortit des lèvres de Ludwig.
« lies voilà! » s’écria-t-il. Puis , s’arrêtant soudainement : < C'est étrange, ajouta-t-il , ils ne sont que trois': sans doute mon père, 'Gaspardo et Frâncesca. Cypriano les aura manqués et il les cherche encore. ».
■ Cette conjecture semblait raisonnable et cependant elle ne Tépondait pas à l’inquiétude de la *mère. Un douloureux pressentiment, une crainte poignante s’étaient, en -dépit des • apparences, emparés' de -son cœur et paraly- : saient le cri joyeux qui avait feiili'tout d’abord s’échapper de ses lèvres.
Sans rien 'répondre, elle restait immobile comme une statue, les yeux fixés sur les trois ombres qui s’approchaient.
Comme elles marchaient lentement 1 Enfin V les trois'voyageups arrivèrent tout près de l’enclos. Avant qu’ils eussent atteint ;la porte, la mère et son fils, d’un mouvement subit, s’étaient portés *à leur reneoiïtre.
La lumière de la lune permit à la première de reconnaître le manteau' de* son mari et le
LA SŒCR PEHDUE.
- costume pittoresque du gauoho. Mais eom- '
. ment ^la se faisait-il? le troisième voyageur ' . portait, lui aussi, des vêtements. d’homme :
c’était. Cypriano !
Elle poussa un -cri déchirant.
« Où est Francesca? » •
Personne ne répondit, ni son mari, ni Gas- . . pordo, ni le jeune homme. Tous trois dis s’é- “ talent arrêtés, muets et comme pétrifiés sur leurs montures. . ' .
« Où est ma fille? reprit-elle; pourquoi mon mari ne me parle-^t-il pas? Cypriano-, pourquoi gardez-vous le silence?
- — Oh Dieu ! fit Gaspardo en- gémissam, c’est trop) trop. terrible! Seiîora! seûui'a!
— Svnora ! malheureux, n’avez-vous que cela à me dire? L’entendez- vous, mon cher mari ?
qu’y art-il, querido ? Pourquoi^ baissez- «ous ainsi la tète? Est-ce le moment de dormir? Un père doit-il dormir qui revient vers sa femme sans lui. ramener sa üUe qu’elle avait remise à sa garde? » . ^ •
3B aventures de terre et de mer. ‘ .
*■ ■ . ■ ■ ■■■ '! > ■*■ . ' I ■ — Il ,
En disant ces mots elle s’avança d’un.- mouvement violent vers le cavalier qui portait les • • .vêtements de son époux.
En mettant sa main sur le bras qui pendait inerte près de l’arçon de la selle le pâle visage de son mari lui apparut sous les rayons mystérieux de la lune. L’infortunée sefiora n’eut besoin de personne pour lui faire connaître pourquoi les yeux de son époux étaient fermés. Son mari dormait du sommeil de la mort I f
‘Elle- poussa un cri qui aurait ranimé un * mort, si un mort pouvait être ranimé, et elle tomba évanouie sur le sol.
'Parmi mes jeunes lecteurs, il en est peu sans doute , qui n’aient entendu parler de « Francia le Dictateur*®, » c’est un nom liistorique, c’est le nom d’un homme qui pendant plus d’un quart de siècle a régi avec une ' verge de fer le beau pays du Paraguay.
Ces noms de Paraguay et -de Francia en rappellent un autre qui résume en lui toutes
LA SCEUR PERDÜt;. , - ST